Secteur financier : comment le Faso se structure malgré les défis

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Le Burkina Faso n’est pas réputé pour le dynamisme de son secteur financier. Pourtant, de nombreux acteurs structurent le paysage du pays, entre banques commerciales, instituts de microfinance ou encore sociétés de gestion et d’intermédiation. Seule la synergie de leurs activités permettra à l’État burkinabè de financer l’ensemble de l’économie.

L’économie est au centre de toutes les attentions. Avec une croissance relativement soutenue à 6,3% en 2025, une inflation proche de zéro et un excédent de la balance commerciale grâce à l’envolée du cours de l’or jusqu’en janvier dernier, le Burkina montre des signes positifs sur lesquels s’appuyer. Si le pays reste fragile à cause de l’insécurité, de la pauvreté de la population et d’une activité économique peu diversifiée – principalement axée sur l’agriculture et l’or –, certains indicateurs incitent à l’optimisme. À commencer par la structuration du système financier local.

Les banques classiques dominent le marché


L’accès au financement est en effet devenu un enjeu majeur pour les différents secteurs économiques du pays des Hommes intègres. Plusieurs acteurs se partagent ce rôle : les banques commerciales classiques bien entendu, les services de microfinance qui se sont largement développés depuis les années 90 et les systèmes financiers décentralisés (SFD) qui sont bien utiles à l’agriculture vivrière, ou encore les sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI). Toutes ces institutions doivent à la fois servir leurs intérêts et ceux de leurs clients, afin de favoriser l’économie burkinabè.

Seize banques commerciales – soit 100% burkinabè, soit agissant comme filiales de banques africaines – restent évidemment dominantes dans le paysage financier du pays, avec un bilan de 9574 milliards FCFA en 2024. Elles gèrent l’épargne, le crédit aux personnes et aux entreprises… Elles sont même particulièrement performantes, le Faso se classant en 3e position parmi les pays de la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), derrière le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Coris Bank, la banque privée nº1 dans le pays, est même en très bonne santé, et lorgne de plus en plus sur les marchés extérieurs, avec des implantations au Cap-Vert ou au Bénin, et bientôt au Cameroun et au Gabon.

Aujourd’hui, ces banques traditionnelles sont néanmoins challengées par d’autres types de structures, comme les établissements de microfinance, les SFD et les SGI. Aujourd’hui, les autorités gouvernementales et financières du pays veulent structurer tout le secteur afin que les efforts de financement servent le bien commun, notamment le financement d’infrastructures qui servent l’intérêt général. Car le secteur financier sera en première ligne pour apporter des solutions au Plan national de développement baptisé « Relance », adopté pour la période 2026-2030, avec la mobilisation de 36190 milliards FCFA.

En novembre dernier, le gouvernement a en effet donné le ton pour gagner en efficacité, avec quatre décrets destinés à mettre fin à la dispersion des fonds publics, en donnant une place centrale au Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES), devenu le guichet unique pour le financement des projets économiques. Parallèlement aux fonds publics, les acteurs privés comme les banques, les SFD et les SGI vont pouvoir développer des propositions complémentaires de financement. D’ailleurs, les marchés boursiers régionaux notent une forte activité autour du Burkina Faso ces derniers mois.

L’activité boursière en ébullition


Parmi les nouveaux acteurs du système financier, les sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI) sont en train de prendre leur essor dans toute l’Afrique de l’Ouest, et au Burkina également. Sur la grosse trentaine de SGI évoluant dans l’UEMOA, quatre sont basées au Burkina : Coris Bourse, la Société Burkinabè d’Intermédiation Financière (SBIF), SA2IF et la plus récente, agréée en 2024, Image Finances Internationales (IFI). Ces structures détiennent par exemple le statut d’intermédiaire exclusif pour tout investisseur souhaitant agir sur la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Cette dernière est en pleine ébullition, avec notamment trois emprunts obligataires émis par l’État du Burkina Faso pour plus de 131 milliards FCFA, début mars. Une émission réussie, permise par le travail conjoint du Trésor public burkinabè, de la BRVM et des quatre SGI impliquées sous l’impulsion de Gisèle Colgo, directrice du marché des capitaux de la SBIF.

Au sein du Marché financier régional (MFR) de l’UEMOA, ces acteurs spécifiques que sont les SGI prétendent toutes agir dans le même sens, et considèrent même que le rôle des marchés financiers devrait surpasser celui des banques classiques, en saisissant les opportunités d’investissement au profit des investisseurs institutionnels. « Les économies qui réussissent à transformer leur potentiel sont celles qui savent mobiliser leur épargne pour financer leur propre développement, estime Fancho Hermann Traoré, directeur général de Coris Bourse. Ce ne sont pas les banques qui financent l’économie mais plutôt le marché financier, et il est temps que le paradigme change. »

Certains membres du MFR espèrent que les autorités financières burkinabè arriveront à maintenir un cadre cohérent pour l’activité des SGI comme elles l’ont fait l’année dernière en fusionnant les fonds publics nationaux, afin d’éviter la multiplication d’entités douteuses ou pas assez solides qui pourraient mettre à mal la professionnalisation du secteur. L’arrivée de nouveaux acteurs – comme cela a été le cas en 2024 avec IFI, dirigée par Issa Malgoubri – pose des questions pour l’avenir : il est désormais essentiel pour le pays d’imposer des standards d’exigence stricts, liés notamment à la qualification professionnelle des courtiers des SGI.

Quel rôle pour l’IA ?


Parallèlement à ces acteurs plus ou moins bien établis, d’autres nouveaux venus sont en train d’émerger partout en Afrique, y compris au Burkina. Ces derniers mois par exemple, un jeune entrepreneur a beaucoup fait parler de lui dans les cercles décisionnaires de Ouagadougou : l’entrepreneur et économiste Batiana Ismaail Franck Nacro, avec son entreprise de capital investissement, Terra Invest Africa. En septembre dernier, il a reçu le Prix Orange de l’entrepreneur social (POESAM 2025) au Burkina Faso pour sa plateforme de financement participatif Terra Biga, lancée en 2022. Sa force : utiliser l’intelligence artificielle pour renforcer la coordination et le suivi des financements, et la mise en relation entre organisations non gouvernementales, citoyens désireux d’investir et les projets nécessitant finances.

La prochaine révolution des marchés financiers de l’UEMOA et donc du Burkina viendra en effet de la généralisation de l’intelligence artificielle. Selon Darich Eyeni Kakindé, économiste au sein de la direction de la Stabilité financière, des Activités bancaires et du Financement des économies à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), « l’IA pourrait contribuer à l’intégration économique régionale, notamment par le soutien aux actions de la zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf), pourvu que des financements régionaux soient mis au service de son développement ». Certains voient là un potentiel évident pour un pays comme le Faso. Les leviers de développement sont nombreux et doivent être actionnés à bon escient.

Saïdou Diallo

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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