Au Soudan du Sud, un projet entrepreneurial destiné aux jeunes crée de l’activité économique, favorise la paix et transforme des vies

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(CROISSANCE AFRIQUE)-En 2023, dans la capitale de l’État du Haut-Nil au Soudan du Sud, des combats ont ravagé Malakal, le village de Cecelia Anei. Maison détruite, famille contrainte à l’exil, la vie de Cecelia a basculé soudain dans le chaos et, comme des millions d’autres personnes, elle a tout perdu à cause du conflit.

Plus tard la même année, la jeune femme, âgée de 28 ans, a bénéficié d’un prêt sans intérêt de 3,5 millions de livres sud-soudanaises (3 317 dollars) issu du Projet de développement des entreprises et de renforcement des capacités des jeunes (« Youth Enterprise Development and Capacity Building », YEDCB) ; un projet financé par le Groupe de la Banque africaine de développement et mis en œuvre par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Dès lors, la situation de Cecelia Anei a commencé à s’améliorer. Ce financement lui a permis de rentrer chez elle, à Malakal, de s’installer dans un site bénéficiant d’une protection pour les civils, et de relancer son commerce de vente de légumes en 2024. Cecelia, qui emploie désormais deux personnes, a remboursé à ce jour 38 % de son prêt, en bonne voie d’être intégralement remboursé dans les délais.

Cecelia Anei sourit devant son étal de légumes, un commerce qu’elle a lancé grâce à un prêt sans intérêt obtenu dans le cadre du projet YEDCB de la Banque au Soudan du Sud.

Cecelia Anei sourit devant son étal de légumes, un commerce qu’elle a lancé grâce à un prêt sans intérêt obtenu dans le cadre du projet YEDCB de la Banque au Soudan du Sud.

« Ce commerce m’a permis de faire des économies que j’utilise aujourd’hui pour reconstruire une maison pour ma famille », raconte Mme Anei. Le projet a soutenu de nombreuses femmes déplacées. Il nous a redonné confiance, nous a permis de rentrer chez nous et de reconstruire nos vies. »

L’histoire de Cecelia n’est pas un cas isolé. Dans un pays où les jeunes représentent 72 % de la population, le projet YEDCB offre de véritables opportunités d’accès au marché pour les jeunes et les femmes du Soudan du Sud, leur permettant d’être compétitifs à l’échelle mondiale.

« Ce prêt sans intérêt nous a permis de nous approvisionner en matières premières et de les transformer selon les normes internationales afin de pouvoir les commercialiser dans le monde entier », souligne Godwin Juma, chargé des ventes et du marketing de la société Hagana Agro-processing Company Limited, qui produit du miel, du beurre de cacahuète et des produits à base de sésame.

« Auparavant, nous ne vendions que des produits bruts. Aujourd’hui, nous sommes intégrés dans les chaînes de valeur et nous contribuons à façonner de nouveaux marchés. »

Grâce au projet YEDCB, Hagana a pu soutenir les agriculteurs dans les chaînes de valeur du miel, du sésame et de l’arachide du Soudan Sud en combinant l’apiculture éthique, l’agriculture durable et la formation d’experts.

Grâce au projet YEDCB, Hagana a pu soutenir les agriculteurs dans les chaînes de valeur du miel, du sésame et de l’arachide du Soudan Sud en combinant l’apiculture éthique, l’agriculture durable et la formation d’experts.

Selon Mohamed Abchir, représentant résident du PNUD au Soudan du Sud,

« le projet YEDCB ouvre la voie vers des opportunités en renforçant les institutions par la formation et l’investissement dans les équipements TIC afin d’améliorer les services publics ; il favorise l’engagement du secteur privé en facilitant les relations commerciales et l’accès au marché, ce qui permet de mettre en relation les entreprises détenues par des jeunes avec les acheteurs et les chaînes d’approvisionnement. »

À Juba, la capitale, le projet YEDCB a permis à le groupement villageois d’épargne et de crédit « Betty Events Women Group Village Savings and Credit Cooperative Society » de passer du stade de modeste start-up à celui d’entreprise à part entière. La coopérative, qui regroupe 40 entrepreneurs, a démarré en 2019 sous la forme d’une petite entreprise vendant quelques snacks (en-cas). Aujourd’hui, elle achète des produits en gros, emploie 23 personnes et a élargi sa gamme de produits au miel, au beurre de karité, aux huiles naturelles et à la poudre de gombo, qui sont vendus localement, au niveau régional et à l’international.

Betty Poni (à droite) vend des produits agricoles transformés sur un marché local pour le compte de sa coopérative. La start-up a utilisé un prêt sans intérêt pour améliorer l’emballage de ses produits, entraînant ainsi une hausse substantielle de ses ventes qui a profité aux familles des membres de la coopérative.

Betty Poni (à droite) vend des produits agricoles transformés sur un marché local pour le compte de sa coopérative. La start-up a utilisé un prêt sans intérêt pour améliorer l’emballage de ses produits, entraînant ainsi une hausse substantielle de ses ventes qui a profité aux familles des membres de la coopérative.

L’obtention d’un prêt sans intérêt d’environ cinq millions de livres sud-soudanaises (5 102 dollars) a accéléré la croissance de la société. Les formations complémentaires ont renforcé leurs compétences en matière de transformation, d’emballage, d’image de marque et de gestion financière, ce qui a stimulé les ventes et les bénéfices.

« Nous avons pu améliorer notre conditionnement et notre étiquetage et accroître nos ventes, se réjouit Betty Poni, la présidente de ce groupement. Ceci nous permet aujourd’hui de couvrir aisément les frais de scolarité et les soins de santé de nos enfants et de nos familles, de subvenir à d’autres besoins essentiels et d’épargner pour l’avenir. »

Le groupement a pour objectif de distribuer ses produits dans les supermarchés du pays, tout en incitant d’autres jeunes entrepreneurs à développer leurs compétences commerciales et à participer activement à l’économie locale.

À ce jour, 4,54 milliards de livres sud-soudanaises (2,61 millions de dollars) ont été décaissés dans les différents États du pays, et 1 247 micros et petites entreprises dirigées par des jeunes et des femmes ont bénéficié de prêts sans intérêt.

Monica Agum Daniel Awet Akot, sous-secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports du Soudan Sud, salue ce partenariat avec la Banque africaine de développement. Il reflète, selon elle, l’engagement du pays à autonomiser sa jeunesse et ses femmes en encourageant des politiques et des initiatives favorisant l’innovation, l’entrepreneuriat et le développement des compétences.

Themba Bhebhe, chef du bureau pays du Groupe de la Banque africaine de développement au Soudan du Sud, note que le projet YEDCB, aligné sur l’initiative « Des emplois pour les jeunes en Afrique » (« Jobs for Youth ») dote les jeunes sud-soudanais des compétences, du financement et de l’assistance nécessaires à la création d’entreprise et d’emplois durables.

« La Banque envisage d’accroître encore son aide, en 2026, à des groupements similaires dirigés par des femmes et des jeunes afin de renforcer l’écosystème financier qui les soutient et de consolider les acquis du projet YEDCB », précise M. Bhebhe.

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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