Interview exclusive avec Seydou Coulibaly, DG Adjoint d’AFG Bank Mali: « le financement des investissements et des équipements » comme actions majeures

Date:

(CROISSANCE AFRIQUE)-Lancé le 27 octobre 2025 avec une enveloppe de 100 milliards FCFA, le Local Content Champion Program (LCCP) d’AFG Bank Mali vise à faire émerger des champions maliens de la sous-traitance minière. Un an plus tard, son Directeur Général Adjoint dresse le bilan : 21 milliards FCFA décaissés, 30 entreprises sous le programme, et une ambition intacte pour 2027.

Il y a un an, AFG Bank Mali lançait le LCCP. Pourquoi ce programme, et pourquoi le secteur minier ?

Seydou Coulibaly : Le LCCP est parti d’un constat simple : le développement du contenu local ne peut pas reposer uniquement sur l’attribution de marchés aux entreprises nationales. Il faut également leur donner les moyens financiers et techniques d’exécuter ces marchés, d’investir dans les équipements nécessaires et de renforcer progressivement leurs capacités.

Le secteur minier s’est naturellement imposé compte tenu de son poids dans l’économie malienne, mais aussi de l’importance des besoins de sous-traitance et de fourniture tout au long de sa chaîne de valeur. Notre ambition est donc de contribuer à faire émerger des entreprises locales capables de répondre durablement aux standards des sociétés minières et de grandir avec elles. 

Quel bilan tirez-vous de cette première année, et combien a été mobilisé sur les 100 milliards FCFA annoncés ?

Seydou Coulibaly : Cette première année a permis de transformer une ambition en un portefeuille concret de projets, avec une trentaine d’entreprises identifiées, des premiers financements effectivement mis en place et un pipeline significatif à convertir au cours de la deuxième année.

Le reporting fait ressortir 21,055 milliards FCFA de crédits décaissés, sur un pipeline global de 49,347 milliards FCFA. Le programme dispose donc déjà d’un portefeuille important de financements mis en place ou en cours de structuration, avec un enjeu majeur pour la deuxième année : accélérer la conversion du pipeline restant en financements effectifs. 

Combien d’entreprises sont accompagnées et quels champions émergent ?

Seydou Coulibaly : Le pipeline du programme couvre actuellement 30 entreprises. Parmi elles, 19 disposent d’au moins un dossier validé et 15 ont déjà bénéficié d’un financement mis en place.

SENO MINING constitue un exemple intéressant de la philosophie du programme. Il s’agit d’une entreprise évoluant dans les prestations minières et les travaux publics, notamment le forage et les activités liées aux sites miniers. Dans le cadre du LCCP, un financement d’équipements a été mis en place en sa faveur. C’est précisément le type d’accompagnement recherché : permettre à une entreprise disposant déjà d’un savoir-faire opérationnel de renforcer ses moyens de production et sa capacité à répondre à des marchés plus importants.

D’autres entreprises telles que CORICA Mining, CCB Mining ou Drill Corp Sahara illustrent également le vivier d’acteurs locaux que le programme cherche à accompagner dans leur changement d’échelle.

La notion de champion doit toutefois s’apprécier dans la durée : au-delà de l’accès au financement, il s’agit pour ces entreprises de renforcer leurs capacités opérationnelles, d’exécuter des contrats de plus grande envergure et de devenir des partenaires durables des sociétés minières. 

Vous visiez 2 000 emplois d’ici 2027 : où en êtes-vous ?

Seydou Coulibaly : L’objectif de 2 000 emplois directs à horizon 2027 reste notre cap. Pour mesurer cet objectif, nous suivons l’évolution des effectifs directs des entreprises accompagnées depuis leur entrée dans le programme. Il ne s’agit donc pas uniquement de regarder les recrutements directement rattachés à une opération de crédit donnée, mais plus largement de mesurer la croissance des emplois au sein des entreprises que le LCCP accompagne dans leur changement d’échelle.

Les premiers éléments montrent déjà une dynamique réelle de recrutement. À titre d’illustration, un acteur clé du mining a lancé en 2026 trois importantes campagnes représentant au total 122 postes à pourvoir : 52 postes sur le site de Goulamina en mars, 23 postes sur le site de Baboto – Loulo-Gounkoto en mars, puis 47 nouveaux postes à Goulamina en juin.

Un autre acteur du sous-secteur énergie, également accompagné dans le cadre du programme pour son projet énergétique de Sadiola, a de son côté lancé une campagne portant sur 6 postes, notamment dans les métiers de l’exploitation, de la maintenance, de la planification, du HSE et de l’administration.  

Quelles zones minières et quels métiers sont couverts aujourd’hui ?

Seydou Coulibaly : Le programme couvre aujourd’hui les principales zones d’activité minière du pays, avec des entreprises intervenant notamment sur les sites et écosystèmes de Sadiola, Kobada, Fekola, Syama, Nampala ainsi que Loulo-Gounkoto.

Les métiers couverts sont également diversifiés : travaux miniers et BTP, forage, fourniture et maintenance d’équipements, énergie, transport et logistique, ainsi que différents métiers de sous-traitance industrielle. 

Le programme promettait d’aller au-delà du crédit classique. Quels instruments ont le plus servi, et qu’est-ce que cela change pour un sous-traitant qui attend d’être payé par une mine ?

Seydou Coulibaly : Au cours de cette première année, les besoins effectivement financés ont principalement concerné deux catégories : le financement des investissements et équipements, d’une part, et le financement du besoin en fonds de roulement au travers d’avances sur factures, marchés ou bons de commande, d’autre part.

