(CROISSANCE AFRIQUE)-Le Groupe Bank of Africa (BOA) a organisé, le jeudi 16 avril 2026, un événement marquant à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, pour célébrer la dixième édition de la présentation des résultats financiers de ses six filiales cotées à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM).
Ainsi, ces filiales, représentant des pays clés de la région tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso, le Mali, le Bénin et le Niger, ont toutes été majoritairement détenues par BOA West Africa, la holding qui supervise les activités bancaires dans la zone de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Lors de cette présentation, il a été révélé que ces entités ont généré un bénéfice net cumulé de 108,3 milliards FCFA au 31 décembre 2025, marquant une légère progression de 0,1 % par rapport à l’année précédente. Bien que ce chiffre puisse sembler stable, il cache en réalité des trajectoires financières très contrastées entre les différentes filiales, chacune ayant ses propres défis et opportunités dans un environnement économique en constante évolution.
La présentation des résultats de l’exercice 2025 a été conduite par Laura Tran Duc Minh, la directrice des Participations du Groupe BOA, qui a captivé l’audience avec son analyse approfondie. En guise d’introduction, elle a souligné que l’année écoulée a été marquée par la résilience des économies dans lesquelles le groupe est implanté, avec une croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) estimée entre 6,5 % et 7,5 %. De plus, elle a noté que l’inflation, qui avait pesé sur les économies locales, a connu un net recul, atteignant un niveau moyen de 1 %, ce qui a permis de créer un climat plus favorable pour les affaires et les investissements. Cette dynamique économique, bien que positive dans l’ensemble, a également mis en lumière les disparités entre les performances des différentes filiales, incitant à une réflexion approfondie sur les stratégies à adopter pour maximiser la rentabilité et la croissance dans les années à venir.
Au plan des dividendes, cinq des six filiales vont distribuer un dividende cumulé de 99 milliards FCFA, en hausse de 12,5 %, avec un rendement moyen de 10 %, nettement supérieur à la moyenne du marché estimée à 7,6 %. BOA Niger, seule exception, ne versera pas de dividende au titre de l’exercice 2025, après un effondrement de son résultat net. En termes de rendement du dividende, BOA Burkina se positionne en tête avec 12,1 %, devant BOA Bénin (10,5 %), BOA Sénégal (9,5 %), BOA Côte d’Ivoire (9,4 %) et BOA Mali (8,2 %).
Le groupe amorce par ailleurs un nouveau plan triennal articulé autour de trois axes : la montée en puissance du financement des PME, dont la part doit passer de 12,2 % à 16,1 % au niveau du groupe, le renforcement de l’intégration technologique via les fintechs, et le développement du trade finance. Avec un résultat net de 35,54 milliards FCFA, en hausse de 10,9 %, BOA Côte d’Ivoire s’impose comme la première contributrice au bénéfice consolidé du groupe. Le produit net bancaire (PNB) progresse de 1,1 % à 73,55 milliards FCFA, tandis que le total bilan atteint 1 103,31 milliards FCFA, en augmentation de 2,6 %. Les fonds propres croissent, pour leur part, de 13 % à 127,34 milliards FCFA. La filiale ivoirienne affiche les meilleurs ratios de rentabilité du groupe, avec un ROE de 29,9 % et un ROA de 3,3 %.
BOA -Sénégal et au Bénin : progression dans le classement
En 2025, une dynamique remarquable s’est installée au sein des institutions financières de la région, avec BOA Sénégal et BOA Bénin qui ont chacune réussi à gravir des échelons significatifs dans le classement basé sur leur résultat net. D’abord, BOA Sénégal a enregistré un résultat net impressionnant de 21,9 milliards FCFA, marquant une progression notable de 9,6 % par rapport à l’année précédente. Cette performance lui a permis de s’adjuger la deuxième place du classement, une position qui était occupée en 2024 par BOA Burkina. Ce bond en avant témoigne non seulement de la solidité de sa gestion financière, mais aussi de sa capacité à s’adapter aux défis du marché.
En parallèle, le Produit Net Bancaire (PNB) de BOA Sénégal a atteint 51,93 milliards FCFA, enregistrant une hausse de 4,6 %. Ce chiffre, couplé à un total bilan de 836,16 milliards FCFA, en progression de 6,8 %, ainsi qu’à des fonds propres s’élevant à 96,53 milliards FCFA, en augmentation de 8,9 %, illustre la robustesse de sa structure financière. Avec un Retour sur Capitaux Propres (ROE) de 23,7 % et un Retour sur Actifs (ROA) de 2,7 %, la filiale sénégalaise se positionne comme l’une des meilleures en termes de rendement et de rentabilité parmi les six banques de la région.
