La Banque centrale d’Angola autorise l’inclusion du yuan dans les réserves obligatoires

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(CROISSANCE AFRIQUE)-À Luanda, la Banque nationale d’Angola (BNA), qui joue un rôle crucial en tant que Banque centrale du pays, a récemment pris une décision significative en autorisant les banques commerciales à détenir des yuans chinois pour constituer leurs réserves obligatoires en devises. 

Cette mesure marque une étape importante dans l’évolution des politiques monétaires angolaises, témoignant d’une volonté d’adaptation aux dynamiques économiques mondiales. La monnaie chinoise, avec sa forte influence sur le commerce international, rejoint ainsi le dollar américain, l’euro et le rand sud-africain parmi les devises éligibles, selon une directive datée du 2 juillet et publiée en fin de semaine dernière sur le site officiel de l’institution. 

Les réserves obligatoires, qui représentent les fonds que les banques doivent immobiliser auprès de la banque centrale, jouent un rôle fondamental dans la garantie de la stabilité financière et dans la gestion de la liquidité du système bancaire. En intégrant le yuan dans cette équation, la BNA ajuste ses règles prudentielles pour mieux répondre aux évolutions des échanges commerciaux du pays, qui sont de plus en plus influencés par la montée en puissance de la Chine. Ce changement stratégique est également révélateur du poids croissant de la Chine dans l’économie angolaise, où les relations commerciales se renforcent, favorisant ainsi une diversification des réserves de devises et une meilleure résilience face aux fluctuations économiques mondiales. Cette initiative pourrait également ouvrir la voie à de nouvelles opportunités pour les entreprises angolaises, leur permettant d’accéder plus facilement aux marchés asiatiques et de renforcer leurs échanges avec l’un des principaux partenaires commerciaux du pays.

.La décision de Luanda de réévaluer sa relation économique avec Pékin intervient dans un contexte où la Chine s’est imposée, au fil des années, comme le principal partenaire commercial de l’Angola, un pays riche en ressources naturelles. En effet, la Chine absorbe une part considérable des exportations pétrolières angolaises, devenant ainsi un acteur incontournable dans le secteur énergétique du pays. De plus, Pékin a investi massivement en Angola, prêtant plus de 42 milliards de dollars sur une période de vingt ans, des fonds qui ont été utilisés pour financer des infrastructures essentielles telles que des routes, des chemins de fer et des centrales électriques. Ces investissements ont eu un impact significatif sur le développement économique de l’Angola, mais ils ont également contribué à une dépendance croissante vis-à-vis de la Chine. Selon les données officielles, ces prêts représentent encore près de 40 % de la dette extérieure angolaise, une situation qui suscite des inquiétudes au sein du gouvernement angolais.

Face à cette réalité, Luanda cherche activement à réduire son exposition à la dette liée au pétrole contractée auprès de la Chine. Les prévisions indiquent que cette dette devrait diminuer pour atteindre entre 7,5 et 8 milliards de dollars d’ici la fin de 2025, marquant une baisse significative par rapport aux plus de 10 milliards de dollars enregistrés un an plus tôt. Cette stratégie vise à diversifier les sources de financement et à diminuer la vulnérabilité économique du pays face aux fluctuations des prix du pétrole.

« Toute la dette garantie par les recettes pétrolières est concentrée dans des accords avec la Chine, progressivement réduits ces dernières années », a expliqué en juillet 2025 Dorivaldo Teixeira, directeur de l’unité de gestion de la dette au ministère angolais des Finances. Il a précisé que le pays ne contracte plus de prêts gagés sur les recettes pétrolières, soulignant ainsi un changement de cap dans la politique financière angolaise. Cette décision témoigne d’une volonté de rétablir un équilibre plus sain dans les relations économiques internationales de l’Angola, tout en cherchant à renforcer sa souveraineté économique et à explorer de nouvelles avenues de développement.

Cette décision s’inscrit dans une dynamique plus large et complexe, observée dans plusieurs économies émergentes à travers le monde, où les autorités monétaires et financières cherchent activement à diversifier les monnaies utilisées pour les réserves et les règlements internationaux. Cette stratégie vise non seulement à réduire les coûts de change, mais également à diminuer leur dépendance au dollar américain, qui, malgré sa domination, présente des risques en raison de sa volatilité et des fluctuations économiques globales. Dans ce contexte, la Chine joue un rôle clé en encourageant cette évolution vers une utilisation accrue de sa monnaie nationale, le yuan. Récemment, la banque centrale chinoise a franchi une étape significative en autorisant de nouveaux mécanismes de compensation en yuan en Afrique, une initiative qui pourrait considérablement faciliter les règlements directs dans cette monnaie, ouvrant ainsi la voie à une plus grande intégration économique entre la Chine et les pays africains.

Cependant, il est important de noter que le dollar demeure, de loin, la principale monnaie de réserve et d’échange à l’échelle mondiale, consolidant sa position malgré les efforts de diversification. La question qui se pose désormais est de savoir combien de banques angolaises, en particulier, adopteront effectivement cette nouvelle possibilité de règlement en yuan.

 Notons que ce questionnement est d’autant plus pertinent dans un pays dont les réserves de change atteignaient 15,8 milliards de dollars en avril, soulignant l’importance de la gestion des réserves pour la stabilité économique. La Banque Nationale d’Angola (BNA) n’a pas encore précisé le calendrier de mise en œuvre de cette mesure, laissant planer un certain flou sur la manière dont cette initiative sera intégrée dans le paysage financier angolais. La suite des événements sera donc à suivre de près, car elle pourrait avoir des implications significatives sur la dynamique économique et monétaire de la région.

Abdoulaye KONE 

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