Cette répartition reflète directement les besoins des sous-traitants miniers. Lorsqu’une entreprise décroche un marché, elle doit souvent investir immédiatement dans des équipements ou engager des dépenses importantes avant de recevoir les premiers paiements du donneur d’ordre.

Nos solutions lui permettent de ne pas attendre plusieurs semaines ou plusieurs mois avant de disposer de la trésorerie nécessaire à son activité. À partir d’une créance ou d’un contrat éligible, la Banque peut apporter un financement permettant à l’entreprise de payer ses salariés, acheter du carburant ou des pièces, mobiliser ses équipements et continuer à exécuter son marché.

Au-delà de l’argent, comment avez-vous renforcé les capacités des entreprises ?

Seydou Coulibaly : L’accompagnement ne s’est pas limité au financement. Pour certains dossiers, nous avons notamment orienté les entreprises vers des cabinets spécialisés afin de les aider à mieux structurer leurs besoins et à préparer les différents livrables attendus par la Banque.

Cette démarche permet également aux entreprises d’améliorer progressivement la qualité de leur information financière, leur planification et, plus largement, leur capacité à présenter des projets bancables.

Quels ont été les principaux obstacles cette année, et qu’allez-vous ajuster ?

Seydou Coulibaly : La première difficulté concerne la structuration et la bancabilité de certains dossiers. Une entreprise peut disposer d’une réelle expertise technique et d’un bon contrat sans nécessairement disposer encore de toute l’organisation financière, juridique ou documentaire attendue pour mobiliser rapidement un financement bancaire.

Nous avons également rencontré des problématiques liées à la formalisation des garanties, à la disponibilité de certaines informations financières et au décalage entre le calendrier très court de mobilisation demandé par les entreprises et les étapes nécessaires à la structuration du financement.

Le premier enseignement est qu’il faut intervenir plus tôt dans le parcours de l’entreprise. Nous souhaitons donc renforcer le pré-accompagnement des entreprises, les aider à structurer leurs dossiers en amont, améliorer la coordination entre les équipes de la Banque et accélérer le traitement des dossiers présentant un modèle économique et des contrats suffisamment solides.

Nous devons également renforcer le suivi des indicateurs d’impact afin de mesurer de manière plus précise les effets du programme sur les entreprises financées.

Comment travaillez-vous avec les sociétés minières et l’État sur le contenu local ?

Seydou Coulibaly : Le succès du contenu local repose nécessairement sur une approche collective. Les sociétés minières ont un rôle déterminant parce qu’elles créent la demande, attribuent les marchés et connaissent précisément les standards techniques attendus de leurs fournisseurs. La Banque apporte la structuration financière permettant aux entreprises locales de répondre à cette demande. L’État, pour sa part, fixe le cadre et les orientations en matière de contenu local.

Notre rôle est donc de contribuer à créer un lien entre ces trois acteurs : les donneurs d’ordre miniers, les entreprises locales et les mécanismes de financement. 

Quelles sont les priorités pour la deuxième année, et les objectifs de 2027 restent-ils atteignables ?

Seydou Coulibaly : La priorité sera d’abord d’accélérer la transformation du pipeline existant en financements effectifs. Nous voulons également élargir le nombre d’entreprises accompagnées, renforcer les solutions de financement du besoin en fonds de roulement et des investissements, approfondir l’accompagnement technique des entreprises et développer davantage de synergies avec les sociétés minières.

Enfin, nous souhaitons renforcer la mesure de l’impact afin de pouvoir suivre non seulement les financements accordés, mais également les contrats exécutés, les emplois, les investissements et la croissance des entreprises bénéficiaires.

Les objectifs de 2027 restent notre cap. La première année a principalement permis de mettre en place le dispositif, d’identifier les entreprises et de constituer le pipeline. La deuxième année doit maintenant être celle de l’accélération. Il serait toutefois prématuré de revoir les objectifs à la hausse avant d’avoir consolidé les résultats, notamment en matière d’emplois, et observé le rythme de transformation du pipeline actuel en financements effectifs. 

Le modèle peut-il s’étendre à d’autres secteurs ou à d’autres pays du groupe AFG ?

Seydou Coulibaly : La logique du programme est tout à fait réplicable : identifier des entreprises locales à fort potentiel, comprendre les contraintes spécifiques de leur chaîne de valeur, structurer des financements adaptés et accompagner leur montée en capacité.

Cette approche pourrait donc être adaptée à d’autres secteurs. En ce qui concerne le groupe AFG, nos filiales de Madagascar et de la cote d’Ivoire s’apprêtent à lancer leur LCCP avant la fin du premier trimestre 2027. 

Quel message adressez-vous aux entrepreneurs maliens qui veulent rejoindre le programme ?

Seydou Coulibaly : Notre message est simple : venez avec un projet réel, un marché identifiable, une idée claire de votre besoin et la volonté de structurer votre entreprise.

Le LCCP ne consiste pas uniquement à mettre du financement à disposition. Notre ambition est d’accompagner des entreprises capables de transformer ce financement en capacités nouvelles, en contrats exécutés, en emplois et en croissance durable.  

images copy copy copy copy copy

Source: AFG Bank

croissanceafrik
croissanceafrikhttp://croissanceafrique.com
Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager:

Populaires

Lire aussi
RELATIFS

Au nigeria, BioVana et le NICRAT lancent le Réseau national des biobanques du cancer

(CROISSANCE AFRIQUE)-Déployé dans huit hôpitaux fédéraux couvrant les six...

Côte d’Ivoire : le marché des véhicules neufs enregistre une forte hausse au premier semestre 2026

(CROISSANCE AFRIQUE)-Le marché automobile ivoirien continue de connaître un...