Intégration Africaine : Khalid DEMBELE, Economiste Chercheur au CRAPES, donne son point de vue sur la zone de libre échange continentale Africaine (Interview)

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Economiste chercheur au Centre de Recherche, d’analyses Politiques, Economiques et Sociales (CRAPES), Khalid DEMBELE est chargé de cours au Complexe Universitaire de Kabala au Mali. Il nous a accordé une interview dans le cadre de la facilitation de l’intégration africaine à travers la libre circulation de biens et services. Aucours de son intervention, l’universiteur, chercheur mène une analyse axée sur la survie et l’avenir de la zone de libre échange continentale africaine (ZLECAF). Pour lui, la création de la ZLECAF est une bonne initiative, dont les principes de fonctionnement doivent permettre aux économies faibles de se créer un tissu industriel consistant.

1-CROISSANCEAFRIQUE.COM : Quels sont les avantages et les défis à relever de la ZLECAF ?

Khalid DEMBELE : En cette deuxième décennie du XXIe siècle, la globalisation de par sa force, est devenue conceptrice de l’ordre économique mondial. Le commerce international de bien et service, prend aujourd’hui une ampleur assez particulière. L’échange de produits, impact la vie du citoyen jusque dans son quotidien. La suppression des barrières tarifaires et quotas à l’importation, le morcellement des chaines de production, l’expansion des échanges culturels, le développement des nouvelles technologies de l’informatique, et de la communication sont de mise, indépendamment de la volonté de ceux qui craints les dérives des forces de la globalisation.

Les théories des échanges internationaux estiment que le commerce international, avec une tendance équilibrée, est bénéfique pour les parties prenantes. Nonobstant, dans ce jeu des échanges internationaux, sur le volume des exportations mondiales, l’Afrique n’assure que 3p.c. Les économies Africaines, dans leur écrasante majorité, demeurent dans cette situation de précarité économique parce que tout simplement, elles n’arrivent pas à s’unir afin d’occuper cette position stratégique dans le commerce international pour réaliser des surplus commerciaux afin de dynamiser la croissance pour le salut d’un développement économique durable et partagé. L’urgence aujourd’hui, n’est plus est ce qu’il faut une Zone de libre échange, mais plutôt ce qu’il faut pour la réussir.

Les économies africaines, pour la plupart, sont à leur phase d’insertion primaire, n’échangeant sur le marché international que des matières premières. Pour réussir cette Union, au-delà des accords et conventions politiques, la nature de l’économie des pays du continent doit subir une véritable métamorphose, un changement radical. Ces économies, pour bénéficier des échanges, doivent cesser d’être autant similaires pour devenir complémentaires, avec la diversification des activités de production. Il est aujourd’hui d’une urgence absolue d’en finir avec cette vision qui fait du continent Africain un puits de matière première, et des africains, consommateurs de produits industriels. L’industrialisation est un catalyseur de la transformation structurelle des économies africaines (demandes finale et intermédiaire de biens et services), et constitue une source d’externalité positive (recherche au développement). Elle est un instrument de baisse de pauvreté, de l’harmonisation des politiques de développement des villes, de l’expansion des avancées technologiques et de l’innovation, qui sont les causes de la productivité, et donc de la croissance économique. Des politiques économiques bien spécifiques, avec des mesures particulières d’investissement doivent être conçus au profit du secteur de l’industrie dans ces économies concernées.

De surcroît, nous pouvons remarquer que ce continent dispose d’un avantage comparatif au sens Ricardien de l’expression, en termes d’industrialisation. En effet, pour transformer, il convient d’avoir de la matière brute, chose qui, de nos jours, constitue une spécificité de l’économie africaine. Elle est particulièrement riche de son sous-sol, qu’il s’agisse des minéraux ou des métaux. L’Afrique aujourd’hui, possède 65p.c des terres arables du monde, cela démontre qu’elle peut alimenter les trois quarts de la planète terre.