De son côté, BOA Bénin a également connu une évolution positive, passant de la quatrième place en 2024 à la troisième en 2025, avec un résultat net de 20,11 milliards FCFA, en hausse de 2,3 %. Cette progression est le reflet d’une stratégie efficace et d’une gestion rigoureuse. Son PNB a connu une amélioration significative de 10,2 %, atteignant 51,27 milliards FCFA. Le total bilan de BOA Bénin s’approche désormais du seuil symbolique de 1 000 milliards FCFA, s’établissant à 964,66 milliards FCFA, ce qui représente une augmentation de 2,6 %. Par ailleurs, les fonds propres de la banque se maintiennent à un niveau respectable de 117,51 milliards FCFA, affichant une légère progression de 0,1 % par rapport à l’année précédente. Ces résultats témoignent d’une résilience et d’une capacité d’adaptation face aux fluctuations économiques, consolidant ainsi la position de BOA Bénin sur le marché bancaire régional.
BOA Burkina : résultat en recul, mais stabilisation amorcée
BOA Burkina, qui se positionne comme la troisième banque en termes de dépôts et la deuxième en matière de crédits sur le marché burkinabé, a récemment annoncé la clôture de son exercice avec un résultat net de 19,25 milliards FCFA, marquant ainsi une diminution significative de 14,1 % par rapport à l’année précédente. Cette baisse de performance entraîne la perte de son statut de deuxième filiale du groupe en termes de rentabilité, une situation qui soulève des questions sur les défis auxquels l’institution fait face dans un environnement économique en constante évolution.
Malgré cette contraction du résultat net, le produit net bancaire (PNB) a connu une légère progression de 0,6 %, atteignant 57,82 milliards FCFA. De plus, le total du bilan a enregistré une hausse de 6,5 %, s’élevant à 1 148,67 milliards FCFA, tandis que les fonds propres ont connu un léger recul de 2,1 %, se chiffrant à 126,52 milliards FCFA. Ces chiffres révèlent une dynamique contrastée au sein de l’établissement, avec un retour sur fonds propres (ROE) de 15,1 % et un retour sur actifs (ROA) de 1,7 %, indiquant une nécessité d’optimiser la rentabilité dans un contexte de hausse des coûts.
En commentant ces résultats, le directeur général, Farid Bouri, a qualifié l’année 2025 d’année de stabilisation, faisant référence à la nécessité de redresser la barre après un exercice 2024 particulièrement difficile. Il a souligné que le recul du résultat net est principalement dû à une augmentation conjoncturelle du coût du risque, qui a presque doublé au cours de l’exercice. Dans cette optique, il a affirmé que l’année 2026 doit être marquée par un retour à la dynamique de croissance, en alignement avec les principales orientations stratégiques du groupe, notamment en visant le développement des petites et moyennes entreprises (PME). Cette vision stratégique souligne l’importance d’adapter les services bancaires aux besoins spécifiques de ce segment crucial pour l’économie nationale.
BOA Mali tire, BOA Niger décroche
Les résultats de l’exercice 2025 des deux banques montrent une dynamique contrastée : BOA Mali affiche la plus forte croissance du groupe, tandis que BOA Niger s’enlise. En effet, le résultat net de BOA Mali s’est établi à 11,1 milliards FCFA, en hausse de 21,5 %. Le PNB ressort à 37,99 milliards FCFA (+5,1 %), le total bilan à 593,46 milliards FCFA (+9,6 %) et les fonds propres à 49,82 milliards FCFA (+7,8 %). Avec un ROE de 23,1 % et un ROA de 2 %, la filiale malienne présente des indicateurs solides. À l’inverse, BOA Niger clôture l’exercice sur un résultat net de 409 millions FCFA, contre 5 milliards un an plus tôt, soit un effondrement de 91,8 %. Le PNB recule de 1,2 % à 21,13 milliards FCFA, le total bilan se contracte de 9,5 % à 291,75 milliards FCFA, et les fonds propres s’érodent de 14,4 % à 36,1 milliards FCFA.
Notons que le ROE de la banque ressort à 1 % pour un ROA de 0,1 %. Malgré cette performance en berne, la banque demeure la troisième du pays en termes de crédits et de dépôts. Le directeur général Mactar Diack a situé ces résultats dans un contexte de tensions macroéconomiques et de dégradation de certains indicateurs du secteur bancaire nigérien. Il a néanmoins insisté sur la nécessité d’anticiper les risques par le provisionnement, un choix pénalisant à court terme mais structurant pour la solidité de l’établissement.
« Face à cette situation, il faut que nous prenions nos responsabilités », a-t-il indiqué, appelant à la prudence, à la vigilance et à la discipline. Le directeur général adjoint de BOA Group, Othmane Alaoui, a par ailleurs précisé que la banque a fait l’objet d’un redressement fiscal de 2,6 milliards FCFA, intégralement provisionné et payé, en plus du provisionnement volontaire de créances problématiques. Malgré ce tableau difficile, les ratios de liquidité et de solvabilité de BOA Niger restent conformes aux exigences réglementaires.
Korotoumou Sylla

