(CROISSANCE AFRIQUE)-L’East African Crude Oil Pipeline (EACOP), un projet ambitieux d’oléoduc s’étendant sur 1 443 kilomètres, est conçu pour acheminer le pétrole brut ougandais vers les marchés internationaux, et il a récemment atteint un impressionnant taux d’exécution de 82 %, comme l’a rapporté Upstream Online le jeudi 2 avril.
Cette avancée significative rapproche l’installation, qui relie les riches champs pétroliers situés autour du lac Albert en Ouganda au port stratégique de Tanga en Tanzanie, de sa phase opérationnelle tant attendue. En février dernier, lors d’une réunion cruciale entre les parties prenantes, il a été annoncé que l’objectif était de réaliser le premier chargement de pétrole d’ici juillet 2026, marquant ainsi une étape décisive dans le développement de ce projet.
Au cours d’une inspection minutieuse menée par la ministre ougandaise de l’Énergie, Ruth Nankabirwa, au début de février 2026, il a été révélé que la société EACOP, responsable du développement, du financement, de la construction et de l’exploitation de l’oléoduc, avait déjà achevé plus de 75 % des travaux. Cette inspection a non seulement permis de vérifier l’avancement des travaux, mais a également souligné l’importance stratégique de l’oléoduc pour l’économie ougandaise, qui aspire à devenir un acteur majeur sur le marché pétrolier mondial. L’EACOP est perçu comme un catalyseur de développement, promettant de générer des emplois, d’attirer des investissements étrangers et de favoriser la croissance économique dans toute la région.
À terme, l’infrastructure ambitieuse du pipeline EACOP doit transporter environ 216 000 barils par jour de brut ougandais, un pétrole reconnu pour sa forte viscosité et sa nature cireuse, qui pose des défis uniques en matière de transport. Pour répondre à ces exigences, le pipeline est conçu pour être entièrement isolé thermiquement, garantissant ainsi que la chaleur soit maintenue tout au long de son parcours. De plus, des stations de chauffage stratégiquement placées le long de son tracé sont intégrées pour s’assurer que le brut conserve une fluidité optimale, essentielle pour éviter les blocages et les interruptions dans le flux.
En plus des stations de chauffage, l’EACOP comprend également des stations de pompage, cruciales pour maintenir la pression nécessaire au transport du pétrole sur de longues distances. À l’extrémité du pipeline, un terminal d’exportation à Tanga est prévu, facilitant ainsi l’exportation du brut vers les marchés internationaux. Les travaux de construction ont été engagés après la décision finale d’investissement, annoncée en 2022 par la multinationale française TotalEnergies, qui agit en tant qu’opérateur du projet, en collaboration avec ses partenaires, renforçant ainsi l’importance stratégique de ce projet pour la région.
Bien que, selon EACOP Company, la mise en service du pipeline, présenté comme l’un des plus longs du continent africain, soit attendue d’ici quelques mois, ce calendrier reste soumis à l’achèvement des travaux restants et aux tests techniques rigoureux prévus avant le démarrage des opérations. Ces tests sont essentiels pour garantir la sécurité et l’efficacité du pipeline, qui doit faire face à des défis environnementaux et techniques significatifs.
Cependant, malgré son évolution notable et les avancées réalisées, le projet EACOP continue de faire face à des contestations persistantes. Selon des groupes environnementaux et des communautés locales, des préoccupations majeures subsistent concernant l’impact environnemental du pipeline, notamment en ce qui concerne la biodiversité et les moyens de subsistance des populations riveraines. Ces contestations soulignent la complexité des enjeux liés à ce projet, qui, quatre ans après son lancement, reste au cœur d’un débat intense sur le développement durable et la responsabilité sociale des entreprises.
Selon l’IPS, les plaignants, qui représentent une communauté touchée par le projet, dénoncent des impacts dévastateurs sur leurs terres ancestrales et leurs conditions de vie déjà précaires. Ils expriment des inquiétudes profondes concernant la dégradation de l’environnement, la perte de terres cultivables et les menaces sur leur mode de vie traditionnel. Pour l’ONG Business & Human Rights Resource Centre, cette initiative de contestation s’inscrit dans une opposition persistante et croissante à la construction du pipeline, un projet soutenu par les autorités ougandaises et tanzaniennes, qui semble ignorer les voix des populations locales et les conséquences néfastes sur leur existence.
Des perspectives économiques questionnées
Cette contestation intervient dans un contexte économique où les perspectives de rentabilité du projet EACOP sont elles-mêmes remises en question. En effet, selon des informations rapportées par l’Agence Ecofin en février 2026, les surcoûts associés à la construction du pipeline EACOP menacent sérieusement les projections de recettes pétrolières de l’Ouganda, un pays qui espérait tirer des bénéfices significatifs de ses ressources naturelles. S’appuyant sur une analyse approfondie de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA), le média indique que le coût total du projet atteint désormais environ 5,6 milliards de dollars, ce qui représente une hausse alarmante d’environ 55 % par rapport aux estimations initiales. Ces dépassements de coûts risquent de réduire de manière significative les revenus attendus par l’État ougandais, en raison du mécanisme de récupération des investissements qui pourrait ne pas être viable dans un contexte de dépenses croissantes.
Notons que les implications de cette situation sont vastes, non seulement pour l’économie nationale, mais aussi pour les communautés qui dépendent de ces ressources pour leur survie.
Zangouna KONÉ

