(CROISSANCE AFRIQUE)-La compétitivité en Afrique s’est toujours concentrée essentiellement sur les infrastructures, les technologies, les investissements, l’industrialisation, la connectivité ou le développement des compétences techniques. Ces critères sont essentiels, car nos économies ont besoin de routes, d’énergie, de ports, de données, d’intelligence artificielle, d’innovation et de talents qualifiés pour soutenir et développer leur croissance.
Mais dans cette période cruciale, nous oublions que ces transformations sont portées par des humains. Ce paradoxe, je l’observe dans les organisations que j’accompagne : banques, institutions publiques, entreprises privées, organisations internationales. Les stratégies sont déployées, les financements mobilisés. Pourtant, les résultats ne suivent pas, freinés par les difficultés à collaborer, à décider, à mobiliser les équipes et à exécuter avec rigueur. Dans son Future of Jobs Report 2025, le Forum économique mondial estime que, d’ici 2030, les transformations du marché du travail représenteront 22 % des emplois actuels : 170 millions d’emplois seront créés et 92 millions déplacés, soit un solde net positif de 78 millions.
Le travail ne disparaît pas, Il se transforme
Le même rapport estime que 39 % des compétences actuelles devront être transformées d’ici 2030, tandis que 63 % des employeurs considèrent le déficit de compétences comme le premier obstacle à la transformation. Le problème dépasse la technologie : il est humain, managérial, culturel et comportemental. Les entreprises achètent des logiciels dernier cri, investissent dans l’intelligence artificielle et digitalisent leurs processus. Mais sans collaborateurs capables d’apprendre, de s’adapter, de collaborer, de décider et de gérer la complexité, la transformation ne sera pas effective. Le Forum économique mondial souligne également que 86 % des employeurs s’attendent à ce que l’intelligence artificielle transforme leur entreprise. Les compétences technologiques sont incontournables, mais les compétences qui montent ne sont pas uniquement techniques : pensée analytique, résilience, agilité, leadership, créativité et apprentissage continu.
Les soft skills ne sont plus si soft
La résilience, l’adaptabilité et la capacité à apprendre ne sont pas soft. Créer de la confiance, écouter, décider sous pression, coopérer malgré les tensions et transformer une vision en exécution sont des leviers indispensables de productivité. Le futur du travail devra réconcilier compétences techniques et compétences humaines. Avec plus de 400 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans, cet enjeu est stratégique pour l’Afrique. Pour que cette force devienne un avantage compétitif, elle doit être formée, accompagnée et outillée en fonction des besoins de nos économies. Sans éducation, formation et emploi, elle n’est plus un dividende démographique. Elle devient une source de frustration et de précarité au lieu d’être un moteur de croissance. La compétitivité africaine doit aller au-delà des infrastructures physiques et intégrer l’infrastructure humaine, invisible certes mais qui permet aux infrastructures visibles de fonctionner. En effet, les routes, les technologies, les financements et les stratégies sont portés par des hommes et des femmes qui transforment les intentions en résultats.
Dans ce contexte, la prochaine frontière de la compétitivité africaine sera définitivement humaine. Cependant, Il est primordial de continuer à former de bons ingénieurs et techniciens, mais l’excellence technique seule est insuffisante. C’est vrai, nous vivons une période accélérée par l’IA, mais l’intelligence humaine continue à maitriser la vision et la direction des décisions. Elle résout les problèmes, innove, arbitre, coopère, sert les clients et accompagne les équipes. L’IA ne remplace pas la responsabilité, le jugement, l’éthique, le courage, l’empathie et la capacité à fédérer. Pour que l’Afrique se positionne dans l’économie du XXIᵉ siècle, nous devons investir dans cette infrastructure invisible qui se trouve derrière les stratégies, les réformes, les innovations et les performances économiques : l’humain. La prochaine grande révolution économique du continent sera une révolution du leadership, des compétences humaines et de la capacité collective à agir & je crois que c’est là que se jouera la véritable compétitivité du continent.
Sources
World Economic Forum, The Future of Jobs Report 2025 – Key Findings, publié le 7 janvier 2025.
Union africaine, Youth Development : données sur les plus de 400 millions de jeunes Africains âgés de 15 à 35 ans.
Bio
Nabou Fall est CEO de NFA Group, experte en leadership et architecte de transformation humaine.
Ancienne dirigeante dans les télécommunications en Afrique, elle accompagne des organisations, des institutions et des comités exécutifs dans leurs enjeux de transformation, d’exécution, de performance et de leadership, en plaçant l’infrastructure humaine au cœur de la création de valeur.
À travers ses interventions, formations et programmes exécutifs, elle développe une approche du leadership centrée sur les soft skills, l’intelligence émotionnelle, l’influence et l’adaptation des organisations africaines aux mutations du monde contemporain. Sa chaine Youtube sur les compétences compte 124000 abonnés à ce jour.
Twitter: @Naboufall
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