Les marchés obtenus par les Kouninef sous Bouteflika au centre du procès ouvert hier à Alger : Des montants qui donnent le tournis

En détention depuis plus d’une année, les trois frères Kouninef, Réda, Tarek et Karim, ont comparu hier avec le gérant du groupe KouGC qu’ils possèdent et dix autres mis en cause, majoritairement des fonctionnaires et les représentants de leurs 54 entreprises devant le tribunal de Sidi M’hamed à Alger pour «blanchiment d’argent», «violation de la réglementation des changes et des marchés publics», «trafic d’influence», «incitation d’agent public pour l’obtention d’indus avantages» et «financement occulte d’un parti».

En ce premier jour du procès tant attendu, des montants à donner le tournis ont été énoncés lors de l’audition de Réda et de son frère Noa-Tarek. C’est vers 11h que les trois frères font leur apparition dans le box des accusés, entourés par des gendarmes et des agents de l’administration pénitentiaire. Les trois sont méconnaissables. Après une heure de bataille de procédures, la juge appelle Réda Kouninef à la barre et l’informe des griefs retenus contre lui. D’emblée, il nie les faits et la présidente réplique : «Je vais vous confronter avec ce que j’ai dans le dossier et vous répondrez aux questions».

Elle commence par la privatisation de l’ex-société publique Sogédia de production d’huile de table en 2006. «On commence par Cogral à Alger et Cogran à Oran. Pour quel montant ces deux entreprises vous ont-elles été cédées ?» Réda : «Je ne me rappelle pas. Il y a eu un appel d’offres, j’ai soumissionné et j’ai été retenu. Je sais qu’il y avait des engagements que j’ai respectés».

La présidente lui précise : «Pour Oran, vous avez bénéficié des 80% du capital de l’entreprise pour 540 millions de dinars, avec versement de 38% à la signature du contrat, le reste échelonné sur une période de 5 ans, l’effacement d’une dette de 100 millions de dinars vis-à-vis de l’Etat et d’une autre vis-à-vis du port de 50 millions de dinars et des engagements pour un investissement de 1,07 milliard de dinars, et la formation du personnel pour un montant de 36 millions de dinars, dont 15 millions de dinars durant les trois premières années, ainsi que le maintien des effectifs. Avez-vous respecté ces engagements ?» Le prévenu : «Bien sûr que nous avons respecté les engagements, mais après il y a eu des problèmes ayant engendré des retards et des préjudices. Le CPE (Conseil de participation de l’Etat) a désigné un expert pour évaluer ce préjudice, aussi bien à Alger qu’à Oran, et trouver une solution. Notre expert a évalué les pertes à 220 millions de dinars, mais celui du CPE nous a accordé 110 millions de dinars».

La juge l’interroge sur la cession de Cogral Alger, qui a coûté 600 millions de dinars, avec effacement des dettes vis-à-vis de l’Etat d’un montant de 40 millions de dinars, et Réda Kouninef ne cesse de répéter que cette privatisation a été faite dans le cadre de la loi après un appel d’offres. La juge l’interroge sur les concessions portuaires obtenues à Alger, de 64 000 m2 et de 8841 m2 à Oran. «Ces deux concessions font partie de l’entreprise».

«Saïd Bouteflika est un ami, je n’ai pas profité de cette amitié»

Il affirme avoir payé toutes les mensualités, «mais aussi bien à Oran qu’à Alger, les responsables portuaires m’ont interdit l’accès et refusé de reconnaître la cession de l’entreprise. Ce qui nous a causé d’énormes pertes. Il a fallu l’intervention du CPE pour régler cette situation». La juge : «Pourquoi avoir demandé une extension à Oran et avoir envoyé la demande au wali et au directeur du port en même temps ?» Le prévenu : «Nous avions besoin d’une superficie de 1000 m2 pour l’usine qui avait une partie à l’extérieur du port et une autre à l’intérieur. Nous avions peur que pendant la procédure, la parcelle soit affectée à un autre investisseur».

