(CROISSANCE AFRIQUE)-En Côte d’Ivoire, le gouvernement s’engage résolument dans une stratégie ambitieuse de diversification de ses sources de financement, une démarche essentielle pour soutenir son développement économique durable.
À travers une nouvelle émission de FCES Sukuk Ijara d’un montant global impressionnant de 50 milliards FCFA, l’État ivoirien fait son retour sur le marché de la finance islamique, un secteur en pleine expansion qui attire de plus en plus d’investisseurs. Cette opération est particulièrement significative car elle est adossée à un actif immobilier public stratégique, ce qui renforce la solidité et la transparence de l’opération, tout en offrant une sécurité accrue aux investisseurs.
La Côte d’Ivoire, reconnue comme un acteur clé de la finance en Afrique de l’Ouest, marque ainsi un tournant stratégique avec le lancement de cette opération de Sukuk Ijara, un instrument de finance islamique qui permet de lever des fonds tout en respectant les principes de la charia. D’un montant global de 50 milliards FCFA, cette émission s’inscrit dans une dynamique de diversification des sources de financement du pays, tout en renforçant son engagement envers des pratiques financières inclusives et éthiques. Ce choix de recourir à des instruments financiers islamiques témoigne de la volonté du gouvernement de s’aligner sur les meilleures pratiques internationales et d’attirer des capitaux étrangers.
L’opération, qui est ouverte à la souscription du 21 mai au 4 juin 2026, confirme l’intérêt croissant des États de l’UEMOA pour les instruments financiers islamiques, dans un contexte de tension accrue sur les marchés obligataires classiques et de recherche de solutions alternatives pour le financement des projets de développement.
Ce mouvement vers la finance islamique pourrait également stimuler l’innovation dans le secteur financier, en favorisant la création de nouveaux produits adaptés aux besoins des investisseurs tout en respectant les valeurs éthiques et sociales. En somme, cette initiative marque une étape importante dans l’évolution du paysage financier ivoirien et ouest-africain, avec des implications potentielles pour la stabilité économique et la croissance future de la région.Toutefois, cette fenêtre de 15 jours, bien que concise, représente un défi considérable pour une émission de 50 milliards FCFA, surtout dans un contexte où le marché régional est en pleine effervescence. En effet, la Côte d’Ivoire, qui a récemment levé 110 milliards FCFA le 5 mai 2026 sur le marché conventionnel, se trouve à un carrefour crucial.
Ce double mouvement sur le marché des obligations en l’espace de moins d’un mois soulève des questions sur la capacité d’absorption du marché UEMOA, déjà mis à l’épreuve par des émissions successives. Les investisseurs, tout en étant attirés par des rendements potentiellement intéressants, doivent naviguer dans un environnement où la concurrence pour les capitaux est intense et où les opportunités d’investissement se multiplient.
Une finance adossée à l’économie réelle
Dans ce cadre, il est essentiel de souligner la distinction entre les obligations conventionnelles, qui reposent sur un système d’intérêt, et le Sukuk Ijara, qui s’inscrit dans une approche conforme aux principes de la finance islamique. Ce dernier modèle offre une alternative innovante, où les investisseurs ne se contentent pas de prêter de l’argent à l’État, mais acquièrent plutôt des droits liés à un actif tangible qui génère des revenus. Cette structure permet de créer un lien direct entre l’investissement et l’économie réelle, renforçant ainsi la transparence et la responsabilité financière.
Dans le cas spécifique de la Côte d’Ivoire, l’actif sous-jacent à cette émission est l’usufruit de la Cité Administrative d’Abidjan Plateau, un des ensembles immobiliers publics les plus stratégiques et emblématiques du pays. Les revenus qui seront distribués aux souscripteurs proviennent directement de l’exploitation économique de cet actif, ce qui illustre parfaitement comment le Sukuk Ijara peut servir de levier pour mobiliser des ressources tout en soutenant des projets d’infrastructure essentiels. Ce modèle de financement, en ancrant les investissements dans des actifs tangibles, pourrait bien transformer la manière dont les projets sont financés en Côte d’Ivoire et dans la région UEMOA dans son ensemble.
Cette structuration permet à l’État ivoirien d’élargir sa base d’investisseurs, d’attirer les capitaux islamiques régionaux et internationaux, et de diversifier ses instruments de financement souverain, créant ainsi un environnement propice à l’investissement. En effet, la mise en place de tels mécanismes financiers témoigne d’une volonté stratégique de dynamiser l’économie nationale tout en intégrant des pratiques financières conformes aux principes de la finance islamique, qui se développe de manière significative sur le continent africain.
Une question de fond avait été soulevée lors du deuxième Sukuk ivoirien de 2016, adossé notamment à la Cité Administrative, un projet emblématique qui symbolise l’engagement de l’État envers le développement infrastructurel. Les immeubles concernés, bien que d’une importance architecturale et fonctionnelle indéniable, ne produisent pas de revenus propres, ce qui pose la question cruciale de la source réelle des loyers versés aux porteurs de Sukuk. En cas de non-paiement, ces immeubles seraient cédés au chef de file de l’opération pour vente et remboursement aux prêteurs, une situation qui pourrait engendrer des complications financières et juridiques pour l’État.
