UMOA-TITRES: débat sur « les mécanismes de mobilisation de l’épargne, la diversification des investisseurs institutionnels »,- (REMTP-2026)

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Les enjeux cruciaux qui permettront au marché des titres publics de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) de satisfaire des besoins souverains en constante augmentation, tout en veillant à ne pas alourdir le coût de la dette nationale, ont été au cœur des discussions animées du Panel 3, qui s’est déroulé le 28 janvier 2026.

 Ce panel, qui a porté une attention particulière au renforcement de la capacité d’absorption du marché régional, a fait l’objet d’un échange riche et constructif dans le cadre des 8ᵉ Rencontres du Marché des Titres Publics (REMTP 2026), un événement d’envergure qui se tenait à Lomé, la capitale du Togo. Les participants, issus de divers horizons économiques et financiers, ont pu discuter des stratégies innovantes et des meilleures pratiques disponibles pour dynamiser ce marché vital, tout en abordant les défis qui se posent aujourd’hui aux gouvernements de la région.

Dans quelle mesure le marché sous-régional des titres publics est-il en mesure de financer les États à un coût réduit et de manière durable ?

Cette problématique, qui a suscité de vives discussions et fait l’objet d’un panel de haut niveau lors de la 8ème édition des Rencontres du Marché des Titres Publics (REMTP 2026), s’est déroulée à Lomé, au Togo, du 27 au 28 janvier dernier, revêt une importance particulière dans le contexte actuel. Cela est d’autant plus pertinent que le marché se prépare à lever des volumes d’émissions inédits cette année, ce qui soulève des interrogations cruciales.

Le thème choisi pour cette édition, « Absorber plus, coûter moins : comment renforcer la capacité d’absorption du marché UEMOA ? », a été si opportun, étant donné qu’UMOA-Titres a annoncé un engagement ambitieux avec un volume d’émissions de titres publics d’environ 15 000 milliards de FCFA pour cette année, dont la majeure partie, soit plus de 12 000 milliards, sera générée via des adjudications au bénéfice des États membres de l’Union. Ce niveau d’émission, qui n’a jamais été atteint précédemment, pose de manière pressante la question de savoir si le marché régional peut réellement absorber une telle quantité d’émissions supplémentaires sans générer des tensions trop importantes sur les taux d’intérêt, ce qui pourrait avoir des répercussions sur la stabilité fiscale et économique de la région.

A la manœuvre pour la conduite des échanges qui ont notamment porté sur les mécanismes de mobilisation de l’épargne, la diversification des investisseurs institutionnels, l’optimisation des instruments financiers, entre autres, Ababacar S. Diaw, Administrateur Directeur Général d’Impaxis Securities  a d’abord fait une mise en contexte, pour mettre en lumière un constat partagé : la soutenabilité du financement souverain dans l’UEMOA passe désormais moins par l’augmentation des volumes que par la capacité du marché à se transformer.​

En d’autres termes, dit-il avec une certaine gravité, « La performance du marché économique, dans le paysage financier actuel, repose encore fortement sur des maturités courtes, ce qui signifie que les investisseurs ont tendance à privilégier des engagements à court terme plutôt que des placements à long terme, ce qui pourrait engendrer des défis à l’avenir. De plus, cette situation est marquée par une concentration du portage sur les acteurs des bilans bancaires, ce qui signifie que les grandes institutions financières assumeraient une part disproportionnée des risques et des responsabilités. Par ailleurs, il est crucial de noter que l’on observe une liquidité inégale sur le marché secondaire, ce qui peut créer des déséquilibres et des instabilités. Dans ce contexte complexe et parfois tumultueux, la question n’est donc plus seulement de lever des volumes de capitaux, mais renvoie aussi à la faculté du système financier régional à soutenir durablement les émissions souveraines, c’est-à-dire la capacité des pays à émettre de la dette sans que cela engendre des tensions excessives sur les taux d’intérêt ni ne provoque une concentration excessive des risques dans certaines institutions ou secteurs. Ainsi, la durabilité et la résilience de l’économie régionale dépendent d’une gestion prudente et éclairée de ces enjeux. ».

Le manque de référence (Benchmark à long terme constitue un obstacle structurel

La Directrice générale de la Caisse Régionale de Refinancement Hypothécaire de l’UEMOA (CRRH-UEMOA), Yedau Ogundélé, a récemment eu l’occasion de partager son expérience précieuse en tant qu’émetteur privé ayant une solide habitude de procéder à des émissions sur des maturités longues. Selon ses propos éclairants, « L’un des principaux obstacles au développement de la profondeur du marché réside dans la fragmentation des souches et l’absence de véritables benchmarks sur les maturités longues », mettant en lumière une problématique qui inquiète nombre d’acteurs du secteur financier. 

En effet, contrairement aux marchés développés, où la courbe des taux d’intérêt établit une référence fiable pour évaluer les différentes options d’investissement, les émetteurs de long terme dans la région de l’UEMOA se trouvent dans une situation délicate, car ils doivent déterminer les conditions de leurs émissions principalement en fonction de l’appétit des investisseurs, ce qui entraîne une mise en place de stratégies parfois risquées par manque de points de comparaison fiables. 

La CRRH-UEMOA, qui a été créée en 2010 avec l’ambition de structurer et de dynamiser le marché financier hypothécaire dans la région, a déjà réussi à mobiliser un montant impressionnant de près de 400 milliards de FCFA, dont 260 milliards ont été collectés spécialement sur le marché financier régional, par le biais d’une série d’émissions obligataires. Ces émissions se caractérisent par des maturités qui se sont progressivement allongées, atteignant jusqu’à 15 ans, ce qui témoigne de l’évolution et de l’adaptabilité de la CRRH-UEMOA face aux défis existants dans ce secteur en plein développement.

