Violation de droit de l’homme sur les réseaux sociaux : Que faut-il retenir de l’affaire Sidiki Diabaté ?

par croissanceafrique


L’affaire dite Sidiki Diabaté qui a défrayé la chronique à l’échelle nationale et internationale a enfin connu son épilogue . L’artiste malien a été libéré sous une caution de 15 millions de Franc FCA après plusieurs mois de séjours à la maison centrale de Bamako. Mais, de l’avis de plusieurs défenseurs de droit de l’homme, la star malienne, et même la plaignante ont été victimes de violation flagrante de leur droit.
L’affaire s’est révélée suite à une publication sur les réseaux sociaux du corps d’une jeune dame physiquement atteint par des blessures. Les spéculations faisaient alors croire que l’artiste a « tabassé à sang » sa copine Guinéenne Mariame Sow alias Mamacita. Suite à la plainte de cette dernière, la justice malienne s’est saisie du dossier et placée en garde à vue le présumé coupable Sidiki Diabaté pour des raisons d’enquête pour motif « viol et coups et blessures ». La procédure judiciaire a été alors déclenchée pour confirmer ou infirmer les charges contre le fils de Toumani Diabaté. C’est ainsi qu’il a été déféré le 25 septembre 2020 dernier à la maison centrale d’arrêt de Bamako.
Interrogée le 17 septembre 2020 par les activistes féministes de la page Mali Jolie Denw en français (les belles filles du Mali), une page de propagande sur Facebook , la victime Mamacita a confirmé les faits : « j’ai bien reçu des coups de la part de Sidiki Dibaté. La photo de mon corps avec brulures qui circule sur les réseaux sociaux date de 2019 » a-t-elle affirmé.
De son côté, la star Sidiki Diabaté avait réagi en se confiant à son parrain Bassidki Dembélé alias le roi 12-12, un grand opérateur économique qui évolue dans le domaine de vente de véhicules et qui est reconnu par ses œuvres de charité. Selon ce dernier, Sidiki Diabaté a juré de n’avoir pas touché à un cheveu de Mamacita. L’artist a donc plaidé son innocence, à en croire le richissime Bassidiki Dembélé alias le roi 12-12
Pendant que la justice s’était saisie du dossier, les internautes avaient commencé à enflammer les réseaux sociaux. Chaque camp y est allé de son commentaire. Pour les fans de Sidiki Diabaté, l’affaire s’est passée il y’a plusieurs années et que les images véhiculées sur Facebook étaient fausses. Ils se sont ensuite lancés dans une campagne de dénigrement contre Mamacita. C’est ainsi que les vidéos et images intimes de la jeune dame se sont retrouvées sur les réseaux sociaux pour la dénigrer.
De leur côté les défenseurs de la jeune dame, notamment les activistes féministes de la page Mali Jolie Denw, ont beaucoup mis l’accent sur l’image montrant son agression. Pour eux, il n’y avait aucun doute que c’est Sidiki Diabaté le coupable. C’est alors qu’ils ont entrepris une campagne médiatique contre l’artiste en publiant plusieurs images d’agression de Mamacita sur les réseaux sociaux avant de lancer une pétition contre l’artiste.
Mais de l’avis de plusieurs défenseurs de droits de l’homme, les partisans de Sidiki Diabaté et de Mamacita étaient tous en infraction selon la loi. Se basant en effet sur le contexte de droits humains, Ramata Diouaré, journaliste, a estimé clairement que les droits de Sidiki Diabaté et sa copine ont été bafoués. Elle l’a indiqué dans un entretien accordé à nos confrères de la radio Kayira de Ségou lors d’une formation de journalistes sur les droits humains et le journalisme d’investigation en Octobre 2020 à Ségou.
Selon Ramata Diaouré, les réseaux sociaux ne sont pas des instances de justice. Pour elle, une telle affaire ne se résout pas sur Facebook et qu’on devrait laisser la justice faire son travail : « on a l’impression que c’était une procédure qui se déroulait sur Facebook, sur whatsApp. Alors qu’une procédure se tient devant un juge d’instruction, devant un procureur et se termine devant un juge » a-t-elle martelé.
La diffusion des images et vidéo constituent l’une de la pire violation des droits de l’homme dans cette affaire, à en croire Ramata Diaoura : « il y a eu violation grave de droit de l’homme dans cette affaire, précisément les images dégradantes de la plaignante qui ont fait le tour des réseaux sociaux. C’est assez écœurant » a-t-elle déploré. A ses dires, personne ne devrait condamner ni l’un ou l’autre avant le verdict du jugement.
A cet effet, l’actuelle coreprésentante de la presse dans le CNT a invité nos compatriotes, principalement les journalistes à laisser la justice faire son travail en des pareilles situations et à respecter la présomption d’innocence dans une telle affaire. « Un droit inaliénable pour chaque homme » ; a-t-elle dit.
« Nous, journalistes, ne devront pas être des personnes qui bafouent les droits des autres, notamment le droit à l’image, droit à la parole et à la présomption d’innocence » a-t-elle conseillé.
Il y a d’ailleurs une loi votée par notre pays pour punir les auteurs de diffusion d’images. Il s’agit de la loi sur la cybercriminalité que notre pays a adoptée en 2019. Elle prévoit en effet des poursuites judiciaires contre toute personne qui diffuse des images, des sons sans le consentement de l’auteur sur les réseaux sociaux. Ses articles 55 et 56 condamnent la « diffusion publique » de « tous imprimés, tous écrits, dessins, affiches, gravures, peintures, photographies, films ou clichés, matrices ou reproductions photographiques, emblèmes, tous objets ou images contraires aux bonnes mœurs», lit-on dans le document. Les sanctions correspondantes vont de six mois à sept ans d’emprisonnement, une amende de 500 000 à 10 000 000 CFA (840 à 16 800 USD), ou les deux. Cette loi permet donc de respecter et de préserver les droits humains sur les réseaux sociaux.
Et de ce fait, nous pouvons dire que les auteurs de la diffusion, sur les réseaux sociaux, d’une vidéo intime dans laquelle Mamacita est toute nue, étaient passibles de poursuite et de sanction.
Les utilisateurs des réseaux sociaux sont donc avertis. Car la loi sur la cybercriminalité protège les droits humains contre toute diffusion des images portant atteinte à l’intégrité physique et morale de tout citoyen. Le cas Sidiki Diabaté et Mamacita devrait donner cet exemple si la justice malienne avait poursuivi les auteurs de la diffusion des images et vidéos isolantes.
Boubacar Kanouté

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