(CROISSANCE AFRIQUE)-C’est un deal qui fera date dans les annales de l’industrie extractive ouest-africaine. Le 24 avril dernier, Binti Investment, piloté par le discret mais influent Idriss Ahamed, et ElectroChem Ghana Limited, bras armé du magnat Daniel McKorley (McDan), ont paraphé une alliance stratégique. Objectif : mobiliser 540 millions de dollars pour transformer la concession d’Ada Songor en la plus grande mine de sel d’Afrique. Décryptage.
Dans les salons feutrés où se dessine l’avenir économique du continent, l’annonce a l’effet d’un séisme. À Accra, le vendredi 24 avril 2026, une poignée de mains a scellé le destin industriel de la lagune de Songor. D’un côté, Daniel McKorley, alias « McDan », titan de la logistique et de l’aviation, qui a déjà injecté 88 millions de dollars sur fonds propres pour réveiller ce géant endormi. De l’autre, Idriss Ahamed, Chairman de Binti Investment, figure montante de la finance de la diaspora, dont le carnet d’adresses connecte Paris, le Golfe et les places financières asiatiques.
Le « War Chest » de 540 millions de dollars
Le mandat confié à Binti Investment est colossal : structurer et lever 540 millions de dollars. Ce montage financier complexe, mêlant dette, equity et financements mixtes, vise à faire passer la production actuelle de 650 000 tonnes à un palier de 5 millions de tonnes à long terme.
Selon nos informations, la stratégie d’Idriss Ahamed repose sur un déploiement multi-parties prenantes, ciblant les institutions de Bretton Woods (SFI), la Banque Africaine de Développement (BAD), ainsi que des fonds souverains en quête d’actifs réels et stratégiques. Car l’enjeu n’est plus seulement le sel de table : Ada Songor vise les industries chimiques et pharmaceutiques mondiales, avec un potentiel de revenus annuels estimé à 1 milliard de dollars pour l’État ghanéen.
Deux trajectoires, une ambition continentale
Ce rapprochement est avant tout l’histoire de deux hommes que tout semble opposer, mais que la vision de la souveraineté industrielle réunit.
Daniel McKorley, le « self-made-man » d’Accra, a transformé une zone de 16 600 hectares en une opération minière de classe mondiale. Pour lui, ce partenariat est le levier nécessaire pour changer d’échelle : « En Binti Investment et en M. Idriss Ahamed, nous avons trouvé le partenaire qui dispose de l’envergure mondiale pour réaliser notre vision », confie le patron du Groupe McDan.
Idriss Ahamed, le financier de la diaspora, incarne cette nouvelle génération d’intermédiaires stratégiques capables de rassurer les marchés internationaux tout en défendant les intérêts endogènes. « Chaque dollar mobilisé doit créer une valeur maximale pour le Ghana », martèle celui qui voit dans Ada Songor une opportunité générationnelle.
Un hub industriel au cœur de la ZLECAF
Au-delà des chiffres, c’est une bataille de positionnement qui se joue. En contrôlant la plus grande mine de sel du continent, le Ghana se positionne comme le fournisseur incontournable de soude caustique et d’intrants chimiques pour toute l’Afrique de l’Ouest.
L’alliance prévoit également un volet social d’envergure — avec déjà 3 000 emplois créés — destiné à pacifier et développer la région de Songor. Pour les observateurs, ce deal est la preuve que les alliances entre champions industriels locaux et ingénierie financière de la diaspora sont désormais la clé de voûte des grands projets structurants africains.
Ce projet d’envergure repose sur des fondamentaux économiques et sociaux massifs, portés par une mobilisation financière de 540 millions USD destinée à exploiter une concession gigantesque de 16 600 hectares (41 000 acres). Cette force de frappe industrielle vise un objectif de production ambitieux de 5 millions de tonnes par an, projetant ainsi des revenus annuels estimés à 1 milliard USD une fois la pleine capacité atteinte. Au-delà de sa rentabilité, l’initiative s’affirme comme un moteur de développement inclusif, ayant déjà généré un impact social concret avec la création de 3 000 emplois directs.
Oussouf DIAGOLA

