Situation politique et Sécuritaire au Mali: Interview exclusive du Dr Abdoulaye Sall président de CRI 2002

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Dans cette interview, le président de CRI 2002 (Cercle de réflexion et d’informations pour la consolidation de la démocratie), Dr Abdoulaye Sall s’exprime la situation sociopolitique du Mali.

Le Mali Émergent : Comment se porte CRI 2002 ?

Dr Abdoulaye Sall : Le Cercle de réflexion et d’informations pour la consolidation de la démocratie (2002) en réalité est un patrimoine du Mali. CRI est au service du Mali par les maliens et pour les maliens. Donc nous continuons nos différents programmes et projets sur la valorisation du rôle et la place des autorités traditionnelles qui est une de nos projets phares. Ça c’est avec la coopération suisse. Nous également en partenariat technique avec le NDI (Institut démocratique international) à travers un financement de la coopération suisse, du gouvernement américain à travers un programme de coalition qu’on appelle la CEP dont je suis le président. Nous venons de boucler un programme de trois (3) ans sur la défense et la sécurité en partenariat avec « Transparency international ». Et nous allons entamer bientôt un nouveau programme. Nous nous portons bien grâce à vous.

Le Mali Emergent : Quel a été l’apport du CRI 2002 aux autorités de la Transition en tant que société civile depuis le début ? 

En réalité la vie, elle est continue et discontinue. De mon point de vue on est dans la construction de la Démocratie qui pour moi n’a d’autre nom que crise. Comme pour dire qu’il n’y a pas de démocratie sans crise ou sans conflit. Mais il nous revient de tout faire pour que cette crise, ce conflit ne se transforme pas en violence. Et qu’on puisse les transformer en opportunités nouvelles. En matière de démocratie, il y a un outil qu’on appelle le « cul-de-sac ». C’est-à-dire le fond de sac. Une fois que vous rentrez dans un sac, vous arrivez au fond. Vous êtes obligé de vous retourner pour chercher la bonne voie. Il se peut que le Mali soit aujourd’hui face à ce cul-de-sac. J’estime que nous aurons la sagesse et l’intelligence suffisante pour pouvoir sortir de ce fond de sac et reprendre résolument notre marche vers la construction de la démocratie et de l’Etat de droit.

Il y a de cela deux ans et demi j’ai développé un concept de patriotisme intelligent qui n’est autre chose que s’attaquer à l’essentiel. Je pense que c’est ce vœu et souhait que je formule. Et nous estimons que pendant cette période discontinue transitoire pour aller vers la trajectoire continue qui est le retour à l’ordre constitutionnel normal que nous mettons le Mali au-dessus de tout.  Retrouver ce qui nous unit, travailler sur cet aspect pour qu’on puisse arriver à l’opérationnalisation de la devise de notre pays (Un Peuple-un But-une Foi).

Nous avons une constitution qui porte des principes, des valeurs, un cadre d’analyse et même une dynamique qu’aucun régime au Mali n’a remis en cause de 1960 à nos jours. Tout le monde doit se conformer aux dispositions de cette loi fondamentale dont le respect et l’opérationnalisation des symboles de la République dont l’hymne national du Mali (les champs fleurissent d’expérience « les jeunes », les cœurs vibrent de confiance « les vieux et les femmes »). Autrement dit, le Mali a tous les outils, tous les instruments qu’il faut pour sortir très rapidement de la crise qu’il subit depuis mars 2012.

Pour revenir à votre question, je voudrai dire tout simplement que CRI 2002 appartient à tous les maliens. Pour moi, le « moi » est haïssable, il ne faut pas qu’on tombe dans un narcissique. CRI 2002 n’appartient plus au CRI, il appartient au Mali.

Le Mali Emergent : Elections ou pas, les sanctions de la CEDEAO ne se sont pas fait attendre. Quelle lecture faite-vous de cette situation ?

Vous savez, les gens parlent d’élections mais quand vous optez pour la construction de la démocratie, vous êtes tout le temps en élection. C’est comme le corps, s’il tient c’est parce que le sang circule régulièrement ça c’est les élections. Néanmoins, il y a plusieurs types d’élections notamment ; élections générales, référendum. Ce n’est pas une question de personne. Quant on parle d’élection, il faut préciser quel type d’élection tenir pour ne pas confondre les élections et le scrutin. Une fois qu’on comprenne cela, on pourra dire qu’un simple chronogramme ne suffit pas à régler les problèmes. Il faut un plan d’action pour les élections. C’est à partir de ce plan d’action qu’on pourra mettre en place un cadre logique qui rentre dans le domaine de la planification. Cela permettra de définir les périodes électorales. Mais dans ce travail, l’accent doit être mis sur une colonne qui s’appelle supposition importante (précision dans la décision). Si nous voulons sortir de ce quiproquo, il faut qu’on accepte très rapidement d’élaborer un plan d’action avec un cadre logique suivie d’un chronogramme. Le chronogramme doit découler d’un cadre logique et celui-ci doit découler d’un plan d’action. Si les autorités estiment qu’ils peuvent tenir les élections en deux mois, ils font un plan d’actions sur cette durée indiquée et voir ce qu’ils peuvent faire. Mais il sera très difficile de se contenter à un chronogramme nu qui ne découle pas d’un cadre logique avec des suppositions importantes et qu’il ne résulte pas d’un plan d’actions qui doit découler d’un ou des compromis politiques. Car une fois qu’on parle des élections, on parle des partis politiques puisque la démocratie a deux enfants ; les partis politiques et les élections. Dans un pays où il n’y a pas d’élections, il n’y a pas de démocratie.

