(CROISSANCE AFRIQUE)-Plus de 3.100 dollars pour une once d’or : qu’est-ce que cette unité de mesure, originaire de la ville de Troyes, qui trouve sa place sur les marchés mondiaux ? L’once d’or, qui pèse seulement 31 grammes, connaît une flambée en dépassant ce seuil historique. Véritable vedette des métaux précieux, l’or établit un nouveau record ces derniers jours.
Mais derrière cette hausse de prix se cache une unité de mesure fascinante : l’once troy. Cette référence, bien que historique, demeure incontournable pour la cotation du métal jaune. Si vous avez déjà observé le cours de l’or, vous aurez constaté que sa valeur est mesurée en onces—plus précisément en « onces troy »—et non en kilos, en lingots ou en 100 grammes. Cette unité, qui semble sortir d’un ancien grimoire, est néanmoins la référence essentielle sur les marchés mondiaux.
Pourquoi l’or est-il mesuré en onces au lieu de kilos, comme de nombreuses autres matières premières ? Et qui a donc défini le poids d’une once troy à 31,1035 grammes ? Pour répondre à ces questions, il revient à une époque où l’or se vendait dans des foires médiévales plutôt que sur des plateformes numériques. Au Moyen Âge, la ville de Troyes, en Champagne, était l’un des carrefours commerciaux les plus influents d’Europe, où marchands anglais, italiens et flamands se retrouvaient pour échanger soieries, épices et métaux précieux. Afin de faciliter ces échanges, une unité de mesure commune était nécessaire pour éviter des disputes sur le poids exact d’un lingot.
Les marchands ont adopté l’once troy, héritage d’une époque romaine où la monnaie reposait sur des barres de bronze découpées en douze unités appelées uncia, d’où provient le terme « once ». Chaque uncia pesait environ 31,1 grammes, correspondant ainsi au poids actuel de l’once troy. Les foires de Troyes ont joué un rôle crucial dans la standardisation des mesures pour peser l’or et l’argent, entraînant l’adoption progressive de l’once troy, en hommage à cette ville emblématique.
La pertinence de l’once troy perdure surtout grâce à la victoire des Anglo-saxons dans la « bataille de l’or ». En 1527, durant le règne d’Henri VIII, l’Angleterre adopte officiellement cette unité pour ses pièces d’or et d’argent. Simon Rostron, consultant pour la London Bullion Market Association (LBMA), souligne que ce tournant est déterminant. C’est à cette époque que la puissance navale et commerciale britannique éclipse celle de l’Espagne, entraînant la propagation de ses standards, dont l’once troy. Lorsque les États-Unis font de même en 1828, l’once troy s’impose comme la référence mondiale pour peser l’or et l’argent.
Avec l’introduction du Système International d’Unités (SI) en 1960, de nombreuses mesures anciennes ont disparu, laissant place au gramme et au kilogramme. Pourtant, l’once troy a étonnamment résisté. Cette résistance s’expliquerait d’abord par la tradition bien ancrée dans le marché des métaux précieux. Changer d’unité aurait nécessité de recalculer tous les prix et contrats existants, créant une confusion inévitable.
De plus, l’once troy s’avère plus pratique que le kilogramme pour les transactions d’or : une once constitue une quantité plus aisément échangeable qu’un lingot d’un kilo, qui peut coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros. Benjamin Louvet, directeur des gestions matières premières chez Ofi Invest AM, précise que l’or, utilisé souvent en petites quantités et peu dans l’industrie, « n’exige pas d’unités trop grandes ». Enfin, l’once troy est devenue une norme universelle sur toutes les grandes places de marché, de Londres (LBMA) à New York (COMEX).
Aujourd’hui, l’or peut être détenu sous diverses formes : pièces, lingots, lingotins ou via des ETF. Cependant, l’once reste le format de référence. Étant donné que le cours de l’or est exprimé en onces, acheter une pièce ou un lingot d’une once permet de comparer aisément sa valeur au prix du marché. « C’est la magie de l’once d’or », déclare Jean-François Faure. Universelle et facilement échangeable, elle s’impose comme un standard dans le commerce du métal précieux. Les grandes monnaies métalliques internationales, comme l’American Eagle aux États-Unis, le Krugerrand sud-africain ou la Maple Leaf canadienne, sont toutes frappées en onces. En France, même la Monnaie de Paris commence à émettre des pièces d’or au format once.
L’once est également présente sur le marché des lingots et lingotins : si en France ces derniers sont généralement comptés en kilogrammes, les transactions à l’international se font en onces. Ce format convient aussi bien aux investisseurs institutionnels qu’aux particuliers, qui peuvent acheter de l’or physiquement dans des boutiques spécialisées ou via des plateformes en ligne.
Malgré la modernisation des marchés et l’essor de la tokenisation, l’or, qui figure parmi les trois actifs les plus échangés au monde, continue de s’échanger en onces. « Des millièmes d’onces, accessibles à tous », souligne Jean-François Faure. Bien que le prix de l’or soit aujourd’hui supérieur à 3.000 dollars l’once, il est possible d’acheter des fractions plus petites, rendant l’investissement plus flexible et accessible à un plus large public. Que ce soit par le biais de tokens adossés à l’or ou de produits financiers plus traditionnels, l’once troy demeurera la norme dans l’évaluation et la cotation du métal précieux.
Selon Benjamin Louvet, l’once troy « n’est pas vouée à disparaître ». Née sur les étals des foires médiévales, elle s’est imposée comme un standard commercial et monétaire. Bien qu’elle semble appartenir à une autre époque, elle demeure aujourd’hui la référence absolue dans le monde de l’or. Cela prouve que certaines traditions ont toujours leur valeur, et leur pesant d’or.
Mariam KONE