Dossier/Mobile Money et l’expansion de l’inclusion financière  : un continent largement sous-bancarisé face aux défis de l’innovation financière en Afrique

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(CROISSANCE AFRIQUE)- Au cours des vingt dernières années, le Mobile Money africain, un service révolutionnaire et transformateur, a connu une croissance rapide et impressionnante. Porté par l’innovation des opérateurs télécoms qui ont su s’adapter aux besoins spécifiques d’un continent encore largement sous-bancarisé, ce service est devenu incontournable pour de nombreux usages, aussi bien domestiques, tels que le paiement de factures ou l’envoi d’argent à la famille, que professionnels, incluant le paiement de salaires ou le règlement de factures fournisseurs.

 Avec un potentiel encore loin d’être pleinement exploité et exploré, le Mobile Money attire désormais l’intérêt croissant et stratégique de nouveaux acteurs financiers mondiaux, tels que les banques et les entreprises de technologie financière, bien décidés à capter une part de cette dynamique économique en plein essor. 

L’Afrique est aujourd’hui véritablement le laboratoire mondial du Mobile Money, une plateforme d’innovation sans égale. Avec plus d’un milliard de comptes enregistrés en 2024, le continent concentre plus de 70 % des transactions mondiales de monnaie mobile, représentant un volume colossal de 1 100 milliards de dollars, selon l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA). Cette vitalité témoigne d’une adoption massive et d’un changement des habitudes financières des populations, et suscite l’intérêt de nombreux géants financiers internationaux, tels que MasterCard, Visa, et PayPal, ainsi que de grands fonds d’investissement désireux d’investir dans cette révolution technologique et financière. Le Mobile Money en Afrique n’est pas seulement une success story régionale, mais également un exemple mondial de l’impact de la technologie dans l’inclusion financière et la transformation économique.

Pourquoi un tel engouement se manifeste-t-il si fortement chez ces acteurs ? Ces entreprises et institutions s’efforcent de tirer parti d’un marché non seulement en pleine expansion, mais également riche en potentialités inexploitées. Leur objectif principal est de se positionner comme des leaders incontestés de l’inclusion financière dans des régions dépourvues de services bancaires traditionnels. Ils veulent exploiter les opportunités florissantes qui émergent du commerce électronique, surtout avec la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Dans cette optique, ils cherchent à renforcer leur assise économique et à multiplier leur présence pour rester compétitifs face à une concurrence mondiale de plus en plus féroce.

La première raison de cet engouement croissant est directement liée à la taille impressionnante et au dynamisme effervescent du marché cible. En 2024, par exemple, les chiffres montrent que le volume des transactions via Mobile Money a progressé de manière spectaculaire, avec une augmentation de 22 % en termes de volume et de 15 % en termes de valeur. Cette adoption massive et rapide est particulièrement visible dans des pays emblématiques comme le Kenya, le Ghana ou la Côte d’Ivoire, qui illustrent parfaitement cette transformation digitale. Dans ces pays, une partie significative de la population utilise maintenant régulièrement son téléphone mobile non seulement pour envoyer et recevoir de l’argent, mais aussi pour stocker des fonds en toute sécurité, marquant ainsi un tournant majeur dans la manière dont les transactions financières sont effectuées au quotidien.

Au Kenya, le nombre d’abonnements au service de Mobile Money a enregistré une progression significative de 7,3 % au 31 mars 2025, portant le total à 45,4 millions d’utilisateurs. Cette augmentation impressionnante reflète un taux de pénétration qui atteint désormais 86,6 % dans la population. Pendant ce temps, au Ghana, le nombre de comptes Mobile Money enregistrés a connu une croissance notable, passant à 74,1 millions au début de l’année 2025, contre 66,9 millions à la même période en 2024, démontrant clairement une popularité croissante pour ces services financiers numériques. En Côte d’Ivoire, également, une adoption massive est observée avec 27,7 millions de comptes actifs déjà recensés au 31 mars 2025. Cette dynamique témoigne de l’importance croissante du Mobile Money sur le continent africain.

