Au Cameroun, le contrôle total des Gupta sur la bauxite de Minim Martap rencontre des complications

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Cameroun, le rachat de l’australien Canyon Resources par A2MP se révèle être un défi complexe et semé d’embûches

En cette fin août, alors que les discussions s’intensifient, la société A2MP, étroitement liée à la famille indienne Gupta, se trouve confrontée à une forte résistance de la part du conseil d’administration de Canyon, qui s’oppose fermement à son offre. 


De plus, l’intervention d’un régulateur australien a ajouté une couche d’incertitude en gelant provisoirement certaines étapes cruciales de la procédure d’acquisition. Cette bataille acharnée se déroule dans un contexte où Canyon est en quête désespérée des financements nécessaires pour mettre en service Minim Martap, qui devrait devenir la première mine de bauxite du Cameroun, un projet d’une importance stratégique tant pour l’entreprise que pour l’économie locale.


L’offensive d’A2MP a été lancée le 29 juillet, marquant le début d’une série de manœuvres financières et stratégiques. Détenue à 97,3 % par Eagle Eye Asset Holdings (EEA), A2MP a proposé un prix de 0,05 dollar australien par action pour acquérir tous les titres de Canyon qu’elle ne détient pas encore. Cette proposition est d’autant plus audacieuse qu’A2MP part avec un avantage considérable, contrôlant déjà, avec ses associés, 55,56 % du capital de Canyon.

EEA, un family office basé à Singapour, est étroitement lié à Gagan Gupta, le fondateur et président d’Arise, un groupe reconnu pour son expertise dans le développement de projets miniers et industriels. Cette dynamique soulève des questions sur les implications de cette acquisition, tant sur le plan économique que sur celui de la gouvernance d’entreprise, alors que les parties prenantes scrutent attentivement les développements de cette affaire.


Le premier obstacle sur la route de la famille Gupta est précisément la nécessité de convaincre les actionnaires minoritaires, un défi qui s’annonce complexe et délicat. Dans un avis rendu public lundi 31 août, le comité indépendant du conseil de Canyon, composé d’experts et de conseillers financiers, leur recommande désormais de rejeter l’offre, estimant qu’elle sous-évalue l’entreprise d’une manière significative. Ce comité, en scrutant minutieusement les chiffres et les projections financières, conteste notamment l’argument d’A2MP selon lequel la dégradation des conditions économiques de Minim Martap justifie la valorisation proposée.

En effet, les actionnaires minoritaires, souvent plus vulnérables aux fluctuations du marché, pourraient être influencés par cette recommandation, ce qui rend la tâche de la famille Gupta d’autant plus ardue. Le second obstacle est d’ordre juridique, ajoutant une couche de complexité à la situation déjà tendue. Le 28 août dernier, le Takeovers Panel, organe de régulation des fusions et acquisitions impliquant des entreprises cotées en bourse, a provisoirement gelé l’avancement de l’offre faite aux actionnaires de Canyon.

Cette décision, prise dans un contexte de vigilance accrue sur les opérations de marché, empêche A2MP de traiter les acceptations déjà reçues et de lever les conditions qui pèsent encore sur son offre, sans l’accord préalable du régulateur. Cette instance publique constitue en Australie le principal forum de règlement des litiges liés aux offres publiques, jouant un rôle crucial dans la protection des intérêts des investisseurs et dans la préservation de l’intégrité des marchés financiers.

Les implications de cette décision pourraient avoir des répercussions significatives sur la stratégie de la famille Gupta, qui doit naviguer habilement entre les exigences des actionnaires et les contraintes réglementaires pour espérer mener à bien leur projet.Les Gupta ne sont donc pas hors course, et cette situation ouvre des perspectives intéressantes pour A2MP.

En effet, la société a la possibilité d’attendre l’issue de la procédure en cours, ce qui lui permet de maintenir son offre active tant que les ordres provisoires ne sont pas levés. Dans ce contexte, A2MP peut envisager de prolonger la durée de son offre ou d’en améliorer le prix afin d’attirer un plus grand nombre d’actionnaires, renforçant ainsi sa position sur le marché. Même si, dans le cas d’un échec, la société pourrait ne pas obtenir les résultats escomptés, elle aurait toujours la capacité d’influencer la composition du conseil d’administration, ce qui pourrait lui permettre d’accroître sa participation dans les limites établies par les règles du marché.


Cependant, cette position stratégique laisse les Gupta vulnérables face aux difficultés rencontrées par Minim Martap. En dehors de leur rôle d’actionnaires, A2MP joue également un rôle crucial en garantissant une ligne de crédit substantielle de 140 millions de dollars, mise à disposition pour le projet par AFG Bank.

Malheureusement, les nouveaux décaissements de cette ligne de crédit sont actuellement suspendus, ce qui complique la situation financière du projet.
Dans ce contexte délicat, Canyon, en collaboration avec Jefferies, s’efforce de compléter ou de remplacer ce financement crucial. Pour ce faire, vingt-quatre investisseurs ou partenaires potentiels ont été approchés, et parmi eux, huit ont déjà engagé une phase de vérification approfondie.

Une première proposition a même été reçue, mais cette offre vient compliquer davantage la recherche de capitaux nécessaires pour assurer la continuité et le succès du projet. Les enjeux sont donc élevés, et chaque mouvement doit être soigneusement planifié pour naviguer dans cette situation complexe.

Or, Canyon se trouve dans une situation où il doit encore mobiliser des ressources financières considérables pour le développement d’infrastructures portuaires et de transbordement essentielles à la réussite de son projet ambitieux. Alors que la compagnie évalue la première phase de développement comme étant achevée à environ 70 %, il est clair que des défis subsistent. 


Ce modèle actualisé, qui repousse la première production à l’année 2027, indique une réévaluation significative des attentes initiales. En effet, la prévision de production pour cette année-là est désormais fixée à 0,4 million de tonnes, un chiffre qui contraste fortement avec l’objectif initial de 1,2 million de tonnes prévu dès 2026 dans l’étude de faisabilité. 


Notons que cette situation soulève des questions sur les implications financières et logistiques pour Canyon, ainsi que sur l’impact potentiel sur ses partenaires et investisseurs, qui pourraient s’interroger sur la viabilité à long terme du projet. Les ajustements nécessaires pour atteindre ces nouveaux objectifs de production pourraient également influencer la stratégie de développement de l’entreprise, ainsi que sa capacité à répondre aux besoins croissants du marché.

Moussa KONÉ 

croissanceafrik
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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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