(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Ghana, le président du Ghana, John Dramani Mahama, a annoncé avec une grande détermination, le lundi 6 avril, la mise en place d’un panel international composé de 18 membres éminents dans le cadre de l’initiative ambitieuse intitulée « Accra Reset ».
Cette initiative vise à réformer en profondeur l’architecture et la gouvernance du système mondial de santé, un domaine qui a souvent été critiqué pour son incapacité à répondre efficacement aux besoins variés des populations à travers le monde.
Le groupe sera coprésidé par quatre figures de proue du secteur de la santé mondiale, chacun apportant une expertise précieuse et une perspective unique. Peter Piot, ancien directeur exécutif de l’UNAIDS, reconnu pour son engagement indéfectible dans la lutte contre le VIH/SIDA, El Hadj As Sy, président de la Kofi Annan Foundation, dont le travail se concentre sur la promotion de la paix et du développement durable, Nisia Trindade, ministre de la Santé du Brésil, qui a joué un rôle clé dans la mise en œuvre de politiques de santé publique innovantes, et Budi Gunadi Sadikin, ministre de la Santé de l’Indonésie, qui a été à l’avant-garde des efforts de santé en Asie du Sud-Est.
Le panel aura pour mission cruciale d’élaborer des propositions concrètes et pragmatiques pour restructurer la gouvernance mondiale de la santé, un système qui a historiquement été dominé par les pays du Nord, laissant souvent les États du Sud dans un rôle de bénéficiaires passifs plutôt que d’acteurs souverains capables de façonner leur propre avenir. Cette dynamique inégale a suscité des appels à une réforme significative, et le panel se propose de répondre à ces préoccupations en proposant des solutions qui favorisent une approche plus équitable et inclusive.
« Cette initiative marque une refonte en profondeur du fonctionnement de la gouvernance mondiale en matière de santé au XXIe siècle », a déclaré Felix Kwakye Ofosu, un acteur clé dans ce processus, soulignant l’importance de cette démarche pour garantir que chaque nation, indépendamment de sa situation géographique ou économique, puisse jouer un rôle actif et déterminant dans la définition des politiques de santé qui les concernent. Cette annonce a été accueillie avec un mélange d’espoir et d’anticipation, tant au Ghana qu’à l’échelle internationale, alors que le monde continue de faire face à des défis de santé publique sans précédent.
Les pays du Sud, souvent en proie à des défis économiques et sociaux considérables, demeurent largement tributaires de l’aide extérieure et des structures de gouvernance qui sont souvent dominées par les nations les plus riches du monde. Cette dynamique de dépendance a été mise en lumière de manière frappante par la pandémie de covid-19, qui a révélé les failles et les inégalités criantes de ce système mondial. L’un des aspects les plus préoccupants de cette crise sanitaire a été l’accès équitable aux ressources médicales, un enjeu qui a exacerbé les disparités existantes entre les pays développés et ceux en développement.
L’exemple le plus marquant de cette inégalité réside dans la distribution des vaccins contre le covid-19. Selon les Nations Unies, au 16 mai 2022, sur les 12 milliards de doses administrées dans le monde, seulement 502 millions, soit environ 4,1 %, avaient été injectées en Afrique. Ce chiffre est d’autant plus alarmant lorsque l’on considère que le continent africain représente près de 17 % de la population mondiale. Cette situation soulève des questions fondamentales sur la justice sociale et la responsabilité des nations riches envers leurs homologues moins favorisés.
Au-delà de l’accès aux vaccins, les critiques se concentrent également sur le financement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui reste largement dépendant des contributions volontaires des pays les plus riches. En 2025, la décision des États-Unis de se retirer du financement de l’organisation a créé un déficit significatif pour le cycle budgétaire 2026-2027. Face à un manque de 660 millions de dollars, l’OMS a été contrainte de réduire son budget biennal, le faisant passer de 5,3 milliards à 4,2 milliards de dollars. Cette réduction budgétaire a des implications profondes sur la capacité de l’organisation à mener à bien ses missions essentielles, notamment en matière de prévention des épidémies, de recherche et de réponse aux crises sanitaires. Dans ce contexte, il est impératif de repenser les mécanismes de financement et de gouvernance mondiale pour garantir un accès équitable aux soins de santé et renforcer la résilience des systèmes de santé dans les pays du Sud.
Parallèlement, les institutions africaines s’efforcent d’accélérer la transformation des systèmes de santé du continent, un défi d’une ampleur considérable mais essentiel pour l’avenir de millions de personnes. L’Union africaine, en collaboration avec Africa CDC, a engagé plusieurs initiatives novatrices visant à renforcer la résilience sanitaire à travers tout le continent. Parmi ces initiatives, la digitalisation des soins de santé primaires se démarque, car elle représente plus de 80 % des interactions médicales en Afrique, soulignant l’importance cruciale d’une approche moderne et accessible pour répondre aux besoins de santé de la population.
Récemment, un cadre continental ambitieux a été adopté, visant à connecter de manière efficace les communautés, les professionnels de santé et les décideurs via des systèmes numériques interopérables. Ce cadre a pour objectif d’améliorer non seulement la qualité des services de santé, mais aussi la capacité de réponse aux crises sanitaires, un aspect particulièrement pertinent dans le contexte des pandémies récentes. Africa CDC aspire à numériser 90 % des systèmes de soins de santé primaires d’ici 2035, une vision qui renforcerait considérablement la capacité du continent à produire, gérer et analyser ses propres données de santé, permettant ainsi une prise de décision éclairée et rapide.
Lors du sommet de l’Union africaine en février 2026, les États membres ont également fixé plusieurs priorités stratégiques qui sont essentielles pour l’avenir de la santé publique en Afrique. Parmi ces priorités, on trouve le renforcement des institutions publiques de santé, qui est fondamental pour garantir une réponse efficace aux défis sanitaires. De plus, le développement de la production régionale de médicaments et de vaccins est devenu une nécessité pressante, afin de réduire la dépendance vis-à-vis des importations et d’assurer une autonomie sanitaire. Ces efforts collectifs témoignent d’une volonté commune de bâtir un système de santé robuste et durable, capable de faire face aux défis actuels et futurs, tout en plaçant la santé des populations africaines au cœur des préoccupations politiques et économiques.