Pour autant, l’expérience de la CRRH-UEMOA, qui s’est particulièrement distinguée par sa capacité à mobiliser des ressources financières à long terme dans la région de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, montre que des investisseurs capables d’absorber des titres longs existent bel et bien dans cette zone. Ces acteurs financiers jouent un rôle crucial dans le développement du marché obligataire à long terme, et il s’agit principalement des compagnies d’assurance, qui, en raison de leur engagement à long terme dans la protection des assurés, ainsi que des caisses de retraite, qui gèrent les fonds de pension et sont par nature orientées vers des objectifs d’investissement à long terme, dont les passifs de long terme correspondent naturellement à ce type d’actifs. Ces instituts financiers, en ayant la capacité d’apporter des fonds considérables sur de longues périodes, contribuent à la stabilité et à la solidité du système financier. Il apparaît en outre que le succès des émissions à 15 ans repose également sur des mécanismes rassurants pour les banques, notamment le caractère amortissable des obligations, qui donc réduisent la duration réelle et par conséquent, le risque associé à ces instruments. De plus, leur éligibilité au refinancement de la BCEAO, la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, ajoute une couche supplémentaire de sécurité pour les investisseurs, facilitant ainsi la liquidité. Enfin, la cotation à la BRVM, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, offre une option de liquidité via le marché secondaire, permettant aux investisseurs d’accéder facilement à un mécanisme de sortie lorsque cela est nécessaire, renforçant ainsi l’attrait de ces investissements à long terme.

La dépendance aux institutions bancaires constitue un péril pour la viabilité

La soutenabilité du marché sous-régional des titres publics constitue un point nodal et stratégique, d’une importance capitale pour la stabilité économique des États de la région. Du point de vue de Jean-Philippe AITHNARD, directeur général adjoint de BOAD Titrisation, il est impératif de porter une attention particulière aux risques inhérents à cette situation, notamment ceux liés à la forte dépendance des États vis-à-vis du financement bancaire. En effet, selon lui, le financement de la dette intérieure repose encore, et ce, pour une part significative, sur les banques. Cela se manifeste clairement à travers plusieurs canaux, tels que le marché des titres publics, les appels publics à l’épargne, ainsi que le crédit bancaire direct. Cette concentration excessive expose les États à un double risque particulièrement préoccupant. D’une part, en période de politique monétaire restrictive où les taux d’intérêt sont élevés ou de tensions de liquidité sur le marché, la capacité des banques à souscrire à ces titres peut se contracter de manière significative, ce qui limiterait gravement la capacité de financement public. D’autre part, cela entraînerait une réduction de la marge de manœuvre budgétaire, particulièrement délicate et contre-productive en phase de crise. M. AITHNARD alerte donc sur le fait que cette vulnérabilité peut compromettre non seulement la solvabilité des États, mais également leur capacité à répondre aux besoins immédiats de leurs populations face à des situations économiques défavorables.

Une fondation diversifiée pour accueillir davantage

 Jean-Philippe Ettenard a cependant souligné des signaux encourageants au sein du paysage économique actuel, notamment la progression notable des comptes clients dans les souscriptions récentes, ce qui reflète une implication croissante et significative des investisseurs non bancaires dans le développement du marché financier. Ces évolutions positives sont le résultat d’efforts soutenus pour stimuler l’intérêt et l’engagement de ce type d’investisseurs.

Il a également plaidé pour une diversification accrue de la base des détenteurs de la dette intérieure, arguant de l’importance d’explorer diverses avenues pour atteindre cet objectif ambitieux. Parmi les stratégies envisagées, il a mentionné le rôle potentiel crucial que pourraient jouer les fonds de pension et les compagnies d’assurances-vie dans l’amélioration de cette diversité, tout en appelant à une participation plus active des ménages. Pour ce faire, il a souligné la nécessité d’établir des mécanismes de souscription qui soient non seulement plus accessibles, mais qui soient également conçus pour encourager la participation de la population générale.

En outre, il a proposé l’idée d’introduire des instruments innovants, s’inspirant de pratiques et d’expériences internationales réussies, pour élargir l’accès au marché et le rendre plus inclusif. Au fur et à mesure des échanges au sein du panel, qui a réuni des acteurs expérimentés et des experts clés du financement à long terme, une équation claire a émergé : sans une diversification substantielle des investisseurs, sans l’établissement de benchmarks à long terme, et sans un marché secondaire qui soit plus liquide, il devient inévitable que l’absorption de capitaux supplémentaires engendrera des coûts considérablement plus élevés pour l’ensemble des acteurs impliqués dans ce système économique.

Un consensus s’est dégagé parmi les experts et les acteurs du secteur financier : renforcer la capacité d’absorption du marché des titres publics ne répond pas uniquement à un besoin de financement des États, mais cela constitue également une stratégie essentielle pour le développement global du système financier régional. En effet, en élargissant les capacités d’absorption, le marché des titres publics peut devenir un véritable levier de croissance qui soutient l’investissement sur divers projets d’infrastructure, favorisant ainsi l’innovation et la création d’emplois. 

Notons que cette initiative a pour effet d’améliorer l’allocation de l’épargne en dirigeant les fonds disponibles vers des secteurs stratégiques de l’économie, garantissant ainsi une utilisation optimale des ressources financières. En facilitant l’accès au financement et en rendant le marché plus attractif pour les investisseurs, on renforce également l’intégration économique, permettant aux pays de collaborer plus étroitement et de tirer parti des complémentarités qui existent entre leurs économies respectives.

Daouda Bakary KONÉ, Envoyé Spécial 

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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