Au Sénégal, soixante dirigeants dotés des compétences nécessaires pour transformer la protection sociale en moteur de croissance

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Soixante hauts fonctionnaires sénégalais ont achevé un stage intensif de formation de deux semaines destiné à transformer la manière dont le pays planifie, finance et coordonne la protection sociale, en la faisant passer d’une simple ligne budgétaire pour les groupes vulnérables à un levier stratégique de transformation économique.

Ce cours était organisé par l’Institut africain de développement économique et de planification (IDEP), organisme de formation de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), en collaboration avec la Délégation générale sénégalaise à la protection sociale et à la solidarité nationale (DGPSN) et le Consortium régional de recherche sur l’économie générationnelle (CREG). Il s’est déroulé en deux sessions consécutives de 30 participants chacune – du 10 au 14 août et du 17 au 21 août 2026 – réunissant des hauts fonctionnaires et des gestionnaires chargés de la conception, du financement, de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques de protection sociale à l’échelle nationale.

Les chiffres qui expliquent l’urgence

L’ampleur du défi a été présentée en termes très clairs lors de la formation :

  • En 2021, 37,5 % de la population sénégalaise vivait dans la pauvreté, les communautés rurales représentant 75,4 % des personnes pauvres. L’indice de capital humain du Sénégal s’établit à seulement 0,42.
  • Moins d’un Sénégalais actif sur dix bénéficie d’une couverture de protection sociale.
  • Seulement 15 % des personnes âgées perçoivent une pension.

Comme l’a clairement démontré la formation, le défi n’est plus simplement d’étendre les programmes existants, mais de repenser l’architecture globale du système — son financement, sa couverture et son lien avec la politique nationale de développement.

Du filet de sécurité à l’investissement stratégique

La formation a directement intégré la protection sociale à la feuille de route de développement à long terme du Sénégal. Elle se situe au cœur du pilier « capital humain et équité sociale » de la Vision Sénégal 2050, le plan du pays pour devenir une nation « souveraine, juste et prospère » – un pilier que les organisateurs décrivent comme transversal à l’ensemble de l’économie, car il protège les ménages, facilite la transition du travail informel au travail formel et stimule une croissance inclusive. Cette approche marque une rupture délibérée avec le passé : la protection sociale est repensée non plus comme une dépense visant à gérer la vulnérabilité, mais comme un investissement dans le capital humain et la résilience nationale à long terme.

Le Sénégal dispose déjà d’un large éventail d’outils de protection sociale : le Registre national social (RNU), le Programme national de garantie de sécurité familiale (PNBSF), la couverture sanitaire universelle, des régimes de retraite et d’assurance maladie, des programmes de nutrition et de sécurité alimentaire, des cantines scolaires et un soutien aux personnes handicapées. Deux programmes phares illustrent l’ampleur et la rapidité du développement de ce système :

  • Le Registre social national, principal outil de ciblage du Sénégal depuis le décret n° 2021-1052 du 2 août 2021, a presque doublé sa portée, passant de 541 192 ménages en 2023 à 1 000 632 en 2025. Il alimente désormais 32 programmes différents et dispose de bureaux dans les 14 régions du pays. Le Programme national de subventions pour la sécurité familiale a connu une croissance plus de sept fois supérieure, passant de 49 967 ménages bénéficiaires en 2013 à 354 984 en 2023, ce qui a entraîné des progrès en matière de consommation des ménages, de diversité alimentaire, de scolarisation, de dignité des bénéficiaires et d’activité économique locale.

Cette croissance est aussi à l’origine d’un nouveau problème : la coordination d’un système comportant autant de dispositifs, d’acteurs et de sources de financement devient de plus en plus complexe. Le financement demeure le principal obstacle. Les dépenses de protection sociale sont passées de 2,18 % du PIB en 2018 à 2,35 % en 2022, après avoir atteint un pic de 2,93 % en 2020 au plus fort de la pandémie de COVID-19. Leur part dans le budget national a progressé de 7,65 % à 8,8 % sur la même période, culminant à 9,7 % en 2020 – une évolution qui témoigne de progrès réels, mais qui souligne également l’ampleur du travail restant à accomplir en matière de financement durable.

Miser sur la jeunesse sénégalaise — et préparer son avenir

Le cours allait au-delà de l’audit des programmes actuels, introduisant une perspective d’avenir fondée sur l’économie générationnelle et l’approche du cycle de vie — une solution naturelle pour un pays où 75 % de la population a moins de 35 ans et où l’âge médian n’est que de 19 ans, alors même que les planificateurs doivent également se préparer à un éventuel vieillissement de la population.

S’appuyant sur les méthodologies des Comptes nationaux de transfert (CNT) et des Comptes nationaux de transfert de temps (CNTT), ainsi que sur des recherches spécifiques au Sénégal sur le dividende démographique, la jeunesse et le vieillissement, les participants ont examiné comment les ressources circulent réellement entre les générations et ce que cela signifie pour une conception de politiques plus intelligente.

La formation s’est appuyée sur trois sources d’expertise complémentaires : le ministère de l’Économie et des Finances du Sénégal a situé la protection sociale dans le cadre plus large de la planification du développement du pays ; la DGPSN a présenté la stratégie nationale, sa structure et les défis concrets de sa mise en œuvre ; et le CREG a apporté plus d’une décennie de recherche sur l’économie générationnelle et les transferts intergénérationnels.

Cette initiative s’inscrit pleinement dans la mission fondamentale d’IDEP, qui consiste à conjuguer planification du développement, recherche appliquée et expérience institutionnelle afin de bâtir des institutions africaines plus solides. L’objectif est de mettre en place un système de protection sociale plus étendu, mieux coordonné, plus viable financièrement et davantage fondé sur des données probantes.

En formant deux cohortes au lieu d’une seule, le programme a permis de renforcer simultanément les capacités de 60 fonctionnaires et acteurs nationaux, tout en veillant à ce que chaque session reste suffisamment restreinte pour favoriser de véritables discussions, des échanges entre pairs et des travaux pratiques concrets.

IDEP et ses partenaires parient sur le fait que la protection sociale au Sénégal peut remplir une double fonction : réduire la pauvreté et gérer la vulnérabilité aujourd’hui, tout en développant le capital humain, la résilience et la transformation économique dont le pays a besoin demain.

À propos d’IDEP

Créé en 1962, l’Institut africain de développement économique et de planification (IDEP) est l’organisme de formation de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA). Basé à Dakar, l’IDEP renforce les capacités des États membres africains en matière de planification du développement, de gestion des politiques économiques et de conception et de mise en œuvre de politiques publiques adaptées aux priorités du continent.

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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