Affaire DGCC–Wave : « Une décision à géométrie variable »,-(Par Abdramane Bathily)

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Mali, la récente décision de la Direction générale du commerce et de la concurrence (DGCC) visant Wave Mali dépasse largement le simple cadre d’un débat technique sur la répercussion d’une taxe. Elle pose une question plus fondamentale : celle de la cohérence de notre politique économique et du traitement réservé aux différents acteurs du marché.

À première vue, l’intention affichée est louable. Contraindre l’opérateur à ne plus absorber sur ses fonds propres les taxes liées aux fonds de soutien aux infrastructures au Mali, mis en place par décret en février 2025 (le Fonds de soutien aux projets d’infrastructures de base et de développement social). Pourtant, au-delà de l’objectif affiché, la décision soulève de profondes interrogations.

Le rôle du régulateur ne fait pas débat, soyons clairs : dans un marché en pleine expansion comme celui des services financiers numériques, l’existence d’un régulateur fort est non seulement légitime, mais indispensable. L’arbitre de la concurrence doit prévenir les abus de position dominante, garantir des pratiques loyales et protéger le consommateur.

Sur ce principe, il n’y a aucune ambiguïté.

Mais une bonne intention ne dispense pas d’une analyse rigoureuse des effets économiques réels. Premier point d’interrogation : que régule-t-on exactement ? Les textes actuels évoquent la régulation de « produits ». Or, il s’agit ici d’un service immatériel de transfert d’argent. En économie comme en droit, un produit et un service ne répondent pas aux mêmes logiques de formation des coûts, de valeur ajoutée ni de fiscalité. Assimiler un service financier numérique à un produit classique peut conduire à des interprétations approximatives et à des décisions dont les conséquences ne sont pas entièrement maîtrisées.

La régulation doit être adaptée à la nature réelle de l’activité concernée. À défaut, elle risque d’atteindre un objectif différent de celui recherché.

Deuxième point : le sentiment d’une décision à géométrie variable, comment justifier une telle rigueur à l’égard d’un opérateur privé de mobile money alors que, dans le même temps, l’État assume et organise  des distorsions bien plus importantes dans d’autres secteurs ?

Serions-nous dans la même logique si Énergie du Mali (EDM-SA) vendait l’électricité à son coût réel, sans que le contribuable ne comble chaque année ses déficits ?

La cohérence serait plus évidente si les subventions sur le carburant ou sur certaines denrées de première nécessité étaient supprimées au nom du libre jeu du #marché. Ces choix peuvent être socialement justifiés et relèvent de considérations stratégiques.

Néanmoins, ils invitent à s’interroger sur la cohérence d’ensemble des principes appliqués aux différents secteurs de l’économie. Car, au fond, il s’agit d’économie. Et en économie, une taxe est toujours supportée par quelqu’un. Si elle n’est pas visible, elle est simplement déplacée.

Car en économie, toute taxe finit toujours par être payée. Si Wave ne peut la répercuter sur les frais visibles, elle compensera ailleurs : moins d’investissements, moins de concurrence. Et c’est in fine le consommateur malien qui trinquera.

Cette affaire illustre un malaise plus profond : notre économie hésite entre la main invisible du marché et la main trop visible de l’État. D’un côté, on exige une rigueur absolue des acteurs modernes. De l’autre, on ferme les yeux sur des subventions qui faussent la concurrence.

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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