Banque de Développement du Mali (BDM-SA) : « le passage d’une banque à une institution », (par Mahmet Traoré)

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(CROISSANCE AFRIQUE)-;Dans une économie sous contrainte, la solidité des banques devient un indicateur avancé. La 91e session du Conseil d’administration de la Banque de Développement du Mali (BDM-SA), tenue le 14 février 2026, n’est pas un simple exercice de gouvernance. Dans un contexte où la continuité des flux (paiements, financement, investissements…) conditionne directement le rythme de l’économie réelle, chaque signal émis par une grande banque mérite d’être lu comme un indicateur de stabilité.

Le communiqué officiel est clair : adoption du procès-verbal de la 90e session, examen de la mise en œuvre des recommandations issues des missions de vérification 2021–2022, évaluation du Plan à Moyen Terme 2025–2027 au 31 décembre 2025, arrêt des comptes individuels et consolidés au 31 décembre 2025, félicitations à la Direction générale malgré une conjoncture 2025 exigeante, et rappel que les Conseils des filiales (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Guinée-Bissau) ont précédé celui de la maison-mère.

Mais l’essentiel est ailleurs. Pris avec recul, ce communiqué raconte plus qu’un bon résultat : il met en scène une banque qui se positionne progressivement comme une institution. Or, une institution ne se définit pas seulement par sa taille ; elle se reconnaît à sa capacité à réduire l’incertitude économique par la méthode, la continuité et l’exécution. C’est une posture de maturité : privilégier la solidité et l’exécution, là où beaucoup se contentent d’annoncer des résultats.

Dans tout pays, certaines banques jouent un rôle particulier : ce sont les banques dites systémiques. Leur solidité dépasse leur intérêt propre et touche à la continuité des paiements, à l’accès au crédit et à la confiance dans l’économie réelle. Au Mali, cette dimension est d’autant plus structurante que les “piliers” du marché concentrent une part importante de l’activité.

Selon le Rapport annuel 2024 de la Commission Bancaire UMOA, les établissements bancaires d’importance systémique (EBIS) représentent, à fin 2024, 53,4% des emplois, 51,7% des crédits, 50,6% des ressources, 48,3% des dépôts et 61,2% du résultat net provisoire du système bancaire local. Quand ces piliers tiennent leur trajectoire, c’est l’économie qui gagne en prévisibilité.

La BDM-SA dispose d’atouts qui éclairent ce positionnement.

D’abord, un avantage de confiance : la banque est perçue comme une référence, donc comme une contrepartie naturellement crédible pour une large partie de l’écosystème (entreprises, ménages, acteurs institutionnels).

Ensuite, un avantage de méthode : mettre en avant le suivi de recommandations dans la durée, l’évaluation du plan 2025–2027 et l’arrêt des comptes consolidés traduit une culture d’exécution et de contrôle. Cette discipline renforce la bancabilité, c’est-à-dire la capacité à rester fluide, crédible et pleinement opérationnelle.

Enfin, un avantage de groupe : le fait que les Conseils des filiales aient précédé celui de la maison-mère n’est pas un détail protocolaire. C’est un marqueur de coordination, de reporting et d’alignement des standards sur plusieurs juridictions — donc de diversification des moteurs.

Ces avantages se lisent aussi dans les ordres de grandeur rendus publics. La source la plus directe est le Journal Officiel via le Secrétariat Général du Gouvernement (SGG).

Dans le JO n°2025-34 (19 décembre 2025), les états financiers destinés à la publication, arrêtés au 30/06/2025, font apparaître pour la BDM-SA un total de l’actif de 1 525 802 millions FCFA, un produit net bancaire de 34 163 millions FCFA et un résultat net de 9 419 millions FCFA (avec comparatifs au 30/06/2024).
Pour le Groupe BDM, le même JO indique un total de bilan consolidé de 2 556 838 millions FCFA et un résultat net part du groupe de 11 491 millions FCFA** au 30/06/2025 (Source : JO via SGG).

Le Rapport annuel 2024 de la Commission Bancaire UMOA (annexe “établissements agréés”) mentionne 627 effectifs pour la BDM-SA à fin 2024, ce qui illustre la profondeur de l’appareil opérationnel.

Les éléments nous amènent à plusieurs lectures.

Première lecture : la banque comme thermomètre de l’économie. Une banque vit l’activité en temps réel : comportements de paiement, arbitrages de trésorerie, demande de financement, perception du risque. Quand un Conseil insiste sur la conjoncture, l’arrêt des comptes, la revue du plan et la consolidation, cela signifie que l’environnement appelle du pilotage fin. Ce n’est pas un jugement sur le pays ; c’est une lecture de méthode : dans les périodes exigeantes, la gouvernance redevient la première ligne de défense.

Deuxième lecture : la bancabilité. La bancabilité n’est pas la rentabilité. C’est la capacité à rester fluide, crédible, exécutable. Pour une banque de référence, cette qualité est un avantage économique : elle réduit les frictions, sécurise les flux, rassure les partenaires. Mettre en avant le traitement de recommandations passées et la discipline d’exécution revient à protéger cette bancabilité.

Troisième lecture : bancabilité et souveraineté. La souveraineté financière se voit dans la capacité à financer l’activité privée, sécuriser les paiements, accompagner l’investissement et absorber les chocs. Une banque systémique agit comme une infrastructure. Sa solidité contribue à la continuité économique sans slogan, simplement par la fiabilité.

Au total, la 91e session du CA de la BDM-SA se lit comme un signal de solidité institutionnelle : une banque de référence qui renforce ses fondamentaux, pilote sa trajectoire et assume une logique de groupe. Dans un Mali où les banques systémiques structurent une part majeure des flux, cette démarche est un avantage en soi : elle réduit l’incertitude, rend l’économie plus prévisible et soutient le financement durable.

Par Mahamet TRAORÉ,
Expert communication stratégique, analyste.

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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