Mohamed Ali, le visage ambigu d’une nouvelle révolte égyptienne

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En quelques jours, à coup de vidéos sur YouTube, un Egyptien émigré en Espagne a convaincu ses compatriotes de s’attaquer au tabou ultime du régime du président Abdel Fattah al-Sissi : les manifestations anti-gouvernementales. Chef d’entreprise, acteur, opposant, le mystère autour de la vie de celui qui reconnait avoir « été corrompu par le système » en a fait un escroc pour certains et un véritable guide pour les Egyptiens qui descendent dans la rue par milliers.

En Egypte, la semaine dernière, plusieurs personnes ont été arrêtées, dans plusieurs villes différentes, après avoir manifesté contre le gouvernement. Pratiquement inexistantes depuis qu’elles ont été interdites en 2013, après le coup d’Etat ayant permis au président Fattah al-Sissi d’accéder au pouvoir, ces marches de protestation semblent avoir sorti l’opposition égyptienne d’une torpeur longue de plusieurs années. Ce réveil, les opposants au régime le doivent certainement à Mohamed Ali.

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A coup de vidéos anti-gouvernementales diffusées sur les réseaux sociaux, l’Egyptien de 45 ans est devenu, grâce à ses appels à la manifestation, l’étincelle qui a ravivé la flamme de la protestation sous les pyramides.

Le dissident qu’attendait le bord du Nil

«Ces petites paroles qu’on murmure entre nous, à l’abri des oreilles indiscrètes… Eh bien pour une fois, quelqu’un l’affirme haut et fort, sans peur». Cette déclaration d’un jeune égyptien au lendemain des nombreuses marches contre le gouvernement est symptomatique du mélange d’émotions primaires suscitées par la situation sur le bord du Nil.

«Ces petites paroles qu’on murmure entre nous, à l’abri des oreilles indiscrètes… Eh bien pour une fois, quelqu’un l’affirme haut et fort, sans peur».

En effet, les manifestations ont premièrement provoqué une sorte de surprise collective. « Les gens étaient surpris eux-mêmes de se retrouver là, à manifester soudainement. Certains sont descendus en se disant qu’ils seraient sûrement seuls, mais que ça valait le coup de voir si d’autres avaient répondu à l’appel de Mohamed Ali ». Peu d’égyptiens s’imaginaient, même quelques minutes avant les marches, descendre protester contre le gouvernement dans la rue. Depuis l’interdiction de ce type de manifestation en 2013, les quelques contrevenants à cette règle de loi ont payé, lourdement, de leur liberté, leur désobéissance.

Depuis l’interdiction de ce type de manifestation en 2013, les quelques contrevenants à cette règle de loi ont payé, lourdement, de leur liberté, leur désobéissance. 

Y parvenir, sans en subir, dans un premier temps, le contrecoup tant redouté, a créé une sorte de joie. «On regardait la télé avec des amis, un match de foot. On s’est dit : tiens, allons-y, on verra bien. Et on s’est rapidement retrouvés au milieu d’une petite foule hostile au Président. J’avais peur, parce que c’est interdit, et en même temps, j’étais heureux d’être là, de vivre ça ». Puis viendra la peur. «Mes amis ont peur de sortir, peur de se faire arrêter. Ils ont peur d’écrire quoi que ce soit sur les réseaux sociaux ou même de parler. Ils ne répondent plus au téléphone, ils se terrent. Moi aussi, ils ont fini par me faire un peu peur. Pourtant, j’étais dans la rue vendredi dernier».

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« Moi aussi, ils ont fini par me faire un peu peur. Pourtant, j’étais dans la rue vendredi dernier».

Puis, finalement, il y a la colère, également à l’origine de la série d’évènements lancée au début du mois de septembre.

«Mes amis ont peur de sortir, peur de se faire arrêter. Ils ont peur d’écrire quoi que ce soit sur les réseaux sociaux ou même de parler. Ils ne répondent plus au téléphone, ils se terrent. Moi aussi, ils ont fini par me faire un peu peur.»

