(CROISSANCE AFRIQUE)- La banque portugaise Banco Português de Investimento, communément désignée sous le nom de Banco BPI, s’apprête à clore officiellement son chapitre sur le marché angolais, marquant ainsi un tournant significatif dans sa stratégie d’expansion et de désengagement.
Cette étape cruciale est rendue possible grâce à la cession imminente de ses dernières parts dans Banco de Fomento Angola (BFA), une opération qui s’inscrit dans un contexte économique complexe et dynamique. En effet, le groupe local Congolian Financial SA (CFSA), qui fait partie du conglomérat angolais Grupo Carrinho, a conclu un accord avec Banco BPI pour acquérir la participation de 33,35 % que cette dernière détient dans BFA, pour un montant fixe de 388,5 millions d’euros, équivalent à environ 451 millions de dollars.
Cette transaction, annoncée le jeudi 3 septembre, est encore soumise à l’approbation des autorités angolaises de régulation du marché bancaire, notamment la Banque centrale et la Commission du marché des capitaux. Ce processus d’approbation est crucial, car il représente non seulement un pas vers la finalisation de la cession de la totalité des parts de Banco BPI dans BFA, mais également une réponse à la pression réglementaire européenne qui pèse sur l’institution depuis près de dix ans. En effet, la sortie de Banco BPI du marché angolais est le résultat d’un long parcours, jalonné de défis et de réajustements stratégiques, visant à se conformer aux exigences réglementaires tout en optimisant ses opérations à l’international. Ce désengagement pourrait également ouvrir la voie à de nouvelles opportunités pour Banco BPI, lui permettant de se concentrer sur ses activités principales et d’explorer d’autres marchés potentiellement plus rentables.
La présence de Banco BPI en Angola remonte à 1996, une année charnière où la banque portugaise a fait un pas stratégique en acquérant la succursale de sa compatriote Banco de Fomento e Exterior (BFE). Ce mouvement audacieux a marqué le début d’une transformation significative, car BPI a réinventé cette entité en une banque universelle sous le nom de Banco de Fomento Angola, élargissant ainsi son empreinte sur le marché angolais.
En 2008, dans un contexte économique en pleine évolution, BPI a décidé de céder 49,9 % du capital de BFA à l’opérateur télécoms angolais Unitel, une manœuvre qui a non seulement renforcé les liens entre les secteurs bancaire et télécoms en Angola, mais a également permis à BPI de diversifier ses investissements. Cette dynamique s’est poursuivie en 2017, lorsque la banque portugaise a cédé une participation supplémentaire de 2 % au même opérateur, marquant ainsi une étape cruciale où BPI a perdu le contrôle de BFA. Cette année-là, la Banque centrale européenne (BCE) a émis des recommandations pressantes à l’encontre de Banco BPI, lui conseillant de céder sa participation dans BFA. Cette directive visait à garantir la conformité avec des règles de supervision prudentielle et de gestion des risques de plus en plus strictes, qui sont devenues essentielles dans le paysage bancaire européen.
Cependant, cette période n’a pas été sans défis. Plusieurs tentatives infructueuses ont été entreprises pour naviguer dans le cadre réglementaire complexe, alors que la BCE avait exprimé des préoccupations quant à la supervision de la Banque centrale angolaise, la jugeant insuffisante par rapport aux normes européennes en matière de fonds propres bancaires. Cette situation a mis en lumière les tensions entre les exigences de conformité internationale et les réalités opérationnelles sur le terrain, soulignant ainsi les défis auxquels Banco BPI était confronté dans sa quête pour maintenir sa position sur le marché angolais tout en respectant les normes de sécurité financière imposées par les autorités européennes.
La question est devenue particulièrement sensible lorsque CaixaBank a acquis les 55,9 % du capital de Banco BPI qu’elle ne détenait pas encore. BPI a tenté sans succès à plusieurs reprises de vendre sa participation de 48,1 % dans BFA. En juillet 2023, la banque avait suspendu la cession de cette participation à des groupes qui étaient en lice, dont Grupo Carrinho, en raison d’une forte dévaluation du kwanza par rapport au dollar américain. Ce n’est qu’en septembre 2025 que Banco BPI a réussi à céder une participation supplémentaire de 14,75 % dans BFA lors de l’introduction en Bourse de la banque angolaise, ramenant sa participation à 33,35 %.
Fondé en 1993, Grupo Carrinho est devenu le plus grand conglomérat agro-industriel d’Angola, un véritable titan dans le domaine de la sécurité alimentaire et du développement économique du pays. Ce groupe a commencé son parcours avec une modeste entreprise de restauration, mais grâce à une vision audacieuse et à un engagement indéfectible, il a su se transformer en un acteur incontournable, jouant un rôle essentiel dans l’approvisionnement alimentaire de millions d’Angolais. Son appareil industriel, intégré verticalement et de grande envergure, lui permet de maîtriser l’ensemble du processus de production, allant de la transformation du riz, du blé et du maïs, jusqu’au raffinage d’huile. En outre, Grupo Carrinho produit une vaste gamme de biens de consommation, tels que des pâtes, des biscuits, des huiles végétales, du sucre et du lait, contribuant ainsi à la diversité et à la richesse de l’offre alimentaire sur le marché angolais.
Au-delà de ses activités agro-industrielles, Grupo Carrinho a également su diversifier ses investissements dans le secteur bancaire en Angola, renforçant ainsi sa position économique. Avec une participation significative de 74 % dans la Banco de Comércio e Indústria (BCI) et environ 70 % dans la Banco Keve, le groupe joue un rôle clé dans le système financier du pays.
Notons que cette stratégie de diversification témoigne de la capacité du Grupo Carrinho à s’adapter aux besoins changeants du marché et à anticiper les évolutions économiques, consolidant ainsi son statut de leader dans plusieurs secteurs stratégiques.
Mariam KONE

