(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Zimbabwe, le ministre des Finances, Mthuli Ncube, a récemment pris la parole lors d’une conférence de presse le mercredi 14 octobre pour annoncer une initiative cruciale visant à renforcer la sécurité alimentaire du pays face aux défis posés par le phénomène climatique d’El Niño.
Ce projet ambitieux prévoit la constitution d’une réserve de 500 millions de dollars, une somme significative qui devrait aider à atténuer les effets dévastateurs que ce phénomène peut avoir sur les récoltes et, par conséquent, sur la disponibilité des aliments. Plus précisément, le gouvernement zimbabwéen envisage d’allouer 250 millions de dollars en liquidités, accompagnés d’un montant équivalent destiné à l’achat de céréales, dans le cadre du budget 2027, dont la présentation est attendue en novembre prochain.
Cette initiative est d’une importance capitale, car elle vise à garantir que le pays dispose de denrées alimentaires mobilisables rapidement en cas de crise. En effet, les autorités zimbabwéennes s’attendent à ce que la production de maïs pour l’année 2027 atteigne seulement 1,6 million de tonnes, ce qui représente une chute alarmante de près de 30 % par rapport à la production de 2026. Les besoins annuels en maïs sont estimés à environ 2,2 millions de tonnes, dont 400 000 tonnes sont nécessaires pour l’alimentation animale. Cette situation met en lumière la fragilité de la sécurité alimentaire au Zimbabwe, un pays qui, comme beaucoup d’autres dans la région, est particulièrement vulnérable aux aléas climatiques. La mise en place de cette réserve pourrait donc s’avérer être une bouée de sauvetage pour des millions de Zimbabwéens dépendants de l’agriculture pour leur subsistance.
Si cette mesure vise à réduire la vulnérabilité au phénomène climatique, dont l’intensité annoncée est qualifiée d’« exceptionnelle », il est important de noter que les préparatifs avaient toutefois commencé plusieurs mois auparavant, témoignant d’une anticipation proactive face aux défis environnementaux croissants. Le 4 août, le ministre de l’Agriculture, Anxious Masuka, avait fixé un objectif ambitieux de 450 000 tonnes de réserves stratégiques d’ici à la fin de 2026, une initiative cruciale pour garantir la sécurité alimentaire dans un contexte d’incertitudes climatiques. Selon les déclarations de M. Ncube, environ 200 000 tonnes de maïs avaient déjà été achetées auprès des agriculteurs locaux, renforçant ainsi ces stocks essentiels. Plus tôt, le 2 octobre, le ministre avait également annoncé la suppression des droits de douane sur certaines denrées alimentaires, une mesure visant à faciliter leur importation en cas de pénurie. Cependant, il est à noter que les détails concernant les produits concernés, la durée de cette mesure ainsi que ses modalités d’application n’ont pas été précisés, laissant place à des interrogations sur la mise en œuvre de ces décisions stratégiques. Cette situation souligne l’importance d’une planification rigoureuse et d’une communication claire pour naviguer dans les défis posés par les phénomènes climatiques extrêmes.
Au-delà du secteur agricole, le phénomène d’El Niño exerce une pression significative sur l’économie macroéconomique du pays, suscitant des préoccupations croissantes parmi les décideurs et les économistes. En réponse à cette situation alarmante, le gouvernement a récemment révisé à la baisse sa prévision de croissance pour l’année 2027, la faisant passer de 5 % à 3,5 %. Cette révision est directement liée aux effets néfastes anticipés d’El Niño sur l’agriculture, un secteur déjà fragile. Cette vulnérabilité, qui était déjà mise en lumière dans le document d’orientation budgétaire publié par le Trésor le 30 juillet, souligne l’importance cruciale de la gestion des ressources agricoles face aux aléas climatiques. Le rapport identifiait la sécheresse exacerbée par El Niño comme le principal risque menaçant non seulement les récoltes, mais aussi les moyens de subsistance des populations rurales qui dépendent fortement de l’agriculture pour leur survie. De plus, la production hydroélectrique, essentielle pour l’approvisionnement énergétique du pays, est également mise en péril par ces conditions climatiques extrêmes.
Notons qu’en conséquence, le gouvernement prévoit de mettre en œuvre des mesures proactives, telles que la préparation précoce pour atténuer les impacts de la sécheresse, le renforcement de la réserve stratégique pour faire face aux pénuries potentielles, ainsi que la fourniture d’intrants agricoles nécessaires pour soutenir les agriculteurs. Parallèlement, une attention particulière sera accordée à l’aide aux ménages vulnérables, afin de garantir leur sécurité alimentaire et leur bien-être face à cette crise imminente.
Abdoulaye KONÉ

