(CROISSANCE AFRIQUE)-En Éthiopie, un tournant significatif se profile à l’horizon avec l’annonce de la création imminente de la première société de refinancement hypothécaire du pays. Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre d’un accord historique signé le 3 septembre 2026 entre la Banque nationale d’Éthiopie (NBE) et la Société financière internationale (SFI), marque une étape cruciale dans le développement du secteur financier éthiopien. La nouvelle institution, qui sera dotée d’un capital initial impressionnant de 100 milliards de birrs, soit environ 616,7 millions de dollars en se basant sur le taux de change implicite au moment de l’annonce, vise à transformer le paysage du financement immobilier.
La SFI, en tant que partenaire clé, s’engage à investir au moins 200 millions de dollars dans ce projet ambitieux. Cet apport financier est essentiel pour garantir le succès de la société de refinancement, qui a pour mission de fournir aux établissements financiers locaux des ressources à plus long terme. Grâce à cette initiative, les banques et autres institutions financières seront en mesure d’accroître leur capacité à octroyer des crédits immobiliers, répondant ainsi à une demande croissante de logements abordables dans le pays.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte où le marché immobilier éthiopien connaît une expansion rapide, mais où l’accès au financement reste un défi majeur pour de nombreux citoyens. En facilitant l’accès à des prêts hypothécaires à des conditions plus favorables, la nouvelle société de refinancement pourrait non seulement stimuler la construction de logements, mais également contribuer à la stabilité économique du pays en renforçant le secteur immobilier. Ce projet représente donc une opportunité précieuse pour l’Éthiopie de moderniser son système financier tout en répondant aux besoins pressants de sa population en matière de logement.
Le mécanisme mis en place vise à s’attaquer de manière ciblée à l’un des principaux obstacles qui freinent le développement du marché immobilier éthiopien : le manque de ressources à long terme nécessaires pour financer les prêts hypothécaires. Dans ce cadre, la future société jouera un rôle crucial en tant qu’institution financière de gros, agissant comme un intermédiaire stratégique entre les banques qui accordent les prêts et les sources de financement à long terme. Ce modèle innovant est conçu pour permettre aux banques de refinancer leurs portefeuilles de prêts immobiliers, leur offrant ainsi la possibilité de dégager de nouvelles capacités de financement, essentielles pour répondre à la demande croissante en matière de logement.
La Société Financière Internationale (SFI) met d’ailleurs en avant le refinancement hypothécaire comme un levier puissant pour développer les marchés du financement du logement. En mobilisant des capitaux à plus long terme, ce mécanisme pourrait transformer le paysage immobilier éthiopien, en facilitant l’accès à des financements adaptés aux besoins des ménages et en stimulant la construction de nouveaux logements.
Cette initiative intervient dans un contexte particulièrement préoccupant, marqué par un déficit de logements qui dépasse largement la capacité de production actuelle. Selon les estimations du Centre Africain pour le Financement du Logement (CAHF), l’Éthiopie doit produire environ 471 000 logements par an jusqu’en 2025, et cette exigence ne fait qu’augmenter, atteignant près de 486 000 unités par an par la suite. Ce défi colossal souligne l’urgence d’une intervention efficace pour améliorer l’accès au crédit immobilier et soutenir la construction de logements, afin de répondre aux besoins d’une population en pleine croissance et de garantir un avenir durable pour le marché immobilier du pays.
Malgré l’essor indéniable du secteur financier en Éthiopie, le marché hypothécaire demeure remarquablement limité, affichant des chiffres qui témoignent d’une dynamique encore fragile. En effet, l’encours total du marché hypothécaire a atteint 24,1 milliards de birrs, soit environ 418 millions de dollars, un montant qui paraît dérisoire au regard des besoins croissants en matière de logement dans le pays. La Commercial Bank of Ethiopia (CBE) joue un rôle prépondérant dans ce secteur, détenant près de 69 % de ce marché, ce qui souligne l’absence de concurrence significative de la part des banques privées. Ces dernières, en effet, restent peu présentes sur ce segment crucial, et ce, principalement en raison d’un manque de ressources à long terme, qui les empêche de proposer des crédits hypothécaires adaptés aux besoins des ménages. De plus, les conditions de crédit sont souvent jugées trop strictes, ce qui limite encore davantage l’accès au financement pour les potentiels emprunteurs.
Dans ce contexte, la réforme du marché hypothécaire s’inscrit dans un objectif ambitieux du gouvernement éthiopien, qui vise à construire au moins 1,5 million de logements au cours des cinq prochaines années. Ce projet fait suite à la réalisation de 1,2 million d’unités de logement durant la période précédente, un chiffre qui témoigne d’une volonté de répondre à la crise du logement qui touche de nombreuses familles. Pour atteindre cet objectif, Addis-Abeba mise sur le développement du crédit hypothécaire à long terme, espérant ainsi faciliter l’accès à la propriété pour un plus grand nombre de citoyens.
Notons qu’une plus grande participation du secteur privé est encouragée, afin de diversifier les sources de financement et d’apporter des solutions innovantes aux défis du marché immobilier. Cette stratégie pourrait transformer le paysage du logement en Éthiopie, mais elle nécessite une mise en œuvre efficace et un engagement fort de toutes les parties prenantes.
Daouda Bakary KONÉ