Interrogé sur les parcs industriels de Aïn Ouessara et de Ksar El Boukhari, obtenus entre 2012-2013, Réda Kouninef déclare : «Nous avions répondu à des consultations restreintes et nous étions les moins disants. Nous étions dans un groupement avec un bureau d’études espagnol et Cogral». La juge : «Pourquoi un bureau d’études espagnol ? N’étiez-vous pas capables de trouver des Algériens ?». Le prévenu : «Les conditions du cahier des charges nous obligeaient à faire appel à des compétences qui ne se trouvent pas en Algérie». La juge : «Le montant du parc de Ksar El Boukhari est de 3,27 milliards de dinars, et Aïn Ouessara pour 4,67 milliards de dinars…».

Le prévenu : «On nous obligeait de faire des tunnels pour tout ce qui est câblerie au niveau des deux parcs industriels. Mais Sonelgaz s’est opposée et les autorités n’ont pas répondu à nos doléances. Ce qui a engendré d’importants retards dans la réalisation des travaux». La juge passe au secteur de l’hydraulique. «Vous aviez obtenu 11 marchés de 2002 à 2018 d’une valeur de 145 milliards de dinars», lui dit-elle avant que Réda Kouninef ne lance : «Tous ces contrats ont été obtenus à la suite d’un avis d’appel d’offres. Nous étions les seuls qui répondions aux dispositions des cahiers des charges». La présidente ne s’attarde pas sur ces marchés et aborde quelques minutes après l’affaire des cabines téléphoniques «Horria», à l’issue d’un contrat entre Mobilink, appartenant à KouGC et Algérie-Télécom. «C’était un partenariat avec Algérie Télécom, avec un investissement de 3 milliards de dinars, qui nous a permis d’installer des cabines téléphoniques dans 1130 communes».

La présidente : «Les cabines étaient installées uniquement dans quelques grandes villes du pays…». Kouninef : «Ce n’est pas vrai. Nous avions respecté le cahier des charges, mais Algérie Télécom n’a pas voulu respecter les siennes. Nous avons perdu beaucoup d’argent. Nous avons saisi le tribunal qui nous a donné raison et décidé d’un dédommagement de 2,81 milliards de dinars, alors que nous avions réclamé sur la base d’une expertise, la somme de 4 milliards de dinars»«Vous aviez même bloqué les salaires des travailleurs pour récupérer le montant», déclare la juge. Elle passe à deux marchés pour l’obtention de deux terrains, l’un à Tiaret et l’autre à Tamanrasset pour l’extraction d’un minerai très rare. Le prévenu ne s’étale pas. Il se limite à dire : «Tout s’est passé dans le cadre de la loi». La présidente accélère la cadence, en abordant les marchés obtenus par les Kouninef auprès de Sonelgaz, ou encore dans les transports, avec le métro et le prévenu ressasse les mêmes propos. «Ce sont des marchés légaux…».

A la question relative à ses relations avec Saïd Bouteflika, il déclare : «C’est un ami de longue date. Je n’ai jamais profité de cette amitié». La juge l’interroge sur la déclaration de soupçons sur ce montant de 400 millions dinars versés en 2014 à la direction de campagne électorale du président déchu, Abdelaziz Bouteflika.

Il déclare : «Le FNI nous a viré le montant de certaines prestations dans le compte du groupement, lequel a viré la somme aux sociétés ; j’ai demandé un prêt de 200 millions de dinars et mon frère a fait la même chose, pour le même montant, et nous avons fait un chèque de 400 millions de dinars au nom de la direction de la campagne électorale».

Sur ses biens en Algérie, il évoque une villa achetée auprès de l’ambassade de France à El Biar, pour un montant de 500 millions de dinars, et affirme résider dans une autre villa, qu’il loue à 750 000 DA le mois. Il cède sa place et c’est son frère Tarek qui le remplace. Poursuivi pour les mêmes faits que ceux reprochés à son frère, lui aussi nie et donne les mêmes arguments avancés par Réda.

Il affirme posséder quatre terrains à Birkhadem, mais habite dans une villa louée pour un montant de 750 000 DA. Suivez la suite sur elwatan.com à travers ce liens

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