(CROISSANCE AFRIQUE)-Le marché secondaire des titres publics de l’UMOA a connu une semaine particulièrement animée du 17 au 21 août 2026, marquée par une effervescence sans précédent qui a captivé l’attention des investisseurs et des analystes.
Ainsi, le volume global échangé a atteint un impressionnant montant de 131,5 milliards de FCFA, représentant une hausse significative de 83% par rapport à la semaine précédente, selon les données fournies par UMOA-Titres. Cette dynamique témoigne d’un regain d’intérêt pour les titres publics, souvent perçus comme des investissements sûrs, surtout dans un contexte économique incertain.
Au cours de cette semaine, le nombre de transactions a également progressé de 22%, atteignant un total de 55, ce qui souligne une activité accrue sur le marché. Parallèlement, 21 instruments ont été négociés, soit une augmentation de 17%, ce qui reflète la diversité des options disponibles pour les investisseurs. Cependant, il est intéressant de noter que le nombre de participants a légèrement reculé de 4%, se chiffrant à 27, ce qui pourrait indiquer une concentration des transactions entre un nombre restreint d’acteurs.
Cette performance hebdomadaire s’inscrit dans une tendance plus large et encourageante. Depuis le début de l’année 2026, le marché secondaire a cumulé un volume échangé de 5 277,8 milliards de FCFA, soit une progression remarquable de 59%. Le nombre total de transactions a atteint 2 378, enregistrant une hausse de 50%, tandis que le nombre de participants a connu une légère progression de 6%, s’élevant à 102. De plus, le nombre d’instruments négociés s’établit à 389, en hausse de 21%, ce qui témoigne de la vitalité et de la résilience du marché des titres publics au sein de l’UEMOA, malgré les fluctuations économiques globales. Cette période d’activité intense pourrait également signaler une confiance renouvelée des investisseurs dans les perspectives économiques de la région.
L’évolution est toutefois différente à l’échelle du mois. En août, le volume cumulé s’élève à 346 milliards de FCFA, en hausse de 6%, alors que le nombre de transactions recule de 15%, soit 158 transactions cumulées et celui des instruments négociés de 23%, représentant 48 instruments traités. Ce contraste entre la hausse du volume et la baisse du nombre de transactions souligne une dynamique de marché complexe, où les investisseurs semblent privilégier des opérations de plus grande envergure, malgré une diminution du nombre total d’échanges. Un marché porté par le pic du jeudi L’activité s’est nettement intensifiée au fil de la semaine. Lundi a démarré timidement, avec 8,3 milliards FCFA échangés sur seulement quatre lignes, une introduction plutôt modeste qui laissait présager une semaine calme. Cependant, le rythme a ensuite doublé mardi, atteignant 27,1 milliards de FCFA, porté notamment par une transaction massive sur l’OAT malien ML0000002054 (6,15%, échéance octobre 2027), qui a à elle seule mobilisé près de 18,9 milliards FCFA sur sept transactions. Ce chiffre impressionnant représente un ratio d’échange de 104,8% de l’encours du titre, un indicateur fort d’une rotation très active de cette ligne, témoignant de l’intérêt soutenu des investisseurs pour cet instrument spécifique. Mercredi a confirmé la tendance haussière, avec un volume de 34,4 milliards de FCFA, tirée par un BAT sénégalais à 4 mois (SN0000004391) qui a capté 18,2 milliards FCFA à lui seul. Ce regain d’activité a non seulement renforcé la confiance des acteurs du marché, mais a également mis en lumière la capacité des titres sénégalais à attirer des flux importants, même dans un contexte où le nombre total de transactions est en baisse. Puis jeudi a marqué un tournant décisif, où l’engouement des investisseurs a culminé, illustrant la vitalité du marché et son potentiel de croissance, malgré les fluctuations observées en début de mois.
En analysant la répartition des volumes par pays émetteur, il est frappant de constater que le Mali se distingue nettement en tête de la semaine, avec un impressionnant total de 36,6 milliards FCFA échangés, représentant ainsi 27,8% du volume total. Cette performance remarquable souligne l’importance croissante du Mali sur le marché financier régional. Juste derrière, le Sénégal affiche également des résultats solides avec 30,1 milliards FCFA, soit 22,9% du total, témoignant de la vitalité de son économie. La Côte d’Ivoire, quant à elle, ne se laisse pas distancer, avec 29,5 milliards FCFA échangés, représentant 22,5% du volume global. Le Bénin, bien que n’ayant que deux lignes actives durant la semaine, parvient à compléter ce quatuor de tête avec un total de 26 milliards FCFA, soit 19,8%, ce qui est d’autant plus impressionnant pour un émetteur de cette taille.
À l’opposé, le Burkina Faso, qui est pourtant actif presque tous les jours de la semaine avec cinq lignes différentes, ne parvient à réaliser que 6,8 milliards FCFA, soit seulement 5,1% du total. Cela met en lumière le fait que, malgré une fréquence élevée de transactions, le montant unitaire de celles-ci reste faible, ce qui limite son impact sur le marché. Le Togo et le Niger, avec respectivement 2 milliards et 0,5 milliard FCFA, ferment la marche, illustrant une présence plus anecdotique sur le marché secondaire cette semaine-là, ce qui soulève des questions sur leur stratégie d’émission et leur attractivité pour les investisseurs.
En ce qui concerne les rendements, ceux-ci se révèlent très dispersés, ce qui est un signe clair d’un marché segmenté. À maturité comparable, les écarts de rendement sont considérables, et sur le segment court, c’est-à-dire pour les titres ayant une maturité de moins de deux ans, on observe des rendements qui varient de manière significative. Cette situation pourrait refléter des différences dans la perception du risque, la liquidité des titres, ou encore les attentes des investisseurs concernant les conditions économiques futures.
Sur les maturités plus longues, qui s’étendent sur une période de 4 à 6 ans, l’éventail des taux d’intérêt se resserre légèrement, oscillant entre 5,4 % et 7,7 %. Cependant, malgré cette contraction, il demeure suffisamment large pour offrir des opportunités variées aux investisseurs. Dans ce contexte, les titres émis par la Côte d’Ivoire et le Sénégal se situent plutôt dans la partie inférieure de cette fourchette, reflétant peut-être une perception de risque plus élevée ou des conditions économiques spécifiques à ces pays. En revanche, le Togo se positionne sur des niveaux de rendement plus élevés, ce qui pourrait indiquer une stratégie d’émission visant à attirer des investisseurs en offrant des retours plus attractifs.
Notons que cette dynamique entre les différents pays de la région souligne les disparités économiques et les choix stratégiques des gouvernements en matière de financement, tout en mettant en lumière les préférences des investisseurs face à ces opportunités de placement.
Korotoumou Sylla

