(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Burkina Faso, la direction générale du trésor et de la comptabilité a lancé une initiative ambitieuse en procédant à un emprunt obligataire par appel public à l’épargne, visant à mobiliser un montant impressionnant de 100 milliards FCFA, ce qui équivaut à environ 171,2 millions de dollars.
Cette opération, qui s’inscrit dans le cadre du financement du budget de l’année 2026, est ouverte à la souscription du lundi 12 au vendredi 30 octobre, offrant ainsi une fenêtre d’opportunité pour les investisseurs intéressés par le marché financier régional.
L’emprunt est structuré par le Trésor public burkinabè et se décline en trois tranches distinctes, chacune offrant un taux fixe attractif : 6,60 % sur une durée de cinq ans, 6,75 % sur sept ans, et 7 % sur une période de dix ans. Les obligations, dont la valeur nominale est fixée à 10 000 FCFA, garantissent un paiement semestriel des intérêts, ce qui représente un avantage considérable pour les investisseurs cherchant à diversifier leurs portefeuilles tout en bénéficiant d’un revenu régulier.
Cette opération marque un tournant significatif dans la stratégie d’émission de titres publics du Burkina Faso, car la maturité de dix ans allonge la courbe des émissions publiques, une avancée notable étant donné que les précédents appels à l’épargne du pays n’avaient pas dépassé une durée de huit ans. Cela témoigne de la volonté des autorités burkinabè de renforcer la confiance des investisseurs et d’améliorer la liquidité sur le marché financier, tout en répondant aux besoins croissants de financement pour le développement économique et social du pays.
Cette émission s’inscrit dans un recours désormais régulier du Burkina Faso au marché régional de la dette, une stratégie qui témoigne de la volonté de l’État de diversifier ses sources de financement et de répondre à ses besoins croissants en matière d’investissement et de développement. Depuis le début de l’année, l’État a multiplié les adjudications de bons et d’obligations du Trésor sur le marché des titres publics de l’UMOA, généralement sursouscrites, ce qui reflète la confiance des investisseurs dans la solidité économique du pays. Les rendements moyens pondérés de ces émissions se situent entre 6 % et 8 % selon les maturités, offrant ainsi une attractivité certaine pour les investisseurs à la recherche de placements rentables. Sur le seul marché des titres publics de l’UMOA, le Burkina Faso a déjà levé plus de 1 000 milliards FCFA cette année, un montant qui souligne l’engagement du gouvernement à mobiliser des ressources financières importantes pour soutenir ses projets de développement. La dernière adjudication, réalisée le 7 octobre, a permis de lever 40 milliards FCFA, avec des rendements moyens de 3,73 % sur un an, 7,01 % sur trois ans, 7,44 % sur cinq ans et 7,39 % sur sept ans, des chiffres qui témoignent d’un intérêt soutenu des investisseurs pour les titres burkinabés. Ces opérations attirent le plus souvent une demande supérieure aux montants recherchés, ce qui est un indicateur positif de la confiance du marché, et les taux du nouvel emprunt se situent dans la même fourchette que ceux actuellement demandés par le marché pour prêter au pays, renforçant ainsi la position du Burkina Faso sur la scène financière régionale.
Entre les mois de mai et juin, la ville de Ouagadougou a entrepris une initiative novatrice en lançant une première émission destinée à sa diaspora, intitulée « Emprunt patriote ». Cette opération, initialement prévue pour un montant de 125 milliards FCFA, a suscité un intérêt bien au-delà des attentes, mobilisant finalement un impressionnant total de 151,5 milliards FCFA, ce qui représente un taux de couverture remarquable de 121 %. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un programme global ambitieux de 240 milliards FCFA, visant à renforcer les capacités financières du pays.
Dans ce contexte, il est crucial de noter que l’endettement du pays est sous surveillance étroite. En effet, le Burkina Faso finance la majorité de ses besoins à travers le marché sous-régional, en raison de l’absence de notation internationale et du manque d’accès aux marchés de capitaux mondiaux. À la fin de juin 2025, l’encours de la dette publique a atteint un montant colossal de 8 311 milliards FCFA, marquant une augmentation d’environ 13 % par rapport à l’année précédente. Parmi cette dette, la part de la dette intérieure représente près de 60 %, soulignant la dépendance du pays vis-à-vis de ses ressources internes. En rapportant cette dette au produit intérieur brut (PIB), on constate qu’elle s’établit à environ 51 % en 2025, selon les estimations du Fonds Monétaire International (FMI), ce qui reste en deçà du seuil communautaire de 70 %. Le FMI considère par ailleurs que le risque de surendettement du pays est modéré, ce qui laisse entrevoir une gestion prudente des finances publiques malgré les défis économiques actuels.
Cette stratégie se déploie dans un contexte budgétaire tendu, où les défis financiers sont exacerbés par des dépenses de sécurité élevées, en grande partie dues à la lutte contre les groupes djihadistes qui menacent la stabilité de la région. En parallèle, le pays fait face à d’importants besoins d’investissement dans les infrastructures, essentielles pour soutenir le développement économique et améliorer la qualité de vie de ses citoyens. Malgré ces contraintes, le pays reste engagé dans un programme avec le Fonds monétaire international (FMI), qui a procédé à plusieurs revues favorables, témoignant d’une coopération constructive. Fin juin, le FMI a achevé la cinquième revue du programme, augmentant son enveloppe de prêt et débloquant un premier appui au titre de son guichet climatique, une initiative qui vise à soutenir les efforts de durabilité et de résilience face aux changements climatiques.
Aussi, le Fonds a salué la résilience d’une économie portée notamment par l’or, un secteur clé qui continue de jouer un rôle crucial dans le dynamisme économique du pays, avec une prévision de croissance de 5,3 % en 2025. De plus, le déficit budgétaire est projeté à 1,8 % du PIB, ce qui témoigne d’une gestion rigoureuse des finances publiques. Le FMI a également jugé la dette viable et le risque de surendettement modéré, ce qui est un signe positif pour les investisseurs et les partenaires internationaux. Pour 2026, Ouagadougou table sur une croissance de 6 %, une prévision relevée en octobre, soutenue par la performance continue du secteur aurifère.
Notons le FMI se montre plus prudent, avec une prévision de 4,9 % dans son dernier panorama mondial publié à la mi-octobre, alors que la croissance de l’UE et d’autres facteurs globaux pourraient influencer ces perspectives. Cette dynamique met en lumière les défis et les opportunités qui se présentent à l’économie du pays dans un environnement mondial en constante évolution.
Mariam KONE

