UEMOA/ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC KOUAKOU HYPPOLITE KONAN : «la manifestation la plus visible des conséquences du conflit (Moyen-Orient) est la hausse des prix du carburant à la pompe»

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Dans le cadre de la vulgarisation de la communication au sein de l’espace communautaire, l’émission dénommée « L’Invité de à l’intégration » reçoit Monsieur Kouakou Hyppolite KONAN, Directeur de la Surveillance Multilatérale au sein de la Commission de l’Union économique et monétaire Ouest Africaine (UEMOA), le mercredi 07 octobre 2026, au siège de l’Union à Ouagadougou. Dans cet entretien, monsieur Kouakou Hyppolite KONAN revient sur les premières heures du déclenchement du conflit au Moyen-Orient, et de la mise en place du Comité de suivi axé sur les implications de ce conflit sur les économies de l’Union. Selon lui, « la manifestation la plus visible des conséquences du conflit (Moyen-Orient) est la hausse des prix du carburant à la pompe ». Lisez plutôt.

  1. Le Président de la Commission de l’UEMOA a, dès les premières heures du déclenchement du conflit au Moyen-Orient, décidé de mettre en place un Comité de suivi sur les implications de ce conflit sur les économies de l’Union. Comment fonctionne ce Comité ?

Pour répondre à votre question, il convient de noter qu’effectivement, juste après le déclenchement du conflit le 28 février 2026, Monsieur le Président de la Commission a instruit le Comité de Veille Economique (COVEC) à mettre en place un mécanisme de suivi de l’évolution de la situation et de son impact sur les économies des Etats membres de l’Union.

Ainsi, un Comité Ad’hoc a été créé sous l’égide du COVEC pour prendre en charge cette mission. Ledit Comité comprend les représentants de l’ensemble des Départements de la Commission. Le DPE en assure la Présidence et le Secrétariat.

Le Comité Ad’hoc produit chaque semaine, une fiche sur les points saillants de la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences sur les économies à l’échelle internationale ainsi que ses répercussions sur les économies des Etats membres de l’UEMOA. Nous en sommes aujourd’hui à la 31ème fiche au bout de la vingt-neuvième semaine de conflit. Ces fiches sont examinées et validées hebdomadairement par le Bureau du COVEC présidé par le Directeur de Cabinet du Président.

En outre, le Comité Ad’hoc fait régulièrement la synthèse de ses travaux à travers la production de rapports mensuels qui sont soumis à la validation de l’ensemble des membres du COVEC chaque mois. Les rapports des mois de mars à août sont disponibles.

  • Plus de sept (7) mois après le déclenchement de ce conflit, quels sont les impacts les plus signifiants sur l’Union ?
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Avant d’en arriver à la situation de l’Union, il est bon de regarder ce qui se passe au niveau international, puisqu’avant tout, le conflit se déroule au Moyen-Orient. A ce niveau, notons que le conflit a provoqué des perturbations sur les marchés mondiaux de l’énergie et des matières premières. Les inquiétudes relatives à la sécurité des approvisionnements pétroliers et gaziers, alimentées par les tensions persistantes dans le détroit d’Ormuz (où transitaient avant le conflit, environ 30% du commerce mondial de pétrole et de gaz, c’est dire toute l’importance de cette voie maritime pour l’économie mondiale), ces inquiétudes disais-je ont entretenu une forte volatilité des cours de l’énergie. Outre les hydrocarbures, les tensions géopolitiques et les perturbations logistiques ont continué d’affecter également plusieurs matières premières stratégiques, notamment les engrais, renforçant les préoccupations liées à l’inflation mondiale, à la sécurité alimentaire et au ralentissement de l’activité économique. D’ailleurs, dans sa mise à jour de juillet 2026 des Perspectives de l’économie mondiale, le Fonds Monétaire International (FMI) a revu à la baisse ses prévisions de croissance de l’économie mondiale pour 2026, les ramenant à 3,0% contre 3,4% en 2025. Dans ce scénario de référence, le FMI tablait sur la fin du confit à la mi-juin voire fin juin. Aujourd’hui, nous constatons tous que la crise perdure. Dans ces conditions, il est fort probable que ces prévisions soient encore révisées au cours de ce mois, dans le nouveau rapport sur les perspectives de l’économie mondiale qui sera rendu public lors des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale qui se tiendront la semaine prochaine à Bangkok, en Thaïlande. On assite aussi à une remontée des taux d’intérêt, ce qui contribue à alourdir le service de la dette.

