(CROISSANCE AFRIQUE)- En République Démocratique du Congo, la Société commerciale La Minière de Kisenge Manganèse (SCMK-Mn), entièrement détenue par l’État congolais, s’engage dans une initiative ambitieuse visant à transformer localement le manganèse en dioxyde de manganèse électrolytique (MnO₂).
Ce composé chimique, essentiel dans le domaine des technologies modernes, trouve des applications variées dans la fabrication de piles et de batteries, notamment celles utilisées dans les appareils électroniques portables et les véhicules électriques.
Pour réaliser cette vision, la SCMK-Mn est à la recherche d’un partenaire privé capable de contribuer au développement d’une unité industrielle à Kisenge, une localité située dans la province du Lualaba, réputée pour ses ressources minérales. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP), comme l’indique le portefeuille de projets publié en juillet par l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANAPI).
L’option du PPP est motivée par la nécessité de combiner les forces et les compétences des secteurs public et privé. En effet, ce modèle de collaboration vise à tirer parti de l’agilité et de l’expertise technologique que peut offrir un partenaire privé, jugées indispensables pour assurer le succès d’un projet industriel d’une telle envergure. Le document souligne que cette synergie entre les deux secteurs est cruciale pour surmonter les défis liés à la mise en place d’une infrastructure industrielle moderne, capable de répondre aux exigences du marché tout en favorisant le développement économique local. Ainsi, la SCMK-Mn se positionne non seulement comme un acteur clé dans l’exploitation des ressources minérales, mais aussi comme un catalyseur de l’innovation et de la durabilité dans le secteur minier congolais.
Le coût total du projet ambitieux est estimé à un impressionnant montant de 100 millions de dollars, une somme qui témoigne de l’envergure et de l’importance stratégique de cette initiative. Le partenariat envisagé, qui pourrait s’étendre sur une durée significative de 20 à 30 ans, souligne l’engagement à long terme que la société publique souhaite établir avec un partenaire intéressé. Dans ce cadre, la société attend non seulement une contribution financière substantielle, mais également un apport technique crucial pour le développement de l’unité industrielle. Ce projet, qui s’articule autour de plusieurs étapes clés, englobe tout le processus, de la conception initiale et de la construction de l’infrastructure jusqu’à l’exploitation quotidienne, la maintenance continue et la gestion des services associés. Cependant, il est à noter que le document en question ne précise pas si les études de faisabilité ou d’autres études techniques, qui sont essentielles pour garantir le succès du développement du projet, ont déjà été menées à bien.
Dans un contexte plus large, cette initiative arrive à un moment critique pour la société Kisenge Manganèse, qui traverse une période difficile marquée par une longue phase de faible activité. Selon des informations rapportées par plusieurs médias, la société a été contrainte de cesser sa production dans les années 1980, suite à l’interruption du chemin de fer Dilolo-Lobito, une voie de transport essentielle pour l’évacuation du manganèse produit. Cette interruption a eu des conséquences dévastatrices sur l’économie locale et a contribué à l’oubli progressif de cette ressource précieuse. La relance de ce projet pourrait donc représenter une opportunité inestimable pour revitaliser l’industrie du manganèse dans la région, en redonnant vie à des infrastructures et en créant des emplois, tout en répondant à la demande croissante sur le marché international.
Leur évacuation restait alors confrontée aux difficultés liées au transport ferroviaire, un défi majeur qui entravait la fluidité des opérations logistiques. Les infrastructures ferroviaires, souvent vieillissantes et mal entretenues, compliquaient la tâche des responsables de l’évacuation, rendant chaque mouvement de cargaison incertain et laborieux. Cependant, la reprise du trafic ferroviaire entre Dilolo et l’Angola, survenue en 2018, avait marqué un tournant significatif. Elle avait permis l’évacuation d’une partie de ces stocks vers le port de Lobito, un point névralgique pour l’exportation, offrant ainsi un répit bienvenu aux acteurs économiques de la région. Plus récemment, les données provisoires du premier trimestre 2026 font état de 2 502,27 tonnes de concentré de manganèse exportées par la société, une indication prometteuse de la reprise des activités commerciales et de l’intérêt croissant pour ce minerai précieux.
À travers la création d’une unité de transformation, le projet pourrait permettre à la société de mieux tirer profit de la demande mondiale en manganèse, notamment sur les segments liés aux piles, aux batteries et au stockage de l’énergie, des secteurs en pleine expansion à l’échelle internationale. La fiche de projet souligne d’ailleurs que l’objectif est de positionner la République Démocratique du Congo dans la chaîne de valeur mondiale des matériaux destinés aux batteries, un enjeu crucial dans le cadre de la transition énergétique. En promouvant une industrialisation plus durable, ce projet vise non seulement à renforcer l’économie locale, mais aussi à contribuer à la lutte contre le changement climatique en favorisant l’utilisation de technologies plus vertes.
Cette perspective intervient également dans un contexte de hausse du prix du concentré de manganèse, un phénomène qui attire l’attention des investisseurs et des entreprises du secteur. Selon les données de la CTCPM, le prix de la tonne de concentré de manganèse a connu une augmentation significative, reflétant la dynamique du marché mondial et la nécessité d’adapter les stratégies d’approvisionnement et de production.
Notons que cette conjoncture offre des opportunités sans précédent pour les acteurs de l’industrie, tout en soulignant l’importance d’une gestion efficace des ressources et d’une vision à long terme pour le développement durable de la région.
Moussa KONÉ