Cette remarque formulée en 2016 reste pertinente en 2026, soulignant la nécessité d’une réflexion approfondie sur la viabilité de tels instruments financiers. Le loyer versé aux porteurs de Sukuk est en réalité un loyer budgétaire, ce qui signifie que l’État se verse à lui-même un loyer via le Fonds Commun de l’Économie Sociale (FCES) et le reverse aux investisseurs. Cette dynamique soulève des interrogations sur la durabilité de ce modèle, car la solidité de l’opération repose donc sur la capacité budgétaire de l’État ivoirien à honorer ces paiements, et non sur des revenus immobiliers réels, ce qui pourrait mettre en péril la confiance des investisseurs.
Deux tranches pour séduire les investisseurs, en offrant des rendements attractifs tout en garantissant une certaine sécurité, sont envisagées. Cela pourrait permettre de renforcer la confiance des acteurs économiques dans les capacités de l’État à gérer efficacement ses engagements financiers, tout en stimulant l’intérêt pour d’autres projets d’envergure qui pourraient bénéficier de ce cadre de financement innovant.
Ces taux sont non seulement compétitifs, mais ils se démarquent également par rapport aux émissions conventionnelles récentes, ce qui en fait une option attrayante pour les investisseurs à la recherche de rendements intéressants. Selon les données disponibles sur le marché de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), plus de 1 180 milliards FCFA ont été mobilisés entre 2018 et 2022 à travers des Sukuk Ijara, illustrant ainsi un appétit croissant des investisseurs pour cet instrument financier novateur. Ce phénomène témoigne d’une confiance accrue dans les titres islamiques, qui sont perçus comme une alternative viable et éthique aux investissements traditionnels.
La valeur nominale des titres est fixée à 10 000 FCFA, ce qui les rend accessibles à un large éventail d’investisseurs. De plus, une cotation prévue à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) permettra aux investisseurs de négocier ces titres sur le marché secondaire, offrant ainsi une liquidité appréciable et la possibilité de réaliser des gains à court terme. Cette cotation est un élément crucial, car elle favorise la transparence et la confiance dans le marché des Sukuk, attirant ainsi davantage d’investisseurs potentiels.
Un autre élément de réassurance pour les investisseurs est que l’opération bénéficie de la garantie de bonne fin de l’État de Côte d’Ivoire. Ce soutien gouvernemental constitue un signal fort et rassurant dans un contexte où les investisseurs portent une attention croissante à la qualité des signatures souveraines africaines. En effet, la solidité des garanties étatiques est un facteur déterminant dans la décision d’investissement, surtout dans un environnement économique mondial incertain.
L’opération confirme également le positionnement croissant de CGF Bourse, qui agit en tant que co-arrangeur et co-chef de file, sur les opérations structurées et les financements souverains dans l’espace UEMOA. Cette position stratégique renforce la réputation de CGF Bourse en tant qu’acteur clé dans le domaine des financements islamiques, attirant ainsi l’attention sur son expertise et sa capacité à structurer des produits financiers innovants qui répondent aux besoins des investisseurs.
Le palmarès de CGF Bourse sur les émissions islamiques inclut notamment des opérations significatives qui ont contribué à établir des normes élevées dans le secteur, témoignant de son engagement à promouvoir des solutions de financement conformes aux principes de la finance islamique tout en répondant aux exigences du marché.
Pour le Sukuk Sénégal SOGEPA SN 2022, CGF Bourse a joué un rôle prépondérant en tant que chef de file d’un syndicat de placement qui regroupait toutes les sociétés de gestion d’investissement (SGI) agréées de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA). Ce syndicat a été constitué dans le but de mobiliser des ressources financières pour soutenir des projets de développement au Sénégal, renforçant ainsi l’intégration économique régionale.
Aux côtés de CGF Bourse, l’ICD, une filiale du Groupe de la Banque Islamique, a agi en tant qu’arrangeur, apportant son expertise en matière de structuration financière et de conformité aux principes de la finance islamique. De plus, Taiba Titrisation a été impliquée en tant que société de gestion, assurant le suivi et l’administration des actifs sous-jacents du Sukuk.
CGF Bourse, en tant que chef de file du syndicat de placement, démontre une expertise reconnue dans le domaine des Sukuk au sein de l’espace UEMOA, ayant systématiquement occupé cette position stratégique dans divers projets similaires. Cette responsabilité implique non seulement la coordination des différentes parties prenantes, mais aussi la mise en œuvre de stratégies efficaces pour attirer des investisseurs, tout en garantissant la transparence et la conformité aux normes réglementaires.
Notons que le succès de cette initiative témoigne de la dynamique croissante des marchés financiers islamiques dans la région, où CGF Bourse continue de jouer un rôle clé dans le développement de solutions de financement innovantes et adaptées aux besoins des économies locales.
Daouda Bakary KONÉ

