(CROISSANCE AFRIQUE)-La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), en partenariat avec l’Africa Leather and Leather Products Institute (ALLPI) et le gouvernement du Royaume d’Eswatini, a organisé un atelier de deux jours les 6 et 7 octobre 2026 afin de valider le cadre d’approvisionnement conjoint en cuir d’Eswatini visant à dynamiser le secteur du cuir du pays. Organisé à ECODEC à Ezulwini, l’atelier a réuni des participants du gouvernement, de la CEA, d’ALLPI, du Centre du commerce international (CCI), de la Coopérative du cuir d’Eswatini et des partenaires au développement.
S’exprimant au nom du Secrétaire principal, l’Ambassadeur Melusi Masuku, du Ministère du Commerce, de l’Industrie et du Développement économique, le Sous-Secrétaire Phesheya Dube a souligné que l’Eswatini peut produire annuellement entre 220 000 et 250 000 peaux. Cependant, la majorité est exportée à l’état brut ou salée, ce qui limite la valorisation des produits au niveau national. Selon la Stratégie de la chaîne de valeur du cuir, la transformation de ces peaux en produits finis pourrait accroître leur valeur, passant d’environ 78,7 millions d’E à l’état brut à environ 943,8 millions d’E, ce qui met en évidence le potentiel économique considérable du développement d’une filière cuir nationale.
M. Dube a souligné que les efforts déployés pour valoriser ce potentiel sont entravés par l’absence d’une filière commerciale de tannerie et de fabrication d’articles en cuir pour chaussures, qui demeure fortement dépendante des importations. Il a également constaté que les fabricants locaux dépendent largement du cuir importé et d’autres intrants, ce qui accroît leurs coûts d’exploitation et nuit à la compétitivité des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) sur les marchés nationaux et régionaux « L’approvisionnement à lui seul ne transformera pas le secteur », a-t-il déclaré. « Il est essentiel de maintenir une attention constante sur les capacités de tannage, les compétences, les machines, la conception des produits, les normes, le financement et l’accès aux marchés. L’objectif à long terme est de passer de l’exportation de peaux brutes à la transformation et à la fabrication de produits finis en cuir, afin de conserver davantage de valeur ajoutée en Eswatini et de créer des opportunités pour les PME et l’emploi. »
S’exprimant au nom de Mme Eunice Kamwendo, directrice du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique australe, Mme Zodwa Mabuza, conseillère régionale pour le commerce et l’intégration régionale, a souligné que le marché africain du cuir était évalué à environ 3,9 milliards de dollars américains en 2024. Or, le continent continue d’importer des volumes importants de produits finis en cuir qui pourraient être fabriqués localement. Elle a insisté sur le fait que l’industrie du cuir représente une opportunité stratégique pour faire progresser l’intégration régionale dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), tout en créant des emplois productifs et inclusifs pour les jeunes. Constatant que le chômage des jeunes de 15 à 24 ans en Eswatini dépasse 50 %, elle a souligné l’importance de développer des chaînes de valeur régionales compétitives. Mme Mabuza a également observé que, s’il était mis en œuvre avec succès, le modèle de développement de la chaîne de valeur du cuir en Eswatini pourrait servir de modèle reproductible à l’échelle internationale pour d’autres pays d’Afrique australe.
Le directeur exécutif d’ALLPI, M. Nicholas Mudungwe, a souligné les pénuries de matières premières et d’accessoires en cuir, ainsi que le manque de financement, comme principaux obstacles, et a appelé à la collaboration et à une vision partagée. Citant la croissance de l’entreprise Bata, partie de modestes débuts et présente aujourd’hui dans quelque 90 pays, il a exhorté les PME d’Eswatini à voir plus grand et a insisté sur le fait que la politique industrielle doit s’adapter à l’évolution du contexte.
Après les discours d’ouverture, les participants ont assisté à des présentations sur le contexte et les contraintes de la chaîne de valeur du cuir en Eswatini, et ont discuté des prix des intrants, des ruptures de stock, des quantités minimales de commande des fournisseurs et des délais de livraison. Un aperçu du modèle d’approvisionnement groupé et de rotation des matières premières a également été présenté. La séance de l’après-midi était animée par Mme Olayinka Bandele, économiste et chef de la section Industrialisation à ECA. Mme Dlamini, consultante chez ECA, a présenté les résultats de l’enquête, et ALLPI a présenté les besoins en matériaux et la structure des coûts pour une sélection de produits en cuir.
La deuxième journée a été consacrée à la révision et à l’amélioration du projet de cadre, grâce à des discussions de groupe portant sur les besoins matériels, l’offre et la demande, l’approvisionnement et le stockage, le remboursement et les risques potentiels. Chaque groupe a formulé des recommandations pratiques, qui ont été partagées avec tous les participants et serviront à finaliser le cadre et son plan de mise en œuvre.
Les membres de l’Association des fabricants de cuir d’Eswatini s’accordent à dire que le cadre vise deux contraintes persistantes auxquelles sont confrontées les entreprises du secteur : l’accès aux matières premières et l’accès au financement. En regroupant les besoins des artisans du cuir et des MPME, l’achat groupé devrait permettre de réaliser des économies d’échelle, de renforcer leur pouvoir de négociation, de garantir un accès plus fiable à des intrants de qualité et de réduire les coûts de transaction et de transport. Ce cadre jette également les bases d’un fonds de roulement destiné à améliorer l’accès au fonds de roulement. Les intervenants ont souligné que le succès de ce fonds dépendra d’une gouvernance efficace, essentielle à la transparence, à la responsabilité, à la pérennité et à la confiance des parties prenantes.
En conclusion, la CEA a encouragé les parties prenantes à apporter des contributions pratiques et constructives afin que le Cadre soit transparent, commercialement viable et adapté aux besoins des entreprises du cuir d’Eswatini. La CEA a également appelé les partenaires au développement, les institutions financières et le secteur privé à renforcer leur soutien au secteur par le biais d’investissements ciblés, d’initiatives de développement des compétences, de liens commerciaux renforcés, de mécanismes de financement innovants et du renforcement des capacités institutionnelles. Un tel soutien, a souligné la CEA, sera essentiel pour libérer tout le potentiel de la chaîne de valeur du cuir d’Eswatini et favoriser un développement industriel durable.
Notons que le Ministère a remercié la CEA pour son soutien dans l’élaboration du Cadre et l’ALLPI pour sa contribution technique à la valorisation, au développement des compétences, au développement des produits et aux normes. La vision commune est de transformer les peaux en produits, les produits en entreprises, les entreprises en emplois et les emplois en prospérité partagée.