Dans un pays où il n’y a qu’un parti politique, il n’y a pas de démocratie, il faut qu’il ait deux ou plusieurs partis politiques pour qu’on parle de démocratie parce que les partis politique existent pour conquérir et exercer le pouvoir politique à travers des élections. Les élections qui sont le deuxième enfant de la démocratie, doivent être régulières, justes, transparentes, libres et apaisées. Si on avait travaillé sur l’expertise des compétences sur laquelle j’ai évoquée, on n’allait pas tomber dans des conséquences ou dans les sanctions de la CEDEAO. Il fallait ressortir un plan d’actions pour préciser l’apport de la CEDEAO, de la communauté internationale, les soldats de la MINUSMA pour assurer la sécurité. Il faut nécessairement un plan d’action et un cadre logique pour la répartition des tâches.

Tenir ou pas tenir les élections à la date prévue, en tout cas la charte africaine pour la bonne gouvernance qui est de la CEDEAO elle même dit que 6 mois avant les élections, qu’on ne peut pas changer les règles du jeu. Mais il faut que la classe politique s’entend. Si les Maliens veulent organiser ces élections, il faut qu’ils arrivent à assurer la souveraineté interne car on ne peut pas parler de souveraineté nationale sans souveraineté interne. Il faut que les Maliens parviennent ensemble à trouver un compromis sur leur souveraineté interne pour ensuite s’ouvrir à la CEDEAO et aux autres pays du monde. La tenue des élections sera possible lorsque nous les Maliens arrivent à s’entendre sur un compromis. La période de transition est la meilleure des périodes pour faire une révision constitutionnelle par ce que le président qui se trouve à la tête de la Transition n’appartient à aucun parti politique. Et après l’élection du président de la République. C’est ce dont on appelle le principe de progressivité.

Le Mali Emergent : Votre lecture sur les sanctions de la CEDEAO à l’endroit de nos autorités transitoires

Par rapport aux sanctions de la CEDEAO, nous avons constaté d’abord que les deux premiers paragraphes portent sur la sécurité, et invitent également la communauté internationale à aider le Mali à renforcer la sécurité de nos frontiers car ils ont compris qu’en réalité la CEDEAO c’est le Mali et le Mali c’est la CEDEAO. Cela est extrêmement important. Les sanctions ciblées, cela est un autre problème que nous devons gérer si nous voulions aller vers la dynamique d’assurer et d’assumer notre souveraineté interne. Cela est l’un des dossiers que nous devons traiter dans le cadre de la recherche de notre souveraineté interne en se rassemblant pour trouver des solutions à cela. Si demain toute la classe politique s’entend pour dire qu’ils sont prêts pour la révision constitutionnelle d’ici février, c’est un bout que nous pouvons prendre déjà pour exiger de la CECDEAO à lever ses sanctions

Les autorités de la Transition veulent initier des Assises nationales pour définir les grandes lignes de la Réfondation du Mali, votre point de vue

Pour que les gens puissent faire des élections, il faut de la participation, j’inscris les Assises nationales dans le sens de recherche la participation des Maliens au processus étaux procédures électorales. Quand vous prenez les axes majeurs recherchés à travers les assises nationales de la réfondation, il y a ce qu’on appelle la gouvernance, la réfondation de la citoyenneté et du civisme, la réfondation des savoirs qui sont les nerfs de la guerre comme dit l’autre « être pauvre, c’est être sans savoir, sans avoir et sans pouvoir ». Alors il faut qu’on remanie le savoir comme déplore que combien d’enfants sortent dans les grandes écoles et qui n’ont pas d’emplois, l’adéquation, l’éducation, l’enseignement et l’emploi. Ce sont des questions à régler, il faut en parler les métiers ruraux aussi. Mais quand ? C’est un autre problème pour la simple raison, nous ne sommes pas dans la représentation et non pas dans la décision, et nous ne sommes pas au même niveau d’informations que ceux qui sont à la décision. C’est pourquoi je parle de participation et représentation, et nous sommes dans la participation. Ceux qui décident savent bien de quoi ils parlent et nous n’avons pas le droit de parler à l’heure actuelle parce que nous sommes dans la démocratie représentative.

Pour ce qui est de notre participation, nous serons présents, si nous sommes invités. D’ailleurs nous avons toujours assisté, de 2000 à ce jour, à tous les grands fora auxquels nous avons été conviés.   

Que répondez-vous à ceux-là qui pensent que ces assises seront des rencontres de trop ? 

 La démocratie, c’est également la contradiction. Je n’ai pas d’avis à donner surtout que nous sommes une organisation non partisane, impartiale, indépendante. Si je donne mon opinion, je pendrai partie. Ce que je peux faire c’est de poser des diagnostics tel que je le vois pour que ça aille. Mais la démocratie est conflictuelle. Il n’y a que des conflits. Néanmoins, il faut chercher à transformer ces conflits, ces crises en opportunités pour aller de l’avant.

 Les gens qui ne veulent pas participer ne s’impliquent et ne seront pas impliqués et responsabilisés. Et s’ils ne sont pas responsabilisés, ils ne seront pas autonomes. J’ai parlé du patriotisme intelligent c’est-à-dire qu’on se mette ensemble parce que l’existence du Mali est en cause. Nous devons sortir notre pays de ce cul-de-sac.         

Interviewe réalisée par Ibréhima Koné

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