Au  Mali, l’entrepreneur Adama Kanté sort du silence : Droit de réponse ou stratégie de reconquête, (Par Dr Lamoussa Diabaté)

Date:

(CROISSANCE AFRIQUE)-Le 9 juillet 2026, quelques jours après le lancement à Abidjan de Ngoni, les accusations visant son fondateur, Adama Kante officiel, refont surface. Plusieurs publications sur les réseaux sociaux rappellent que des investisseurs réclament, depuis 2023, le remboursement de fonds confiés à Sènè Invest.

D’autres médias et anciens partenaires relaient également des accusations contre l’entrepreneur, autrefois présenté comme un prodige de l’agrobusiness malien. Adama Kanté choisit alors de répondre publiquement : deux longues interviews totalisant plus de trois heures, des quittances, des billets d’avion, des captures d’écran et plusieurs publications Facebook. Dans cet article, nous avons confronté ses réponses aux accusations et aux sources disponibles afin de distinguer les faits établis, les réfutations étayées et les questions toujours sans réponse. L’objectif est de permettre aux Ivoiriens de décider, en connaissance de cause, s’ils souhaitent ou non faire confiance à Ngoni et aux autres activités portées par son fondateur.

346 millions de FCFA et 213 investisseurs : des chiffres désormais reconnus

La première révélation importante vient d’Adama Kanté lui-même. Dans l’interview accordée à NG TV, il chiffre à 346 millions de FCFA le montant total reçu par Sènè Invest.  Selon sa ventilation, environ 35 millions auraient été apportés par 73 actionnaires, tandis qu’environ 311 millions provenaient de contrats qu’il qualifie d’« investissements commerciaux ». Dans l’interview de VERUS, il estime à 213 le nombre total d’investisseurs recensés dans sa dernière base de données. Ces chiffres confirment que l’affaire porte bien sur plusieurs centaines de millions. Ils ne permettent toutefois pas d’affirmer que 346 millions constituent le préjudice réel. Il faudrait connaître les rendements déjà versés, les investissements effectivement réalisés, les actifs récupérables et les sommes restant dues à chaque investisseur. Adama Kanté confirme également avoir proposé une rémunération de 40 % sur douze mois. La presse malienne avait évoqué des rendements pouvant atteindre 60 %, mais ce taux supérieur n’a pas été confirmé par un contrat accessible ou par l’intéressé. Kanté présente les contrats rémunérés à 40 % comme des « prêts d’investissement ». Or, la BCEAO fixe à 24 % l’an le taux d’usure applicable aux systèmes financiers décentralisés et aux autres agents économiques. La portée juridique de cette comparaison devra être établie à partir des contrats originaux, qui n’ont toujours pas été publiés intégralement.

Des preuves utiles, mais une version encore incomplète

Parmi les documents publiés, deux quittances indiquent le paiement de 600 000 FCFA de caution et de 2,4 millions de FCFA de loyer pour un restaurant exploité par Sènè Invest. Elles contredisent l’idée qu’aucun paiement n’aurait été effectué au bailleur, mais ne prouvent pas que la dette supplémentaire de 800 000 FCFA évoquée ultérieurement n’existait pas. Un billet d’avion et plusieurs autres pièces rendent également plausibles le séjour d’Adama Kanté à Dubaï, son retour à Bamako en février 2023 et les difficultés administratives qu’il affirme avoir rencontrées. Ces éléments nuancent le récit d’une fuite avec l’argent, sans expliquer la destination des fonds, son silence prolongé ou ses intentions réelles. Les images de fermes, de motos, de restaurants et de Sènè Résidence montrent que certaines activités ont matériellement existé. Elles affaiblissent l’hypothèse d’une entreprise entièrement fictive, mais ne prouvent pas que les 346 millions de FCFA ont été investis conformément aux contrats. Pour expliquer l’effondrement de Sènè Invest, Kanté évoque enfin des vols internes, la disparition de motos et la saisie de certains investissements. Aucune plainte, décision judiciaire ou enquête comptable publiée ne vient toutefois corroborer ces accusations ni en mesurer l’impact financier. Au total, les pièces produites éclairent certains épisodes, mais elles ne permettent toujours pas de retracer précisément l’utilisation des fonds ni l’origine des pertes.