Dans ce contexte de forte adoption des services financiers mobiles, MasterCard a saisi l’opportunité en multipliant ses partenariats stratégiques à travers le continent africain dès 2019. La société a notamment investi dans les divisions fintech d’Airtel Africa et du MTN Group. Son ambition est claire : s’implanter durablement dans un écosystème où les cartes bancaires traditionnelles peinent à convaincre en termes d’usage et de confiance. Selon le rapport exhaustif « Digital Banking in Sub-Saharan Africa » réalisé par BPC en collaboration avec Fincog, il était révélé qu’en 2021, pas moins de 57 % des Africains ne possédaient aucun compte bancaire traditionnel. Dans certains pays tels que le Nigeria, l’Éthiopie, la Tanzanie ou encore la République démocratique du Congo, le taux de bancarisation restait relativement faible, oscillant entre 25 % et 47 %. Cette situation souligne l’immense potentiel des services bancaires mobiles pour combler le vide laissé par le manque d’accès aux services financiers classiques.

En 2024, le continent africain a été témoin d’une expansion considérable du secteur des technologies financières, avec déjà 178 services de Mobile Money opérationnels qui ont desservi près de 280 millions de comptes actifs chaque mois, représentant une part significative de la population engagée dans des transactions numériques. Cette dynamique croissante a attiré des géants des transactions financières tels que MasterCard et Visa, chacun cherchant à renforcer sa présence sur ce marché prometteur. Visa a pris une initiative notable en 2022 en signant un accord stratégique avec Safaricom pour faciliter l’exécution de transactions internationales via le célèbre service M-Pesa. La tendance s’est poursuivie et intensifiée en 2024 avec une multiplication rapide des partenariats stratégiques. MasterCard, dans sa quête d’engagement accru, a signé des accords significatifs avec des entités influentes telles que MTN Group, Safaricom, et Orange Middle East and Africa (OMEA). Simultanément, l’innovation dans le secteur bancaire numérique n’a cessé de progresser. Par exemple, JUMO, une plateforme de services bancaires en ligne reconnue, a collaboré avec MTN Group pour lancer Qwikloan, une facilité de prêt à court terme spécialement conçue pour répondre aux besoins du marché sud-africain en pleine évolution. Ces développements indiquent une transformation numérique profonde en Afrique, ouvrant la voie à des opportunités économiques accrues et à une inclusion financière renforcée pour des millions d’utilisateurs sur tout le continent.

En Éthiopie, la société M-PESA de Safaricom a forgé une alliance stratégique avec la plateforme de transfert d’argent Dahabshiil, dans le but explicite de permettre aux membres de la vaste diaspora éthiopienne d’envoyer des fonds rapidement et en toute sécurité directement sur des comptes mobiles, facilitant ainsi l’accès aux services financiers essentiels. Parallèlement, au Kenya, a été établie la plateforme mondiale innovante TerraPay qui a pris l’initiative audacieuse de créer un Conseil d’interopérabilité des portefeuilles mobiles. Cette instance réunit certaines des entreprises les plus influentes et dynamiques du secteur, à savoir Airtel, bKash, MPESA, Nequi et Sama Money, dans un effort conjoint pour harmoniser les opérations transfrontalières et améliorer la connectivité mobile en Afrique.

Sama Money, une autre Fintech qui révolutionne le secteur de l’inclusion financière

Originaire du Mali, Daouda Coulibaly est un entrepreneur malien visionnaire qui a su se faire une place notable dans les domaines de l’innovation technologique et de la finance digitale. Grâce à ses efforts incessants et sa passion pour l’innovation, il a créé et occupe le poste de président-directeur général de l’entreprise Sama Money. Cette société, qui est un acteur clé dans le secteur du transfert de fonds et du paiement mobile, incarne parfaitement son idée de révolutionner la manière dont les transactions financières sont effectuées en Afrique.