Il convient également de souligner qu’aujourd’hui, la situation d’insécurité qui sévit dans les pays du sahel constitue un obstacle pour l’épanouissement de cette perspective d’Union. En effet, le commerce, l’échange de biens et services ne sied pas avec le déséquilibre politico-sécuritaire, et cela, peu importe sa forme et sa nature. Des visions et volontés politiques sérieuses, aptes à éradiquer le fléau que constitue le terrorisme, sont des conditions préalables pour voir ce projet se concrétiser.

2-CROISSANCEAFRIQUE.COM : Quels sont les avantages spécifiques pour le Maroc (nouveau adhérant de l’UA)?

Khalid DEMBELE : L’une des premières raisons est l’expulsion du Polisario. Avec son retour, le Maroc va pouvoir agrandir son cercle d’influence diplomatique, avec des stratégies qui vont lui permettre de peser sur le soutien de l’Algériepour le Front Polisario. Ensuite, gagner de nouveaux marchés, surtout de matières premières agricoles, pour un pays qui s’industrialisent. Mai également, l’accord de libre échange va permettre une circulation fluide des Marocains et leurs biens au sein de l’espace, et favoriser l’expansion des investissements des banques marocaines, qui sont de plus en plus nombreuses sur le continent.

3-CROISSANCEAFRIQUE.COM : Les enjeux pour le Mali ? La ZLEC AF est-elle une initiative utopique pour nos pays ?

Khalid DEMBELE : L’industrialisation. Aujourd’hui, dans la répartition sectorielle du PIB, le secteur primaire occupe la première place, avec une moyenne de 38pc. Il convient de rappeler que le commerce des matières premières ne crée pas une grande chaine de valeur. Il est essentiel, dans cette dynamique de libre échange, de procéder à la création d’un tissu industriel consistant, apte à résister a la concurrence des pays comme le Nigeria, l Afrique du Sud ou le Maroc.

4-CROISSANCEAFRIQUE.COM :  La ZLECAF menacerait-elle, le sort de la nouvelle monnaie unique de la CEDEAO (ECO)? Les défis et les enjeux pour l’Afrique de l’oues?

Khalid DEMBELE: Le projet de monnaie unique est d’une nécessité absolue. En effet, la monnaie en économie joue un rôle essentiel pour la détermination de l’équilibre macroéconomique. A l’instar du célèbre économiste britannique du 20e siècle John M. Keynes, les rôles de la monnaie peuvent être résumés en trois points essentiels : Motif de transaction : l’acteur économique, pour faire face à ses différentes dépenses, détient une certaine quantité de monnaie qui est inextricablement liée à son niveau de revenus et à sa propension à consommer ; Motif de précaution : l’agent économique détient de la monnaie pour prévenir les inconnus de l’avenir. En plus du revenu, la quantité de monnaie ainsi détenue est fonction des aléas de l’environnement ; Motif de spéculation : l’acteur économique détient de la monnaie pour profiter des opportunités présentes et futures.

Pour toutes ces raisons, la mise en place d’un bon système monétaire,l’existence des institutions financières sous régionales et continentales, pouvant concevoir, organiser, et assurer le bon fonctionnement et la stabilité d’une monnaie compétitive, constituent des conditions déterminantes. De ce fait, les principes de la zone concernée doivent être indépendants, et appliqués dans le sens des intérêts de la sous région. Pour un souci d’efficacité, la monnaie cedeao doit a terme, laisser place a une véritable monnaie unique pour les 55 Etats de l’Afrique. Pour cela, l’union politique doit être une réalité.

5-CROISSANCEAFRIQUE.COM :  En fin, pouvez-vous, nous faire la lumière sur votre analyse personnelle sur la ZLECAF ?

Khalid DEMBELE : C’est une bonne initiative, dont les principes de fonctionnement doivent permettre aux économies faibles de se créer un tissu industriel consistant. Au delà, il convient de mettre en place des mesures discriminatoires pour que les quelques géants économiques comme le Nigeria ne mangent pas les petites économies, comme le Mali.

Réalisée par Daouda Bakary KONE Journaliste économique

SOURCE : CROISSANCEAFRIQUE.COM

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