Les questions auxquelles il ne répond toujours pas

C’est ici que son droit de réponse montre sa principale faiblesse. En 2023, L’Essor rapportait l’analyse d’un contrat de Sènè Invest par un conseiller en investissement. Celui-ci relevait plusieurs anomalies présumées : numéro RCCM jugé non conforme, numéro fiscal correspondant à une entreprise individuelle plutôt qu’à une SARL, absence de capital social et utilisation contestée du titre de « directeur général ». Ces conclusions ne peuvent être considérées comme définitivement établies, car le contrat complet et les extraits officiels correspondants ne sont pas publics. Adama Kanté pouvait néanmoins y répondre en publiant l’immatriculation de Sènè Invest, ses statuts et ses éventuelles autorisations. Il ne l’a pas fait. Il ne répond pas davantage au cas de l’investisseur B.T., qui aurait engagé plusieurs millions de FCFA, dont un prêt de 3 millions remboursable en 25 jours avec 35 % d’intérêt pour un marché présenté comme lié à la MINUSMA. L’Essor affirme qu’un tribunal commercial aurait condamné Kanté à rembourser cet investisseur. En l’absence du jugement original, cette décision reste rapportée par le média, mais non vérifiée sur pièce.

La question des remboursements demeure également floue. Interrogé directement, Kanté ne fournit aucun chiffre ni aucune preuve de paiements déjà effectués. Il reconnaît ne pas disposer actuellement de suffisamment d’argent et conditionne les futurs remboursements aux résultats de ses nouvelles activités. Il promet de payer « jusqu’au dernier centime », sans présenter d’échéancier, de montant disponible ou de mécanisme de garantie. L’essentiel de sa défense consiste ainsi à documenter ses malheurs : comptable en fuite, motos volées, bailleresse de mauvaise foi, blocage à Dubaï. Même en admettant l’intégralité de ce récit, il expliquerait où l’argent s’est perdu, pas comment il a été collecté. Promettre 40 % par contrat, au nom d’une société non immatriculée, sous un titre usurpé et sans agrément : tout cela est antérieur et indépendant des trahisons et des saisies invoquées.

Pourquoi maintenant, et pourquoi depuis la côte d’Ivoire ?

Une autre question demeure : pourquoi Adama Kanté trouve-t-il aujourd’hui nécessaire de s’expliquer, précisément au moment où il lance un nouveau projet en Côte d’Ivoire ? Pendant près de trois ans, des investisseurs maliens ont réclamé des explications et tenté de récupérer leur argent. Pourtant, c’est au moment où NGONI cherche à gagner la confiance du public ivoirien que l’entrepreneur multiplie les interviews et les publications présentées comme des preuves. Le choix de ses canaux de communication interroge également. Les principaux concernés sont des investisseurs maliens, dont une bonne partie s’exprime principalement en bambara. Pourquoi ses deux grandes interviews ont-elles été conduites essentiellement en français ? Pourquoi ne pas avoir accordé un entretien approfondi à un média malien, en bambara, afin de s’adresser directement aux personnes qui lui ont confié leur argent ? Et surtout, pourquoi ne pas être retourné au Mali pour présenter ses explications, rencontrer ses investisseurs et répondre aux éventuelles sollicitations de la justice ? Adama Kanté affirme qu’il n’a pas peur de la justice malienne et annonce son retour pour décembre 2026 ou janvier 2027. Mais il n’explique pas clairement pourquoi ce retour doit encore attendre plusieurs mois alors qu’il soutient que rien ne l’empêche de rentrer.

Ces éléments ne prouvent pas que ses sorties relèvent exclusivement d’une opération de communication. Mais leur calendrier, le choix des médias, la langue utilisée et la proximité avec le lancement de NGONI en Côte d’Ivoire rendent cette hypothèse légitime : ses explications pourraient aussi répondre à la nécessité de restaurer son image avant de développer de nouvelles activités sur un nouveau marché. Son passé est désormais publiquement documenté, tout comme sa version des faits. Chacun dispose donc d’éléments suffisants pour décider, en connaissance de cause, s’il souhaite ou non s’associer à ses projets ou utiliser les services qu’il propose.

CONCLUSION ANALYTIQUE

Les éléments publiés par Adama Kanté permettent de nuancer certaines accusations et confirment que plusieurs activités de Sènè Invest ont réellement existé. Ils ne suffisent cependant pas à répondre aux questions centrales du dossier : la légalité du mécanisme de collecte, la traçabilité des 346 millions de FCFA, le montant exact des sommes restant dues et l’existence d’un plan crédible de remboursement. En l’état, ses explications contribuent davantage à reconstruire son récit public qu’à rétablir, par des preuves vérifiables, la confiance financière indispensable au lancement de nouvelles activités.




croissanceafrik
croissanceafrikhttp://croissanceafrique.com
Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager:

Populaires

Lire aussi
RELATIFS

Au Mali, rencontre entre le Directeur Général et les pèlerins de retour de La Mecque

Ce mardi 13 juillet 2026, le Directeur Général de...

Au Mali, l’Union Africaine boucle deux jours de visite officiellement stratégique à Bamako 

(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Mali, dans un contexte politique marqué par...

Assurances: CICA-RE annonce un chiffre d’affaires consolidé de 163,1 milliards FCFA au titre de l’exercice 2025

(CROISSANCE AFRIQUE)-La Compagnie commune de réassurance des États membres...