(CROISSANCE AFRIQUE) -La 7e Edition de l’initiative « mois d’octobre, mois du consommer local » dans L’UEMOA, c’est pourquoi, l’invite de l’intégration était le Professeur FILIGA MICHEL SAWADOGO, Commissaire charge du département du marché régional et de la coopération au sein de la commission de l’UEMOA. A la fin de cette émission, le PR SAWADOGO, nous a accordé une interview exclusive permettant à nos lecteurs de comprendre les contours de cette initiative basée sur le Consommer Local ».

Question 1 — La Commission de l’UEMOA et, particulièrement, votre Département lancent à compter du 1er octobre 2026, la 7e édition de l’initiative « Mois d’octobre, mois du consommer local ». Le thème retenu est « Consommer local, facteur d’intégration régionale et de souveraineté économique de l’UEMOA face aux mutations du commerce mondial ». Qu’est-ce qui explique le choix d’un tel thème ?
PR FILIGA MICHEL SAWADOGO : Le thème central que vous venez d’énoncer répond à des constats. Le premier est que le commerce mondial change, et vite. Dans la pratique, les crises récentes ont révélé notre dépendance (mais pas seulement celle des Etats de l’UEMOA). Ainsi, depuis février 2026, le conflit au Moyen-Orient a entrainé la fermeture du détroit d’Ormuz par où transite près d’un cinquième du pétrole du monde. Pour nos producteurs, ce sont des intrants plus chers renchérissant les coûts de production ; pour nos ménages, ce sont des prix plus élevés. Le même genre de phénomène s’est produit avec le Coronavirus.
Un autre constat est que les barrières tarifaires et non tarifaires se multiplient. Par exemple, les droits de douane ont été fortement relevés par les Etats-Unis. C’est vrai que, en sens inverse, la Chine a supprimé, depuis le 1er mai 2026, les droits de douane sur les produits venant de 53 Etats africains. Mais pour en profiter vraiment, il faut avoir des produits ou matières qui intéressent la Chine et, si possible, qui soient déjà transformés pour en accroitre la valeur.
Dans ce contexte, la souveraineté économique, qui ne veut pas dire un repli sur soi, est entendue comme la capacité de l’Union à garder ses marges de décision, à amortir les chocs, à produire et à valoriser davantage ses matières premières, et à maîtriser ou amoindrir les dépendances qui menacent ses besoins essentiels, à avoir des stocks de sécurité dans différents domaines comme celui des hydrocarbures.
L’intégration régionale est l’instrument principal pour gérer au mieux ce genre d’enjeux. Or, entre 2022 et 2024, les échanges entre les huit États de l’UEMOA n’ont représenté en moyenne que 13,1 % de notre commerce de marchandises, ce qui est très faible. Néanmoins, ce faible pourcentage montre qu’il y a une marge de progression que le Consommer local va booster, nous l’espérons.
En réponse à ces enjeux, le Consommer local crée des débouchés pour nos producteurs, soutient la transformation locale et la diversification des produits, renforce la compétitivité des entreprises et stimule les échanges entre États. Et le produit local, au sens communautaire, s’entend de tout ce qui est produit au sein de l’un des huit Etats membres de l’Union : produits agricoles, de l’élevage, de l’artisanat, les services, les produits industriels des PME-PMI et des moyennes et grandes entreprises ; il faut rappeler ici que les Ministres du Commerce de l’Union souhaitent avoir des « champions », c’est-à-dire de très grandes entreprises, à même de compétir avec les entreprises du continent et du monde.

Question 2 — Quels sont les temps forts attendus pour cette 7e édition, aussi bien au niveau régional qu’au niveau des États membres ?
PR FILIGA MICHEL SAWADOGO : Au niveau régional, trois rendez-vous se tiennent à Ouagadougou, tous au siège de la Commission en centre-ville. Le premier est le lancement officiel, le 1er octobre, prévu sous la présidence du Président de la Commission, Monsieur Abdoulaye DIOP. Il est également prévu que le Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat du Burkina Faso et la Présidente de la Chambre Consulaire Régionale ou leurs représentants y prennent la parole. Cela va donner l’occasion d’avoir l’analyse du Ministre d’un pays qui promeut le Consommer local depuis plusieurs décennies ainsi que les attentes du monde des affaires de l’Union.