En 2018, Sama Money a vu le jour avec un objectif ambitieux : promouvoir l’inclusion financière sur le continent africain, une région où l’accès aux services bancaires reste souvent limité. L’entreprise fournit aux particuliers, aux petites et grandes entreprises, ainsi qu’aux services publics, une offre complète de solutions de paiement digital. Sa gamme de services inclut, entre autres, des transferts d’argent rapides et sécurisés, la possibilité de retirer de l’argent facilement, un système simplifié de règlement de factures d’eau et d’électricité, et même des moyens de recharger les crédits téléphoniques. De plus, elle propose le règlement de polices d’assurance, un service essentiel qui assure aux utilisateurs une tranquillité d’esprit dans leurs transactions quotidiennes.

« Cette Fintech, riche de son identité pleinement malienne, propose une solution de paiements et de transferts d’argent innovante, et surtout, remarquablement adaptée aux besoins diversifiés des populations locales. Grâce à notre offre qui réunit divers opérateurs et une variété de canaux d’accès, nous nous assurons que nos services demeurent accessibles à l’ensemble des personnes, sans distinction », explique Daouda Coulibaly avec conviction à  certains médias d’Afrique francophone. Les services offerts par Sama Money ne se limitent pas seulement au territoire malien, mais s’étendent également aux populations du Burundi et de la Côte d’Ivoire, disponibles à travers une interface web, une application mobile optimisée, l’utilisation pratique de WhatsApp, ainsi qu’un code USSD, pour garantir ubiquité et facilité.

En dehors des engagements avec Sama Money, Daouda Coulibaly incarne le rôle de président de l’Association Mali Fintech. Cette organisation prend à cœur la promotion active de l’inclusion financière au Mali, visant particulièrement celles et ceux qui se trouvent en marge du système financier conventionnel. De plus, sa vision entrepreneuriale l’a conduit, dès 2008, à la création de Malijet.com, un site d’information destiné à enrichir le panorama médiatique. Il est également à l’origine de Trainis, un centre de formation professionnelle qu’il a dirigé avec compétence et dévouement jusqu’en mai 2024, illustrant ainsi son engagement envers le développement personnel et professionnel de nombreuses personnes. A suivre ci-dessous. Qui est Daouda Coulibaly ?

Un levier déterminant pour l’inclusion financière

L’un des principaux arguments mis en avant par les investisseurs et les entreprises dans ce secteur est sans aucun doute l’impact positif sur l’inclusion financière. En octobre 2024, et à l’occasion d’un partenariat de grande envergure avec l’organisation régionale OMEA, Amnah Ajmal, qui exerce en tant que vice-présidente exécutive de MasterCard pour l’Europe de l’Est, le Moyen-Orient et l’Afrique, exprimait clairement cette vision : « MasterCard s’engage de manière résolue à favoriser l’inclusion financière grâce à des technologies de pointe et innovantes pour créer un impact concret et mesurable à grande échelle. Notre collaboration avec Orange Money constitue une étape essentielle et stratégique pour débloquer et exploiter pleinement le potentiel énorme des services financiers numériques en Afrique, afin d’intégrer des millions de personnes non bancarisées jusqu’ici dans l’économie mondiale. ».

En mars 2021, lors de l’acquisition significative de 7,55 % du capital d’Airtel Money par l’entreprise d’investissement TPG pour un montant impressionnant de 200 millions de dollars, Yemi Lalude, associé en charge des investissements en Afrique pour The Rise Fund, soulignait avec emphase un point essentiel : « L’inclusion financière est un enjeu mondial, particulièrement aigu en Afrique. Airtel Money a bâti une plateforme unique qui comble le fossé entre les institutions traditionnelles et les millions d’Africains non bancarisés dans les 14 pays où Airtel est présent. ». Cette déclaration met en lumière l’importance capitale de trouver des solutions pour intégrer financièrement des populations souvent exclues du système bancaire classique. Pour ces acteurs économiques visionnaires, l’intégration du Mobile Money sur le continent africain offre de multiples avantages. Elle permet notamment de réduire les coûts des transferts d’argent, d’accroître la transparence des transactions financières, et d’ouvrir de nouveaux marchés encore inaccessibles au système bancaire classique, élargissant ainsi les opportunités économiques pour des millions de personnes.