Quan on vient au niveau de l’Afrique subsaharienne, les répercussions du conflit se manifestent à travers la hausse des coûts énergétiques et de transport, les tensions sur certaines chaînes d’approvisionnement ainsi que les risques de renchérissement des produits alimentaires et des intrants agricoles, avec des conséquences potentielles sur la sécurité alimentaire et la stabilité macroéconomique de plusieurs pays de la région. D’ailleurs la FAO a alerté à plusieurs reprises sur ces risques d’insécurité alimentaire. Le rapport des Nations unies sur la sécurité alimentaire, publié le 21 juillet 2026, estime que plus de 500 millions de personnes pourraient encore souffrir de faim chronique à l’horizon 2030, l’Afrique devant être la région la plus affectée.

Venant à présent dans notre espace UEMOA, la manifestation la plus visible des conséquences du conflit est la hausse des prix du carburant à la pompe dans la quasi-totalité des Etats membres. En effet, à l’exception du Niger, tous les autres ont procédé à des ajustements à la hausse pour tenir compte du renchérissement des coûts d’approvisionnement, certains d’entre eux à deux reprises. Conséquemment, les prix, notamment ceux des transports et des services financiers ont enregistré des hausses au cours de la période récente. Globalement, le taux d’inflation, en glissement annuel, s’est situé à 1,3% en août 2026 contre -1,6% un an plus tôt. Toutefois, en dépit de cette accélération, le taux d’inflation moyen en 2026 se situerait en-dessous du plafond communautaire qui est de 3,0%.

Bien évidemment que le conflit en cours occasionne aussi des pressions sur les finances publiques, notamment à travers une augmentation des dépenses publiques puisque les Etats ont dû prendre des mesures pour, entre autres, maintenir les coûts des engrais en vue de préserver la campagne agricole 2026/2027. Ils ont également supporté, à travers des subventions, les prix des produits pétroliers pour ne pas répercuter la totalité de la hausse constatée sur le marché international, en vue donc de limiter l’impact sur les populations.

En dépit de ce contexte mondial relativement difficile, il convient de noter que les économies de l’Union demeurent résilientes et dynamiques et cela est à saluer. On ne le dira jamais assez, notre Union demeure l’une des zones les plus dynamiques au monde depuis plus d’une décennie avec un taux de croissance qui se situe régulièrement au-dessus ou autour de 6,0% l’an, hors mis l’épisode de la COVID-19 où le taux enregistré s’est affiché à 1,3% en 2020. Ce qui était d’ailleurs une bonne performance puisque les grandes économies du monde sont entrées en récession lors de cette crise sanitaire. En toute état de cause, le prochain rapport de la surveillance multilatérale prévu au mois de décembre permettra de présenter les chiffres actualisés par les Etats membres.

  • Au regard des effets de ce conflit sur les économies, quelles sont les principales recommandations que la Commission de l’UEMOA peut formuler à l’endroit des Etats membres ?

Au regard des conséquences de ce conflit, quelques enseignements majeurs peuvent être tirés sous forme de recommandations pour nos Etats.

  • D’abord, les Etats doivent prendre, en cas de nécessité, des mesures conjoncturelles pour limiter l’impact de la hausse des prix des produits énergétiques et alimentaires sur les populations vulnérables.
  • Ensuite, il va falloir travailler à augmenter les capacités de stockage des produits énergétiques en vue de constituer des stocks de sécurité adéquats pour prévenir tout risque de pénurie.
  • Aussi, il y a lieu de sécuriser l’approvisionnement en engrais à travers par exemple, une mutualisation des achats qui pourrait permettre de réduire les coûts.
  • Enfin, les Etats devraient poursuivre les efforts d’assainissement budgétaire engagés depuis quelques années en vue de maintenir la stabilité macroéconomique.
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  • La situation au Moyen-Orient est préoccupante pour le monde au regard des implications majeures pour les économies. Quels sont les risques encourus pour les Etats membres de l’UEMOA si le conflit perdure ?

Si le conflit perdure, les conséquences décrites précédemment pourraient s’alourdir pour les économies du monde entier, avec un risque de ralentissement de la croissance économique, une hausse des prix et une augmentation des déficits budgétaires.

Pour les économies de l’Union qui font déjà face à d’autres chocs tels que la crise sécuritaire et les changements climatiques, il faut craindre également un risque de ralentissement de la croissance économique en lien avec les tensions géopolitiques persistantes, la fragmentation de l’économie mondiale, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la volatilité des prix de l’énergie et des matières premières, ainsi que le durcissement des conditions de financement.

C’est pourquoi, il faut espérer que les efforts diplomatiques en cours puissent permettre de mettre fin au conflit de façon durable.

SOURCE DCOM/UEMOA

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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