Le deuxième rendez-vous est la conférence publique du 2 octobre. La conférence traite du thème central, des chaînes de valeur, de la qualité et de la normalisation, du numérique ou commerce électronique et du marché commun. Outre le thème central, il y aura des panels : Panel 1 : Produire local pour bâtir la souveraineté économique de l’UEMOA ; Panel 2 : Consommer local dans un monde en mutation : quelle stratégie régionale pour l’UEMOA ? Les recommandations issues de cette importante activité seront communiquées aux consultants de l’étude sur le bilan et les perspectives du Consommer local, consultants qui sont conviés à cette activité qu’ils sont appelés à animer.
Le troisième rendez-vous est l’exposition-vente. Elle s’ouvre dès le 1er octobre, à la suite du lancement officiel, et se poursuit jusqu’au 4 octobre, samedi et dimanche compris, soit sur quatre jours. Des exposants des huit États, soit un petit échantillon, y présenteront leurs produits. La dernière foire régionale date d’octobre 2024, à la Maison du Peuple à Ouagadougou. Cette activité revient donc après une année d’interruption au niveau régional.
Dans les États membres, le temps fort est le lancement officiel national. En général, ce sont les Hautes Autorités des Etats qui y procèdent, signe de l’intérêt accordé au Consommer local. L’exposition-vente est systématiquement organisée dans les Etats et semble constituer partout le cœur de la manifestation. En plus, il y a souvent des conférences, des formations, des visites d’entreprises, des rencontres d’affaires… La meilleure organisation au niveau des Etats est celle qui permet de toucher le plus de population et de placer tous les produits exposés.
Question 3 — Cette initiative a été instituée en 2019 par les Ministres du Commerce des États membres de l’UEMOA. Vous avez commandité une étude pour évaluer son impact. Quels sont les premiers enseignements à tirer ?
PR FILIGA MICHEL SAWADOGO : L’étude est en cours depuis juin 2026. A ce stade, il n’est pas possible de donner des chiffres ou des conclusions définitives. L’étude porte sur les cinq premières éditions, de 2020 à 2024. Un cabinet indépendant a été recruté à cet effet et travaille sous la supervision de mon département avec la participation de cadres de la Présidence et des autres départements de la Commission de l’UEMOA.
Sur un plan général, l’on sait que l’initiative est jugée pertinente et en cohérence avec les politiques nationales et communautaires par toutes les parties prenantes : exposants, encadreurs, partenaires, etc. Tous souhaitent qu’elle se poursuive, avec des innovations. L’engouement des exposants est réel : beaucoup voudraient une exposition plus grande, avec plus d’exposants sur une plus grande superficie, et sur une période plus longue. Ils citent des effets positifs concrets : des partenariats noués entre entreprises, des démarches de mise aux normes, une offre locale élargie…
Des critiques utiles sont formulées : par exemple, la demande meilleurs critères de sélection des exposants, fondés sur la qualité et l’innovation ; une planification qui garde la fonction vitrine commerciale au premier plan ; la mise en place d’un dispositif de suivi-évaluation.
L’étude doit permettre de mesurer l’impact du Consommer local sur les ventes, la compétitivité des entreprises et les échanges entre nos États. Il est certain que les Ministres chargés du Commerce qui, en général sont en même temps chargés de l’Industrie et de l’Artisanat, qui ont décidé d’instituer le Consommer local et qui déploient chaque année des moyens et des énergies pour sa réussite, sont convaincus de son impact positif. On espère que le rapport final de l’étude sera éclairant à cet égard et proposera des suggestions d’amélioration et des actions prioritaires pour les années à venir.
Question 4 — Dans un contexte marqué par l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine depuis janvier 2021, qui poursuit son déploiement à travers des initiatives pilotes de commerce, quelles sont les perspectives pour la consommation des produits « Made in UEMOA » ?
