(CROISSANCE AFRIQUE)-Finies les salles vétustes et exiguës. Dans un amphithéâtre climatisé de l’université de Zambie (UNZA), à Lusaka, Kangwa Bwalya suit un cours de génie civil aux côtés de 350 autres étudiants inscrits en dernière année du cycle d’ingénierie. « Auparavant, le plus grand bâtiment de notre école ne pouvait accueillir qu’une centaine d’étudiants, se désole Charles Kahanji, directeur du Département de génie civil et environnemental de l’université publique. Nos équipements étaient pour la plupart obsolètes ou très anciens, et fonctionnaient manuellement. »
Face à ce grand déficit d’infrastructures, le Projet de soutien à la science, à la technologie et à l’éducation en Zambie (SSTEP), doté de 29,4 millions de dollars, a apporté une réponse à la mesure du défi. Financé par le Fonds africain de développement, le guichet de financement concessionnel du Groupe de la Banque africaine de développement, le projet « SSTEP » a été approuvé en novembre 2013 et sa mise en œuvre achevée en juillet 2024. Il a contribué à la fourniture d’infrastructures et d’équipements de pointe pour l’éducation et le développement des compétences en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques dans trois universités et quatre établissements d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP).
Ces établissements comprennent l’université de Zambie à Lusaka, l’université de Copperbelt à Kitwe, l’université de Mulungushi à Kabwe, le collège technique du Nord à Ndola, le collège international Nkumbi à Mkushi, l’institut de formation professionnelle St. Mawaggali à Choma et l’institut de formation technique de Lukashya à Kasama.
Pour Kangwa Bwalya, qui compte parmi les plus de 250 000 bénéficiaires du projet, les nouveaux laboratoires ont été une véritable révélation. « Auparavant, lorsque nous allions dans les laboratoires, nous constations que le matériel ne fonctionnait pas, se souvient-elle. Entrer dans les laboratoires transformés par le SSTEP m’a vraiment enthousiasmée, car j’ai pu découvrir du matériel moderne et neuf permettant de réaliser beaucoup de choses. »
Personne n’a été laissé pour compte
Les enseignants de l’université ont également bénéficié des apports du projet. Charles Kahanji explique : « Aujourd’hui, l’équipement dont nous disposons est numérique. Nous sommes en mesure d’extraire les données que nous voulons en temps réel. Cela a changé la donne. »
Maître de conférences en génie minier, Sam Kangwa est également bénéficiaire d’une bourse de doctorat financée par le projet. « Avant d’obtenir mon doctorat, je n’étais même pas autorisé à enseigner dans des programmes de troisième cycle parce que je n’étais pas qualifié, raconte-t-il. L’impact est considérable. »

Sam Kangwa, bénéficiaire d’une bourse de doctorat, utilise du matériel de laboratoire financé par le Zambia Support to Science, Technology and Education Project. Le projet a contribué à l’amélioration des compétences de 11 470 jeunes, dont 24,5 % de femmes, grâce à des bourses d’étude dans le domaine de l’artisanat et de la formation à l’entrepreneuriat. Nombre d’entre eux sont aujourd’hui des entrepreneur(e)s dans l’énergie, l’électronique, l’agro-industrie et la soudure. Le projet a également contribué à former 85 membres du corps enseignant aux niveaux master et doctorat et à développer 62 programmes d’études intégrant la dimension genre en collaboration avec le secteur privé.
Le vice-chancelier de l’UNZA, le professeur Mundia Muya, souligne cette transformation : « L’université de Zambie a énormément bénéficié de notre collaboration avec le Fonds africain de développement. Avant le projet, bon nombre de nos amphithéâtres et de nos laboratoires étaient dans un état déplorable. Ils ont été entièrement modernisés et créent désormais un environnement propice à l’apprentissage et à la recherche. »
De la recherche d’un emploi à la création d’emplois
À l’instar de Kangwa Bwalya, Joseph Banda est la preuve vivante que des investissements ciblés dans l’éducation et les compétences permettent aux apprenants de réaliser leurs projets. Diplômé du Lukashya Technical Trade Institute à Kasama, Joseph a suivi la filière de l’enseignement technique, de la formation professionnelle et de l’entrepreneuriat (TEVET), un parcours qui lui assure désormais son autonomie.
« J’ai créé mon entreprise en 2020 après avoir obtenu un certificat en agriculture générale grâce au soutien du Groupe de la Banque africaine de développement », explique le jeune homme, debout dans son magasin de produits agro-industriels, Akunzi AgroVet. « Grâce aux connaissances ainsi acquises , j’ai saisi une opportunité plutôt que de venir ici chercher un emploi. »

Joseph Banda, boursier devenu entrepreneur, devant son magasin Akunzi AgroVet à Kabwe. Le changement a été radical : de demandeur d’emploi, il est devenu chef d’entreprise. « Aujourd’hui, je dirige ma propre affaire, et cette activité emploie directement au moins cinq personnes auxquelles s’ajoutent une trentaine de personnes qui travaillent indirectement pour nous. »
Enclencher un cercle vertueux
Son histoire illustre parfaitement la dynamique enclenchée par ce type d’investissement : la formation dispensée par les instituts TEVET stimule l’entrepreneuriat ; les entrepreneurs, à leur tour, accompagnent les agriculteurs locaux en leur fournissant intrants et conseils ; la productivité agricole accrue génère une demande croissante en infrastructures, que des ingénieurs comme Kangwa Bwalya conçoivent et réalisent. Ainsi se crée un effet d’entraînement : chaque maillon renforce l’autre, propulsant l’économie tout entière et démultipliant les opportunités pour tous.
Inspirée par la transformation dont elle a été témoin au sein de son université, Kangwa souhaite désormais s’attaquer aux problèmes d’assainissement qui affectent sa communauté. « Dans cinq ans, je me vois de retour chez moi en tant qu’ingénieure qualifiée, résolue à trouver des solutions aux problèmes auxquels nous faisons face », se projette-t-elle.
Ces ambitions individuelles s’inscrivent dans une stratégie nationale portée au plus haut niveau. Pour le ministre zambien de la Technologie et des Sciences, Felix Chipota Mutati, l’enjeu dépasse largement celui de la simple formation. « Lorsqu’on bénéficie d’un enseignement dispensé dans un environnement propice, même notre capacité intellectuelle devient transformatrice. Il ne s’agit pas seulement d’investissement, mais d’ancrer la paix et la démocratie à travers la transformation de l’Afrique », conclut-il.

À Kabwe, Joseph Banda ouvre la porte de son entreprise de produits agro-industriels, un rêve devenu réalité grâce à la confiance acquise durant sa formation.

L’un des deux nouveaux amphithéâtres de l’Université de Zambie, construits dans le cadre du projet de soutien à la science, à la technologie et à l’éducation en Zambie (SSTEP)..

