Mali: Alassane Souleymane au sujet du feu Moussa Traoré « J’entendais son som à la radio, je le voyais dans les journaux et revues qui passaient sous mes yeux »

GENERAL MOUSSA TRAORÉ. La photo ci-dessous s’est imposée à nous dans notre tendre enfance, par la prestance, l’élégance qu’elle dégage de l’homme. Elle symbolisait pour nous le pouvoir dans nos frèles têtes. C’était lui après Dieu, comme le symbolisait le pouvoir à cette époque dans plusieurs pays dans l’ambiance de la guerre froide. C’était le général Moussa Traoré, président Moussa.


J’entendais son nom à la radio, je le voyais dans les journaux et revues qui passaient sous mes yeux.Très jeune élève, je l’ai aperçu en 1986, sur la place de l’indépendance à Diré, en treillis et turban blanc, lors de ces longues tournées régionales dont il avait le secret pour l’intérieur du pays, le Mali profond. Cette année là, il consacrait Diré section pilote avec palme. Cette distinction, je puis témoigner, était méritée de cette ville et de son cercle tellement les populations sont laborieuses qu’il s’agisse de la culture du riz, de celles du blé, de l’oignon et bien d’autres. DIRE a eu pour cela toute l’attention de l’état à travers du matériel d’irrigation et autres commodités.


J’ai revu le président beaucoup plus à la Télé RTM lorsque je suis arrivé à Bamako en 1987. Il n’y avait que la télévision malienne et tout le monde se pressait pour suivre le journal à 20h15. Les audiences, les visites de terrain, les voyages à l’étranger, les visites de chefs d’état étrangers. Au passage je me souviens de ses répliques aux slogans des pionniers scandés tout au long de ses discours lors des tournées régionales.


En 1988, tous les scolaires de Bamako ont été invités à aller acclamer l’arrivée du président allemand (RFA), Richard Von Wisecker. Posté au niveau du ministère de l’éducation, j’ai vu le cortège passer dans le sens Pont des martyrs Koulouba, lorsque l’avenue de la nation était à double sens. C’est peut être le seul jour que je l’ai vu en vrai en président.
Puis vint l’année 1991 et sa chute.


Je le revis à la barre lors du procès crimes de sang au Palais de la Culture.
Après l’homme sortira de notre vie active, jugé, condamné, gracié lors de cette décennie 1991-2000.Pendant ce temps le Mali avait tourné la page des 23 ans de GMT et passé dans une ère démocratique prometteuse de mieux être.


L’ancien président reviendra dans la vie des Maliens à travers les cérémonies civiles et religieuses dans la ville de Bamako, apparaissant à la télévision lors des cérémonies funéraires de certaines figures du Mali, tour à tour aux côtés des présidents ATT, Dioncounda, du chef du CNRDRE Amadou Haya Sanogo, puis D’IBK. Ces apparitions ont remis l’homme dans le cœur des Maliens. Il était redevenu fréquentable, une voix écoutée.
A l’investiture du président IBK en 2013 et 2018, il était là. En républicain, non sans en avoir été magnifié ainsi par le président investi du jour.
A la signature de l’Accord d’Alger il était là. On aura remarqué que la prise des zones militaires de références du Nord en 2012 a l’image de Tessalit a affecté le général président à la retraite.


Depuis sa grâce de 2003, il est devenu grand conseiller sollicité de ses successeurs, des jeunes militaires qui ont pris le pouvoir en 2012 et 2020. Les hommes politiques ne le quittent pas pour s’abreuver à sa longue expérience de l’état. Jusqu’à sa disparition, sa cour ne desemplissait pas.
Que retenir des 23 ans de Moussa Traoré ? On ne refera pas les deux procès de crimes du sang et économiques. Il en a sûrement payé de sa liberté, d’un point de vue moral. Beaucoup de victimes de son régime et leurs familles garderont une dent à coup sûr.


Mais Moussa Traoré fait partie de l’histoire du Mali. Il y a laissé son empreinte et sa réhabilitation a déjà été faite en partie. Les realisations matérielles de son passage resteront pour témoigner. Succès et échecs, bienfaits et erreurs auront émaillé son parcours à la tête du pays. L’histoire continuera son jugement, Dieu le sien aussi.


J’ai laissé le soin à un de ses très proches, qui m’est voisin de quartier, de me conduire chez lui à la première occasion. Dieu ne l’a pas réalisé. Comme ce vœu que j’imagine du général défunt, de voir son pays sortir de ce long tunnel insrrectionnel dont il a la peine de sortir depuis 1968.
Dors en paix, général président Moussa Traoré!

Bamako, le 17 septembre 2020
Alassane Souleymane,
Journaliste

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