(CROISSANCE AFRIQUE)-Une technologie civile devenue arme de guerre. En 2022, SpaceX a déployé en orbite sa constellation sur le ciel ukrainien en deux jours : un record absolu et une prouesse technologique inédite.
Les réseaux de communication ukrainiens étaient détruits : cette connexion a permis à l’armée ukrainienne de coordonner ses unités, de guider ses drones tout en gardant le contact avec ses unités de combat sur tout son vaste territoire . C’est environ 200 000 terminaux utilisés par les forces armées ukrainiennes.
Un avantage certes.. À double tranchant
Cette dépendance a un revers. Moscou a tenté à plusieurs reprises de perturber le service et dénonce son usage contre des cibles russes. L’armée russe en a elle-même profité : des drones russes équipés de Starlink ont été signalés dès janvier 2026. En février 2026, SpaceX a coupé tous les terminaux ukrainiens absents d’une liste blanche pour empêcher cet usage frauduleux. Selon le renseignement de l’OTAN, cette décision a été déterminante pour les succès ukrainiens sur le terrain cette année.
La vraie question : qui décide ?
Cet épisode révèle un fait majeur : la capacité de communication d’une armée dépend de la décision d’une entreprise privée et de son propriétaire. Bien que le propriétaire de Starlink reste réticent à autoriser l’usage de Starlink par des drones ukrainiens au-dessus du territoire russe, y voyant une escalade qui prolonge et élargit la guerre
Le signal et image fournis par les satellites ont servi aussi de levier de pression diplomatique par les parties prenantes dans les négociations entre les deux belligérants et au-delà pour la puissance majeure d’accéder aux vastes ressources minérales de l’Ukraine .
Les revers de la dépendance….
La réponse des États est de ne plus dépendre d’un seul fournisseur. Tirant toutes les leçons de Starlink en Ukraine , la Russie construit un équivalent avec la Chine, qu’elle espère prêt en décembre 2026, tandis que l’Ukraine teste un projet similaire avec un pays européen. Ces annonces restent des déclarations officielles, difficiles à vérifier de l’extérieur.
Notre souveraineté numerique ….
Le Sénégal à autorisé le déploiement de Starlkink . Le ministre du numérique d’alors avait précisé que l’autorisation couvre l’activité de fournisseur d’accès à Internet fixe, avec pour objectif de réduire la fracture numérique et les zones blanches. En septembre 2026, la Cour suprême a suspendu la licence en attendant de trancher un recours pour excès de pouvoir, formé par la Sonatel, titulaire d’une licence individuelle de premier rang. L’issue dépendra du jugement sur le fond : à ce stade, rien n’est tranché.
Cinq leçons pour le Sénégal
1. La connectivité n’est pas la souveraineté. Comme le résume un analyste, la connectivité sans souveraineté peut devenir une faille stratégique. Désenclaver une zone rurale est un vrai progrès, mais cela ne doit pas créer une dépendance à un seul fournisseur étranger.
2. Un régulateur fort est la première défense. Un régulateur comme l’ARTP est juridiquement forte mais matériellement affaiblie, sans les moyens de contrôler, d’auditer et souvent d’arbitrer. L’Ukraine montre qu’en cas de crise, la décision revient à celui qui contrôle le service : un État qui ne maîtrise pas sa régulation ne maîtrise pas ses garde-fous.
3. Il faut contrôler les passerelles et les données. La souveraineté numérique se construit par le contrôle des données et la maîtrise des passerelles de sécurité. Cela suppose des stations au sol sur le territoire, des règles claires sur la localisation et l’accès aux données, et la capacité d’imposer les législations de notre pays notamment sur les données personnelles .
4. Il faut diversifier. Aucun service ou infrastructure critiques (santé, administration, sécurité, urgences) ne devrait reposer sur une seule ou deux sources. La bonne approche combine câbles sous-marins, fibre, réseaux terrestres, opérateurs nationaux et plusieurs solutions satellitaires.
5. Il faut préparer le long terme. Cela passe par des compétences locales et un capital humain (ingénieurs, régulateurs, juristes), des partenariats régionaux africains et une réflexion sur des capacités propres ou mutualisées à l’échelle de l’Union africaine ou de la CEDEAO.
Conclusion
Starlink n’est ni une menace en soi ni une solution miracle : c’est un test. Il montre si un État sait accueillir l’innovation tout en gardant la main sur ses règles, ses données et ses infrastructures critiques. La leçon de l’Ukraine est que la souveraineté se prépare en amont, quand tout va bien, et non quand la crise a déjà commencé.
Moustapha DIAKHATE
Sec General RESTIC
Ex Cons Spec Primature

