Au Cameroun, la croissance agricole chute de 5,2% à 1,1% en 2025

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Cameroun, la situation de l’agriculture a connu un tournant significatif, avec une croissance qui a chuté à seulement 1,1% en 2025, marquant une baisse alarmante par rapport aux 5,2% enregistrés l’année précédente.

 Ce ralentissement de 4,1 points est particulièrement préoccupant et soulève des questions sur la santé économique du secteur agricole. Selon les Comptes nationaux de 2025 publiés par l’Institut national de la statistique (INS) en août 2026, cette décélération est principalement attribuée à l’agriculture industrielle et d’exportation, qui a subi une contraction de 3,1% après avoir connu une croissance florissante de 9,5% en 2024. Ce retournement brutal est d’autant plus frappant lorsqu’on considère que l’agriculture vivrière, qui joue un rôle crucial dans la sécurité alimentaire du pays, a tout de même progressé de 3,7%, une légère amélioration par rapport aux 3,2% de l’année précédente.

Le contraste entre ces deux segments agricoles est frappant : l’agriculture industrielle et d’exportation, qui était autrefois le moteur de la croissance économique, a vu son taux de croissance se dégrader de 12,6 points entre 2024 et 2025. Cependant, l’INS n’a pas fourni de détails sur les filières spécifiques, telles que le cacao, le café, le coton, la banane, le caoutchouc ou d’autres cultures, qui pourraient expliquer cette contraction. Cette absence d’informations soulève des interrogations sur la transparence des données et la nécessité d’une analyse plus approfondie pour comprendre les dynamiques sous-jacentes.

Ce ralentissement dans le secteur agricole a également eu des répercussions sur l’ensemble du secteur primaire, qui n’a progressé que de 1,8% en 2025, contre 3,6% en 2024. Ce déclin généralisé pourrait avoir des conséquences profondes sur l’économie camerounaise, affectant non seulement les agriculteurs et les travailleurs du secteur, mais aussi l’approvisionnement alimentaire et les revenus des ménages. Les défis auxquels fait face l’agriculture camerounaise soulignent l’importance d’une stratégie de développement durable et d’une diversification des cultures pour assurer une résilience face aux fluctuations économiques futures.

Malgré ce faible rythme de croissance en volume, le poids économique de l’agriculture demeure d’une importance capitale dans le paysage économique national. En effet, à prix courants, la valeur ajoutée de ce secteur atteint un impressionnant montant de 3 970,2 milliards de FCFA en 2025, en nette progression par rapport aux 3 564,7 milliards de FCFA enregistrés en 2024. Ce chiffre, qui représente environ 11,5% du produit intérieur brut nominal de 34 474 milliards de FCFA pour cette même année, souligne la résilience et la vitalité de l’agriculture dans l’économie. De plus, il est à noter que cette valeur ajoutée est presque deux fois supérieure aux 2 085,8 milliards de FCFA générés par la catégorie des « autres industries manufacturières », excluant les industries agroalimentaires, selon les données fournies par l’Institut National de la Statistique (INS).

Cependant, il est crucial de souligner que le recul en volume de l’agriculture industrielle et d’exportation se produit dans un contexte paradoxal où la valeur des exportations de produits agricoles continue de croître de manière significative. En effet, ces exportations atteignent 1 198,3 milliards de FCFA en 2025, contre 1 101,2 milliards de FCFA en 2024, ce qui représente une hausse notable de 8,8%. Cette dynamique positive indique que les produits agricoles ont généré des revenus supérieurs à ceux des produits énergétiques, dont les exportations ont connu une baisse, s’établissant à 1 137,2 milliards de FCFA. Ces deux évolutions, bien que distinctes, ne sont pas nécessairement contradictoires, mais plutôt révélatrices des défis et des opportunités qui se présentent à l’agriculture dans un monde en constante évolution. La capacité du secteur à s’adapter et à tirer parti des marchés internationaux tout en faisant face à des défis internes pourrait bien définir son avenir et son rôle dans l’économie nationale.

Or, les cours internationaux des principaux produits agricoles camerounais n’ont pas évolué dans le même sens en 2025, révélant des dynamiques économiques complexes et variées. Selon les données de la Banque mondiale, reprises par l’Institut National de la Statistique (INS), le cacao, pilier de l’économie agricole du pays, a encore renchéri de 6,4%, poursuivant une tendance haussière impressionnante après une flambée de 123,4% en 2024. Cette hausse continue témoigne de la demande soutenue sur le marché international, où le cacao camerounais est prisé pour sa qualité. De même, le robusta a enregistré une augmentation de 10,1%, tandis que l’arabica, souvent considéré comme un café de spécialité, a vu ses prix grimper de 50,6%, soulignant l’intérêt croissant des consommateurs pour des produits de café haut de gamme. La banane, un autre produit phare du Cameroun, a également connu une légère hausse de 4%, renforçant sa position sur les marchés d’exportation.

Cependant, le caoutchouc, qui est un produit stratégique pour l’industrie locale, n’a progressé que de 0,9%, une stagnation qui pourrait soulever des inquiétudes quant à la compétitivité de cette filière. En revanche, le coton, autre culture emblématique, a subi un recul significatif de 10,7%, ce qui pourrait avoir des répercussions sur l’industrie textile et sur les agriculteurs qui dépendent de cette culture pour leur subsistance.

Dans ce contexte, l’agroalimentaire continue de progresser, affichant une résilience face aux fluctuations des prix des matières premières. Les industries agroalimentaires ont enregistré une croissance de 3,6% en 2025, bien que ce chiffre soit en légère baisse par rapport à la croissance de 4,2% observée en 2024. Cette dynamique contraste avec celle des autres industries manufacturières, qui ont progressé de 4,4%, suggérant une diversification des activités économiques au-delà du secteur agricole.

Notons que cette divergence dans les performances sectorielles ne permet pas, à elle seule, de conclure que les transformateurs ont été confrontés à une pénurie de matières premières agricoles. Les Comptes nationaux de 2025 ne fournissent ni la contribution détaillée de chaque culture au recul de l’agriculture industrielle, ni d’informations précises sur les défis spécifiques rencontrés par les transformateurs. Cela soulève des questions sur la durabilité et la résilience de l’agriculture camerounaise face aux évolutions du marché mondial et aux besoins croissants d’une population en expansion.

Korotoumou SYLLA

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