(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Sénégal, le 25 août, Woodside Energy a pris une décision marquante en annonçant l’abandon de ses objectifs de réduction des émissions à long terme, un tournant qui a suscité de vives réactions dans le secteur de l’énergie.
Cette annonce coïncide avec la publication de résultats semestriels solides, qui ont été en partie soutenus par les performances prometteuses du champ pétrolier sénégalais de Sangomar, un projet qui attire l’attention internationale pour son potentiel de production.
La PDG Liz Westcott a expliqué ce renoncement aux ambitions écologiques par un « changement d’appétit des clients » pour les produits bas-carbone, soulignant ainsi une tendance inquiétante dans la demande du marché. Elle a également évoqué un « retard dans les cadres politiques », ce qui met en lumière les défis réglementaires auxquels l’industrie fait face dans sa transition vers des pratiques plus durables. Lors d’une conférence de presse après la publication des résultats, elle a admis que la compagnie avait « essayé et échoué » à rendre ses investissements dans l’énergie propre économiquement viables, une déclaration qui révèle les tensions entre les objectifs environnementaux et les réalités économiques.
En réponse à cette situation, Woodside a décidé de placer sous revue stratégique son usine d’ammoniac de Beaumont, au Texas, une acquisition réalisée pour 2,35 milliards de dollars en 2024. Cette réévaluation s’accompagne d’un objectif ambitieux de réduction structurelle des coûts de 350 millions de dollars par an à partir de 2028, ce qui témoigne d’une volonté de rationaliser ses opérations face à un environnement économique de plus en plus complexe.
Ce revirement stratégique soulève des questions sur l’avenir des investissements dans les énergies renouvelables et sur la manière dont les entreprises du secteur pétrolier s’adapteront aux exigences croissantes de durabilité tout en cherchant à maintenir leur rentabilité.Malgré la suppression de l’enveloppe dédiée aux énergies propres, la compagnie maintient son engagement à réduire ses émissions directes, dites Scope 1 et 2, et affirme rester sur la trajectoire de son objectif 2030, un objectif qui vise à aligner ses opérations avec les exigences croissantes de durabilité et de responsabilité environnementale.
Cette décision stratégique intervient alors que le groupe australien affiche un bénéfice net sous-jacent en hausse de 7 % au premier semestre 2026, atteignant ainsi 1,33 milliard de dollars, un chiffre qui témoigne de la résilience et de la capacité d’adaptation de l’entreprise face aux défis du marché. Sur la même période, la multinationale a enregistré un chiffre d’affaires opérationnel en progression de 13 % à 7,44 milliards de dollars, illustrant une dynamique positive malgré un contexte économique incertain.
La compagnie a bénéficié de prix plus élevés sur ses marchés, directement liés à la fermeture du détroit d’Ormuz depuis février, dans le cadre du conflit complexe entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Cette situation géopolitique tendue a soustrait près de 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié (GNL), faisant grimper les cours et impactant ainsi les marges bénéficiaires des acteurs du secteur. En conséquence, Woodside se retrouve dans une position favorable pour capitaliser sur ces hausses de prix, tout en continuant à naviguer dans un environnement de marché volatile.
Sangomar, vitrine du recentrage pétrolier de Woodside, représente un projet phare qui illustre cette nouvelle orientation stratégique. Ce projet, qui vise à développer des ressources pétrolières offshore en Afrique de l’Ouest, renforce mécaniquement les perspectives de croissance de l’entreprise, tout en soulignant son engagement à maximiser la valeur de ses actifs pétroliers.
En se concentrant sur des projets comme Sangomar, Woodside démontre sa volonté de s’adapter aux réalités du marché tout en poursuivant ses objectifs de réduction des émissions, cherchant ainsi à équilibrer rentabilité et responsabilité environnementale dans un secteur en pleine mutation.Les réservoirs inférieurs, désignés sous le nom de S500, ont non seulement répondu, mais ont également largement dépassé les attentes initiales des experts et des investisseurs, suscitant ainsi un intérêt renouvelé de la part de Woodside et de la compagnie pétrolière publique du Sénégal, Petrosen.
Cette dynamique positive incite les deux entités à envisager sérieusement une Phase 2, qui se concentrerait sur l’exploitation des réservoirs supérieurs, connus sous l’appellation S400. Une telle expansion pourrait potentiellement libérer jusqu’à 250 millions de barils supplémentaires de ressources récupérables, ce qui représenterait un coup de pouce significatif pour l’économie sénégalaise et renforcerait la position de Woodside sur le marché pétrolier.
Le 29 juin dernier, une réunion de haut niveau a été convoquée, réunissant les principales parties prenantes autour de la table, sous la présidence du ministre sénégalais de l’Énergie et du Pétrole, El Hadj Abdourahmane Diouf. Ce dernier a souligné avec insistance l’importance cruciale d’intégrer les dimensions techniques, fiscales et contractuelles dans un cadre de négociation unique, afin de garantir que tous les aspects du projet soient soigneusement examinés et optimisés. Cependant, il est à noter qu’aucune décision d’investissement n’a encore été formalisée jusqu’à présent, laissant planer une certaine incertitude sur l’avenir immédiat du projet.
La marche vers une Phase 2 du projet pétrolier Sangomar s’engage dans un contexte complexe, alors que Woodside a déposé en mai 2025 un recours devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).
Notons que ce recours vise à contester un redressement fiscal de 68 millions de dollars, une situation qui pourrait avoir des répercussions significatives sur les plans d’expansion et de développement de l’entreprise. Les enjeux sont donc élevés, tant sur le plan économique que juridique, et les prochaines étapes seront déterminantes pour l’avenir du projet et pour les relations entre les acteurs impliqués.
Mariam KONE

