(CROISSANCE AFRIQUE)-Le Madagascar aspire à transformer l’accès à ses minerais stratégiques en un puissant levier pour attirer des investissements dans leur transformation locale, un enjeu crucial pour le développement économique du pays.
Lors de la conférence Africa Down Under (ADU) qui s’est tenue à Perth la semaine dernière, le ministre des Mines, Carl Andriamparany, a exposé une stratégie ambitieuse qui inclut la possibilité de réserver jusqu’à 30 % de certaines productions pour les industries locales. Cette initiative vise non seulement à stimuler l’économie locale, mais également à favoriser la création d’un « parc industriel minier », qui pourrait devenir un pôle d’attraction pour les entreprises et les investisseurs. En parallèle, le développement d’infrastructures adaptées est également envisagé pour soutenir cette dynamique.
Le choix de Perth comme lieu de présentation n’est pas anodin. En effet, l’ADU représente le principal point de rencontre entre les dirigeants des pays miniers africains et les investisseurs australiens, offrant ainsi une plateforme idéale pour Madagascar afin de mettre en avant ses atouts miniers. Pour Antananarivo, qui a récemment rouvert l’octroi de nouveaux permis après un moratoire de seize ans sur la plupart des substances, présenter sa politique à Perth signifie soumettre directement ses propositions à des investisseurs potentiels, des groupes miniers influents, ainsi que des fournisseurs de technologies capables de financer ces projets ambitieux.
L’objectif sous-jacent de cette stratégie est de conserver une plus grande valeur ajoutée à Madagascar, en permettant aux ressources naturelles du pays de bénéficier d’une transformation locale avant d’être exportées. Ce processus pourrait non seulement générer des emplois et des compétences au sein de la population malgache, mais également renforcer la position de Madagascar sur le marché mondial des minerais. En mettant en avant des quotas de production réservés aux industries locales, le pays espère ainsi créer un modèle durable et bénéfique pour son développement économique à long terme.
Un décret pris en avril dernier a établi un plafond de 30 % de la production totale pour certaines substances stratégiques, à moins qu’un accord spécifique ne soit conclu avec l’exploitant du projet pour permettre une production supérieure. Parmi les substances concernées par cette réglementation, on retrouve des matériaux essentiels tels que le graphite, les terres rares, le cobalt, le cuivre et le lithium. Cette mesure vise à garantir un approvisionnement stable pour les futurs transformateurs, tout en introduisant un levier fiscal intéressant pour les acteurs du secteur. En effet, bien que les droits et taxes spéciaux sur les produits miniers soient généralement fixés à 5 %, un abattement de 30 % est prévu par le Code lorsque le titulaire du projet transforme les substances extraites dans le cadre d’activités intégrées, favorisant ainsi une dynamique de valorisation locale.
L’année dernière, Madagascar s’est affirmé comme le premier producteur africain de graphite, avec une production estimée à 80 000 tonnes, selon les données de l’Institut d’Études géologiques des États-Unis (USGS). Ce pays exporte ce matériau stratégique principalement sous forme de concentré, ce qui témoigne de son rôle clé dans le marché mondial des minéraux. De plus, cette logique d’approvisionnement pourrait se répéter dans le secteur des terres rares, notamment avec le projet Vara Mada d’Energy Fuels. Cette société américaine envisage de produire un concentré de monazite sur le territoire malgache, qui sera ensuite expédié vers les États-Unis pour y être transformé en oxydes. Ce processus non seulement renforce les capacités de production locales, mais souligne également l’importance croissante de Madagascar dans la chaîne d’approvisionnement mondiale des matériaux critiques.
Madagascar est déjà conscient des possibilités qu’offre une transformation approfondie de son territoire, et cette prise de conscience se manifeste de manière concrète à Ambatovy, où le minerai extrait est minutieusement raffiné en nickel et cobalt au sein du complexe de Toamasina, atteignant une pureté impressionnante de 99,9 %. Cette avancée technologique souligne non seulement le potentiel minier de l’île, mais également son ambition de devenir un acteur majeur sur le marché mondial des métaux précieux. Par ailleurs, le parc industriel envisagé à Perth pourrait jouer un rôle crucial en permettant de mutualiser certaines infrastructures essentielles pour les transformateurs, bien que les détails concernant son emplacement, son alimentation électrique et son financement demeurent encore flous. Cette incertitude soulève des questions sur la viabilité et l’efficacité de ce projet ambitieux.
Dans ce contexte, une proposition significative est actuellement sur la table : le géant chinois Tsingshan a soumis cette année un projet colossal, évalué à plusieurs milliards de dollars, qui s’inspire de ses parcs industriels de Morowali et Weda Bay en Indonésie, ces derniers étant reconnus comme les premiers producteurs mondiaux de nickel et des références en matière de transformation locale. Ce projet pourrait potentiellement transformer le paysage économique de Madagascar en attirant des investissements étrangers et en créant des emplois locaux. Cependant, M. Andriamparany a précisé à Reuters en juin que le dossier est encore à l’étude, ce qui laisse planer un certain flou sur son avenir. Un point de vigilance majeur pour ce type de projets reste l’énergie, car le FMI souligne que l’électricité est le deuxième obstacle à la compétitivité cité par les entrepreneurs.
Notons que ce constat met en lumière l’importance d’une infrastructure énergétique fiable et durable pour soutenir le développement industriel de Madagascar et garantir la réussite de ses ambitions économiques.
Abdoulaye KONE

