(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Gabon, le groupe minier Eramet traverse actuellement une période particulièrement tumultueuse sur le plan managérial, ce qui suscite une inquiétude croissante parmi les marchés financiers.
En effet, le titre de la société a enregistré une chute significative de plus de 4% suite à l’annonce d’une suspension temporaire du directeur financier, Abel Martins-Alexandre, qui s’inscrit dans le cadre d’une enquête interne en cours.
Cette décision a été prise seulement quelques jours après le licenciement du directeur général, Paulo Castellari, créant ainsi une instabilité notoire au sein de la haute direction. Cette situation de double vacance au sommet de l’exécutif ravive des interrogations légitimes sur la gouvernance du groupe minier, d’autant plus que le contexte économique est déjà largement marqué par une baisse préoccupante des prix des métaux et par des difficultés opérationnelles rencontrées sur certains de ses sites d’exploitation. Alors que cette crise managériale est étroitement suivie par les investisseurs européens, elle l’est également avec une attention particulière à Libreville, capitale du Gabon.
Il est essentiel de rappeler qu’Eramet joue un rôle stratégique dans l’économie gabonaise, notamment à travers sa filiale Comilog, qui se positionne comme le premier producteur mondial de manganèse à haute teneur. Comilog est également la première entreprise gabonaise en matière de chiffre d’affaires, ayant dépassé les 600 milliards FCFA, ce qui témoigne de son importance vitale pour l’économie nationale. Dans un avenir proche, plus précisément à l’horizon 2026, le Gabon espère atteindre des exportations de manganèse se chiffrant entre 8 et 9 millions de tonnes, renforçant ainsi l’importance cruciale de cette ressource dans le développement économique du pays.
Sur le plan budgétaire, l’enjeu se révèle d’une importance cruciale pour le pays, tant sur le plan économique que social. En effet, les recettes publiques directes qui découlent de l’exploitation du manganèse, comprenant des éléments tels que les redevances minières, l’impôt sur les sociétés et les dividendes, sont estimées à une fourchette impressionnante de 120 à 150 milliards de FCFA par an à l’horizon 2026.
Par ailleurs, ces ressources financières, qui proviennent de cette industrie clé, constituent une part significative des recettes publiques hors secteur pétrolier, dans un contexte particulièrement délicat où le Gabon s’efforce de sécuriser ses équilibres budgétaires tout en cherchant à réduire sa dépendance précaire vis-à-vis des hydrocarbures pour assurer un avenir plus stable. La contribution du manganèse à l’économie est particulièrement notable, puisqu’il représente désormais environ 7 à 9 % du produit intérieur brut (PIB) du pays et plus de 30 % des exportations en dehors du secteur pétrolier.
Dans ce cadre, toute forme d’instabilité prolongée au sein de la direction d’Eramet est perçue comme un risque macroéconomique potentiel, et ce, malgré le fait qu’aucune remise en question des opérations de Comilog n’ait été annoncée à cette étape précise. Il est également à noter que la filiale gabonaise est responsable de la création et du maintien de près de 7 000 emplois, qu’ils soient directs ou indirects, ce qui entraîne un effet d’entraînement significatif sur les secteurs du transport ferroviaire, des activités portuaires ainsi que sur la logistique nationale en général.
Dès lors, la continuité stratégique et opérationnelle du groupe est donc suivie de près par les parties prenantes, car elle est vitale non seulement pour la santé économique du Gabon, mais également pour le bien-être des communautés qui dépendent de cette industrie.
Zangouna KONÉ