Encadré sur le profil d’un acteur majeur de l’inclusion financière en Afrique : c’est un Malien originaire du sud du Mali

Daouda Coulibaly, fort de son parcours académique remarquable, est diplômé de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, une institution prestigieuse reconnue pour la qualité de son enseignement en sciences humaines et sociales. En 2005, il y a obtenu un master en aménagement du territoire, une discipline qui aborde des questions clés concernant l’organisation spatiale, le développement durable, et la planification urbaine au sein des collectivités. Son intérêt pour les problématiques de gestion et de développement l’a également conduit à poursuivre ses études en administration des affaires. Ainsi, il détient un master de l’IAE France, un réseau fédérant 38 écoles universitaires de management en France, qu’il a achevé en 2009. Ce cursus lui a permis d’acquérir des compétences solides et diversifiées, en management et stratégie d’entreprise, préparant ainsi Daouda à relever des défis professionnels dans des environnements en constante évolution.

Le boom du commerce numérique constitue un autre moteur considérable de la croissance économique dans la région. En effet, cette transformation numérique influence de nombreux secteurs, modifiant les habitudes de consommation et facilitant l’accès à une plus grande variété de produits et services. Selon la fintech lituanienne Nikulipe, qui est spécialisée dans les paiements transfrontaliers, le marché africain de l’e-commerce devrait passer d’une valeur de 30,71 milliards de dollars américains en 2024 à une projection ambitieuse de 45,72 milliards en 2028, soit une hausse de près… Cette prédiction reflète le potentiel énorme de développement du commerce en ligne en Afrique, qui pourrait contribuer significativement à la création d’emplois et à l’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs sur le continent.

Avec l’avènement de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) et la transformation numérique qui s’étend de jour en jour, les transactions commerciales effectuées en ligne devraient naturellement se multiplier de manière exponentielle. Dans ce contexte, le Mobile Money, qui s’est imposé comme un outil financier incontournable, est idéalement positionné pour jouer un rôle central et prépondérant. En juillet 2020, durant une allocution marquante, Wamkele Mene, alors Secrétaire général du secrétariat de la Zlecaf, faisait cette observation perspicace : « Le commerce numérique en Afrique trouve sa possibilité et son souffle dans la pénétration massive des téléphones mobiles. Il s’agit de mettre à profit ces innovations technologiques considérables et les divers avantages qu’ils offrent pour édifier une plateforme commune de libre-échange vers une prospérité partagée. ». Par ailleurs, le Mobile Money a désormais acquis une importance stratégique. Il est devenu un véritable enjeu dans la compétition féroce entre les géants de l’industrie du paiement électronique, tels que Visa, MasterCard, et TerraPay, pour n’en citer que quelques-uns. Ces entreprises multiplient les collaborations stratégiques et les innovations révolutionnaires, cherchant à conquérir les marchés africains, considérés de plus en plus comme l’un des principaux relais de croissance et de développement économique futur pour les décennies à venir.

D’après les données fournies par la GSMA, en 2024, les utilisateurs mondiaux du Mobile Money, une technologie permettant d’effectuer des transactions financières via des téléphones portables, ont totalisé plus de 100 milliards de dollars en paiements marchands. Cela représente une augmentation impressionnante de 21 % par rapport à l’année précédente, 2023, illustrant la croissance rapide et l’adoption accrue de ce mode de paiement. En effet, l’Afrique subsaharienne se démarque particulièrement en représentant à elle seule deux tiers de ces paiements, démontrant ainsi son importance croissante sur la scène du Mobile Money. Dans cette dynamique, établir des partenariats stratégiques avec les leaders africains de ce domaine devient essentiel pour verrouiller des parts de marché significatives. 

Notons que l’Afrique, qui était autrefois en marge des traditionnels systèmes bancaires globaux, se positionne désormais en tant que centre névralgique de l’innovation financière mondiale, attirant l’attention du monde entier vers ses avancées technologiques dans le domaine des services financiers numériques.

Daouda Bakary KONE/Kadidia Doumbia/Mariam KONE 

croissanceafrik
croissanceafrikhttp://croissanceafrique.com
Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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