(CROISSANCE AFRIQUE)-Le vieux projet d’une monnaie unique africaine franchit une nouvelle étape. Réunis à Dakar le 7 mai 2026 dans le cadre d’une rencontre stratégique de l’Association des banques centrales africaines (ABCA), les gouverneurs et responsables monétaires du continent ont acté l’ouverture prochaine de l’Institut monétaire africain (IMA), prévue pour septembre prochain à Abuja, au Nigeria.
Dans un contexte marqué par la fragmentation des systèmes monétaires africains, la volatilité des devises locales, la dépendance persistante au dollar et à l’euro dans les échanges intra-africains, mais aussi l’accélération de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), cette annonce apparaît comme une tentative de redonner une cohérence financière au projet d’intégration économique du continent.
Président de l’ABCA, Yvon Sana Bangui a rappelé que l’Institut monétaire africain a vocation à servir d’organe transitoire avant la création d’une future Banque centrale africaine. Sa mission sera notamment de préparer les mécanismes techniques, réglementaires et macroéconomiques nécessaires à l’émergence d’une monnaie commune africaine.
Le choix d’Abuja comme siège de l’institution confirme par ailleurs le rôle stratégique du Nigeria dans les dynamiques économiques et financières africaines. Première économie du continent en termes démographiques et l’une des principales puissances bancaires africaines, le Nigeria entend manifestement peser dans l’architecture monétaire de demain.
Pour Francisca Tatchouop Belobe, l’IMA constitue « le point indispensable vers la Banque centrale africaine ». Elle a insisté sur la nécessité de doter l’institution de ressources suffisantes afin d’atteindre l’objectif de convergence macroéconomique continentale, condition jugée essentielle à toute union monétaire viable.
Derrière cette ambition se cachent toutefois de nombreux défis structurels. Les économies africaines présentent encore des écarts importants en matière d’inflation, de dette publique, de réserves de change, de politiques budgétaires ou encore de stabilité monétaire. À cela s’ajoutent les divergences entre zones monétaires existantes — franc CFA, shilling est-africain, rand sud-africain ou monnaies nationales indépendantes — qui rendent complexe l’harmonisation des politiques financières.
L’histoire récente des unions monétaires dans le monde montre d’ailleurs qu’une monnaie commune sans convergence économique solide peut devenir une source de tensions plutôt qu’un levier d’intégration. Les responsables africains semblent donc vouloir avancer progressivement, en privilégiant d’abord les instruments de coordination monétaire avant toute bascule vers une devise continentale.
Créée pour renforcer la coopération monétaire et financière en Afrique, l’ABCA regroupe aujourd’hui 41 banques centrales africaines. L’organisation joue depuis plusieurs années un rôle discret mais central dans les discussions sur l’intégration financière du continent, à l’heure où l’Union africaine cherche à transformer ses ambitions politiques en mécanismes économiques concrets.
Oussouf DIAGOLA

