Mali: Après les dérapages politiques, il est temps de changer les mentalités, réformer l’Homme et les institutions

Avant l’avènement de la démocratie et du multipartisme intégral dans les années 1990, il serait, peut-être, difficile de diriger un pays sans dérapage politique caractérisé par des morts, assassinats ou disparitions. Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko et d’autres Maliens ont été assassinés sous Modibo Keita, tout comme ce dernier et d’autres ont été assassinés sous Moussa Traore. Même sous IBK, il y a un journaliste qui a disparu, certainement assassiné. Dans tous les cas,ces scénarios ne doivent plus se répéter.

Modibo Keita a proclamé l’indépendance de la République du Mali le 22 septembre 1960. Socialiste, il oriente son pays vers une socialisation progressive de l’économie, d’abord de l’agriculture et du commerce avec la création en octobre 1960 de la Société Malienne d’Importation et d’Exportation (SOMIEX) ayant le monopole de l’exportation des produits maliens et de l’importation des produits manufacturés et des biens alimentaires (sucre, thé, lait en poudre…) et de leur distribution à l’intérieur du pays.

La création du franc malien en 1962 et les difficultés d’approvisionnement entraînent une inflation importante et un mécontentement au sein de la population, notamment auprès des paysans et des commerçants.

Fily Dabo Sissoko et Hamadoun Dicko s’opposent à l’option socialiste prônée par Modibo Keita, qui les fait arrêter en 1962 parce qu’ils s’opposent à la création du franc malien. Ils sont accusés d’être les instigateurs des émeutes des commerçants survenues à Bamako le 20 juin 1962 .

Les commerçants avaient marché sur le commissariat central de Bamako pour exiger la libération de leur leader Kassoum Touré, arrêté quelques heures plus tôt parce qu’il s’opposait à la politique de Modibo Keita, notamment la création du franc malien. Ils sont inculpés pour avoir organisé un complot et commis un attentat contre la sûreté de l’État et déférés avec d’autres opposants devant un tribunal populaire du 24 au 27 juillet 1962. Le tribunal délibère le 1er octobre 1962 et condamne à la peine de mort Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko et Kassoum Touré. Face à la pression internationale,leur peine sera commuée à une peine de travaux forcés à perpétuité. Ils meurent dans des conditions mystérieuses en détention en 1964, certainement exécutés.

À partir de 1967, Modibo Keita déclenche la « révolution active » et suspend la constitution en créant le Comité national de défense de la révolution (CNDR). Les exactions des « milices populaires » et la dévaluation du franc malien en 1967 amènent un mécontentement général.

Le 19 novembre 1968, le lieutenant Moussa Traoré organise un coup d’État et renverse Modibo Keïta qu’il envoie en prison à Kidal. Un coup d’État accueilli avec enthousiasme et applaudi par les Maliens.

En 1971, Moussa Traoré accuse son vice-président Yoro Diakité de tentative de coup d’État et le fait incarcérer à la prison de Taoudeni où il meurt deux ans plus tard de mauvais traitement.
Durant neuf ans, de 1968 à 1977, le pays est alors dirigé par le Comité militaire de libération nationale (CMLN).

Modibo Keïta meurt en détention à Bamako le 16 mai 1977 à l’âge de 61 ans dans des circonstances suspectes. Radio-Mali diffuse un communiqué annonçant : « Modibo Keïta, ancien instituteur à la retraite, est décédé des suites d’un œdème aigu des poumons. » Ses obsèques au cimetière d’Hamdallaye donnent lieu à d’importantes manifestations, réprimées violemment par les services de sécurité dirigés alors par Tiécoro Bagayoko. Le président Moussa Traoré est obligé d’intervenir à Radio-Mali pour donner une version « officielle » du décès de Modibo Keïta, qui ne convainc personne.
Il faut préciser que Tiécoro Bagayoko a mis en place une police politique très répressive, notamment vis-à-vis des élèves et étudiants contestataires.Il a organisé notamment la répression des opposants suite aux manifestations lors des obsèques de l’ancien président Modibo Keita en 1977.

Tiécoro Bagayoko finit par être arrêté, en compagnie de Kissima Doukara et Karim Dembélé et d’autres compagnons par Moussa Traoré le 28 février 1978. Et Tiécoro Bagayoko et Kissima Doukara sont morts dans des circonstances non élucidées.

Le 2 juin 1974, Moussa Traoré fait adopter par référendum (99 % des voix) une constitution qui fonde la Seconde République, imposant un parti unique, une assemblée nationale et un président élu tous les 5 ans au suffrage universel. En 1976, il fonde l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), parti unique, ainsi que l’Union nationale des femmes du Mali et l’Union nationale des jeunes du Mali, organisations auxquelles respectivement toutes les femmes et tous les jeunes doivent alors adhérer.

Lors des premières élections de la Seconde république en 1979, Moussa Traoré est l’unique candidat à la présidentielle. Il propose d’aller vers une ouverture politique, ce qui lui permet d’acquérir le soutien de certains intellectuels comme Alpha Oumar Konaré qui acceptera le poste de ministre des Arts et de la Culture pendant quelques années.

Le 22 mars 1991, une manifestation à Bamako composée de milliers d’élèves et d’étudiants est réprimée dans le sang, faisant plus de 200 morts. Le soulèvement se poursuit jusqu’au 24 mars. Le 26 mars 1991, un coup d’État militaire mené par le lieutenant colonel Amadou Toumani Touré renverse Moussa Traoré. Le Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) est mis en place avec Amadou Toumani Touré à sa tête.

Moussa Traoré est emprisonné à la prison de Markala. En février 1993, il est condamné à la peine de mort pour crimes de sang commis entre janvier et mars 1991.Il est incarcéré ainsi que tous les membres de sa famille, dont son petit-fils de 6 ans qui a purgé une peine de 14 mois. Il est le premier chef d’État africain à devoir répondre de ses actes devant la justice de son pays.
Toutefois, le président Alpha Oumar Konaré commue sa peine pour « crimes économiques » en prison à vie le 21 septembre 1999 puis, en mai 2002, le gracie.

Moussa Traoré considère cependant avoir été condamné pour des crimes qu’il n’a pas commis, et avoir été la victime d’un complot politique. Pour lui, le massacre du 26 mars 1991 a été orchestré par l’opposition politique et les socialistes français qui auraient fait venir des mercenaires au Mali afin de le déstabiliser.

Par ailleurs, l’ancien président malien est jusqu’à sa mort considéré comme un « sage ». Il reçoit ainsi quelques jours avant sa mort les militaires du comité national pour le salut du peuple (CNSP) ayant renversé, le 18 août 2020, le président Ibrahim Boubacar Keita,qui avait instauré un régime caractérisé par une gestion clanico-familiale des affaires de l’État et une menace pour la liberté d’expression. Ainsi, un ancien journaliste du Sphinx,Birama Touré,a disparu depuis 2016, certainement assassiné.

Après tous ces dérapages, il est temps de changer les mentalités et revoir le système de gouvernance, pour une prospérité économique et une paix durable.

Moussa Danioko

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