PR FILIGA MICHEL SAWADOGO : La ZLECAf (Zone de Libre-Echange Continentale Africaine) ouvre à nos entreprises un marché de plus d’un milliard trois cents millions de personnes mais aussi à une concurrence accrue : les produits des autres pays africains viendront sur nos marchés. Le Consommer local prépare nos entreprises à réussir leur entrée dans la ZLECAf : on leur fait conquérir le marché national, celui de l’UEMOA, puis le marché continental.
Cela suppose d’agir sur la qualité, le respect des normes, la disponibilité, le conditionnement, les coûts, les prix, les emballages et la présentation des produits. La Stratégie régionale ZLECAf de l’Union, adoptée en mars 2026, vise précisément à renforcer la compétitivité de nos économies, de nos entreprises et de notre secteur privé de façon générale. Pour ce faire, avec la Banque Africaine de Développement (BAD), la Commission a engagé un projet d’un milliard 748 millions de FCFA, pour la période 2026-2028.
Question complémentaire 1 — On reproche parfois au produit local d’être moins bien fini, plus cher, ou introuvable dans le pays voisin. Que répondez-vous ?
PR FILIGA MICHEL SAWADOGO : Ce reproche est parfois fondé. C’est pourquoi, la Commission et les Etats travaillent à développer la production, notamment avec l’approche filière, à accroitre la qualité des produits, le respect des normes et le recours à la certification, l’amélioration de l’emballage, le recours au commerce électronique, et une maitrise des prix, etc. Il y a également la promotion des exportations intra-communautaires par le projet Talents Africains à l’International (TAI), initié par le Réseau des Organismes de Promotion du Commerce de l’UEMOA (ROPC-UEMOA).
La libre circulation des produits originaires découle directement du texte du Traité de l’Union. Cependant, elle rencontre dans la pratique des obstacles, notamment non tarifaires. Il faut rappeler avec force qu’un produit originaire d’un Etat membre doit pouvoir arriver sans droit de douane ou d’autres paiements et sans tracasseries dans les sept autres Etats membres. Pour combattre les obstacles dénoncés, la plateforme d’alerte des entraves à la libre circulation est mise en place et doit être dynamisée.

Question complémentaire 2 — Un mois par an suffit-il ? Que fait la Commission le reste de l’année, et qu’attendez-vous des États membres ?
PR FILIGA MICHEL SAWADOGO : La question posée est pertinente. C’est vrai, un mois ne suffit pas pour atteindre tous les effets bénéfiques escomptés. En fait, Octobre est destiné à donner une forte visibilité à l’évènement, à faire en sorte que les cameras soient braqués sur le Consommer local. Après octobre, le travail se poursuit toute l’année au sein des Etats par les Ministères, en particulier par les Ministères chargés du Commerce. A titre d’illustration, j’ai noté dans un Etat membre un Ministère du Commerce bien achalandé et présenté toute l’année comme une vitrine ou une boutique. La Commission accompagne les filières prioritaires de son Plan stratégique Impact 2030 : le coton-textile, le riz et l’engrais-phosphate. Elle met en œuvre la stratégie ZLECAf. Elle suivra les recommandations de la conférence du 2 octobre et de l’étude d’évaluation. On espère que l’étude va dégager une méthode pour déterminer l’apport du Consommer local chaque année.
Aux États membres, nous demandons d’appliquer les textes communautaires, de poursuivre et renforcer les politiques de soutien à la production et à la transformation, à la maitrise des prix et de réserver aux produits locaux, même artisanaux, une place dans les commandes publiques, comme plusieurs Etats le font déjà. Il est demandé : aux entreprises d’investir dans la qualité, la diversification des produits et des services et la maitrise des prix ; aux consommateurs, aux femmes et aux jeunes en particulier, de faire confiance aux produits de l’Union.
Votre message à l’endroit des populations de l’UEMOA
PR FILIGA MICHEL SAWADOGO : Notre ambition est que nos produits trouvent leur place chez nous avant de conquérir le continent. Ce serait ainsi une certaine protection du marché de l’Union contre les produits importés si les consommateurs de l’Union sont d’ores et déjà habitués à consommer les produits de l’Union. Chaque produit de l’Union acheté fait vivre un producteur et un ou plusieurs employés. Consommons local, consommons UEMOA !
Source: DCOM/UEMOA