« Les Egyptiens n’en peuvent plus (de la pauvreté ; ndlr) et expriment leur ras-le-bol, alors que le président a été réélu l’année dernière sur des promesses économiques »«Le président nous a demandé de nous serrer la ceinture et on entend dire qu’il vit grassement avec sa famille.»C’est sur cette colère que Mohamed Ali chef d’entreprise égyptien émigré en Espagne, bâtira son personnage d’ancien enrichi du système, repenti, désormais engagé dans la dissidence. Presque sorti tout droit d’un film, le personnage fait mouche auprès d’une population restée trop longtemps spectatrice de son destin.

De corrompu du système au héros populaire

En Egypte, Mohamed Ali est certainement le personnage le plus célèbre de ces dernières semaines. Pourtant, avant le début du mois de septembre, il était encore, pour le grand public égyptien tout au moins, un parfait inconnu. Comme le suggère son nom, porté également par le boxeur le plus célèbre de l’histoire, l’Egyptien a cogné vite et fort. Il lui a suffi de quelques vidéos, la première diffusée le 2 septembre, pour se faire entendre. Au début, il ne s’agit que des vidéos d’un Egyptien émigré en Espagne qui critique le train de vie opulent de Fattah al-Sissi, président d’un pays, en pleine austérité économique. En effet, de 2016 à maintenant, le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté a augmenté pour atteindre les 32,5 % de la population, selon l’agence de statistique CAPMAS.

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Il lui a suffi de quelques vidéos, la première diffusée le 2 septembre, pour se faire entendre.

Le discours est cinglant. « Fatah al-Sissi, tu es un despote et un échec. Tu affames le peuple ». Dans une série de vidéos devenues rapidement virales, Mohamed Ali accuse le président égyptien de s’enrichir illicitement et de faire profiter des finances du pays à ses proches, notamment sa femme. Le lanceur d’alerte accuse notamment le président de construire des palais pour son propre compte. Cette information, la nouvelle star des réseaux sociaux est bien placée pour l’avoir. Son entreprise Amlak a construit pour le compte du gouvernement de nombreux palais.

Cette information, la nouvelle star des réseaux sociaux est bien placée pour l’avoir. Son entreprise Amlak a construit pour le compte du gouvernement de nombreux palais.

Mais, cette information, comme toute l’histoire de Mohamed Ali, n’est pas livrée au grand public aussi simplement. Parce que le lanceur d’alerte ne s’est pas contenté de frapper fort et vite. Il s’est aussi assurer de frapper bien. En effet, le storytelling qui accompagne sa notoriété presque spontanée a l’air aussi contrôlé qu’un script. Au fil des vidéos, les informations sur sa vie seront filtrées, livrées au fur et à mesure, avant que la presse égyptienne ne complète les blancs.

En effet, le storytelling qui accompagne sa notoriété presque spontanée a l’air aussi contrôlé qu’un script. Au fil des vidéos, les informations sur sa vie seront filtrées, livrées au fur et à mesure, avant que la presse égyptienne ne complète les blancs.

Au final, on découvre que Mohamed Ali a 45 ans. Il est issu d’une famille de la classe moyenne du quartier d’Agouza, situé dans le gouvernorat de Gizeh. Son père, autrefois champion d’Egypte de culturisme et manager de l’équipe de culturisme égyptienne, a également travaillé comme vendeur d’or au Caire pour soutenir sa famille. Malgré tout, cette dernière n’était pas assez riche pour lui offrir une formation « de haute qualité ». Il abandonne son cursus en administration des affaires à l’Université du Caire après deux ans d’études et travaille dans 14 professions différentes avant de passer à l’industrie de la construction. L’intéressé est aussi un acteur. Il a joué dans quatre séries télévisées et trois films depuis 2013. Il a d’ailleurs collaboré avec le ministère égyptien de l’immigration pour réaliser « The Other Land », un film récompensé à de nombreuses occasions.

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