(CROISSANCE AFRIQUE)- Au Kenya, l’Organisation kényane de recherche sur l’agriculture et l’élevage (KALRO) a célébré une avancée significative dans le domaine de l’agriculture en inaugurant, le 25 août dernier, un centre de multiplication de semences de pomme de terre à Kuresoi, situé dans le comté de Nakuru.
Ce projet ambitieux, qui a été annoncé dans un communiqué publié sur le site officiel de l’organisme public, a pour objectif fondamental de renforcer la production ainsi que la multiplication de semences certifiées de ce tubercule essentiel. En facilitant l’accès à ces semences de qualité, le centre vise à soutenir les agriculteurs locaux dans leurs efforts pour améliorer leurs rendements et la durabilité de leurs cultures.
Dénommé Marindas Seed Potato Centre, ce nouvel établissement de production s’étend sur une superficie impressionnante d’environ 243 hectares. Chaque année, près de la moitié de cette superficie sera dédiée spécifiquement à la multiplication de semences, garantissant ainsi un approvisionnement constant et fiable pour les agriculteurs de la région.
En plus de sa fonction de production, l’infrastructure jouera également un rôle crucial en tant que centre de formation pour les producteurs. Cela permettra aux agriculteurs de bénéficier de formations pratiques sur les meilleures pratiques agricoles, dispensées par des chercheurs de KALRO et des agents agronomes expérimentés.
« La nouvelle infrastructure de multiplication des semences permettra aux agriculteurs de se procurer des semences plus près de leurs exploitations, tout en leur offrant la possibilité de se former aux pratiques agricoles améliorées auprès des chercheurs de KALRO et des agents agronomes », a déclaré un représentant de l’organisation lors de l’inauguration.
Cette initiative est perçue comme un pas en avant vers l’autonomisation des agriculteurs, leur fournissant non seulement les ressources nécessaires pour cultiver efficacement, mais aussi les connaissances pour innover et s’adapter aux défis agricoles contemporains.
Aussi, le Marindas Seed Potato Centre représente une lueur d’espoir pour le secteur agricole kényan, promettant de transformer la manière dont les agriculteurs accèdent aux semences et améliorent leur production.
Cette initiative cruciale intervient alors que le Kenya se trouve confronté à un déficit alarmant de semences certifiées, un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire et le développement agricole du pays. Selon les déclarations de Patrick Ketiem, directeur général de l’Institut kenyan de recherche agricole (KALRO), les besoins nationaux en semences certifiées sont estimés à un impressionnant volume de 150 000 tonnes, tandis que l’offre actuelle reste désespérément faible, ne dépassant pas les 24 000 tonnes.
Ce déséquilibre met en lumière l’urgence d’un renforcement de la multiplication locale des semences, qui devrait permettre aux producteurs de bénéficier d’un accès plus facile à des semences de qualité. À long terme, cette initiative vise non seulement à améliorer la disponibilité des semences, mais également à soutenir l’augmentation des rendements agricoles, essentielle pour répondre aux besoins croissants de la population.
Cependant, le contexte dans lequel se déploie ce renforcement de la filière semencière est préoccupant, car il est marqué par un repli significatif de la production de pommes de terre au Kenya. Les données récentes fournies par le Bureau national des statistiques (KNBS) révèlent une chute des volumes récoltés, passant de 2,31 millions de tonnes en 2023 à seulement 2,15 millions de tonnes en 2024.
Ce déclin est d’autant plus frappant que la superficie consacrée à la culture du tubercule a également diminué, passant de 239 300 hectares à 226 000 hectares au cours de la même période. Ce recul alarmant de la production est principalement attribué à l’irrégularité des précipitations, un facteur climatique qui complique encore davantage la tâche des agriculteurs et menace la stabilité de la filière.
Dans ce contexte difficile, le renforcement des capacités de production de semences devient une nécessité impérieuse pour revitaliser le secteur et garantir un avenir durable à l’agriculture kenyane.
Cette baisse des volumes de production de pommes de terre ne s’est toutefois pas traduite par un recul de la valeur, ce qui témoigne d’une dynamique intéressante sur le marché.
D’après les données fournies par le Kenya National Bureau of Statistics (KNBS), la valeur de la production de pommes de terre a connu une augmentation significative, passant de 65,9 milliards à 72,5 milliards de shillings kényans, soit l’équivalent de 509 à 560 millions de dollars, entre les années 2023 et 2024. Cette hausse est principalement attribuée à l’augmentation des prix de vente du tubercule, un phénomène qui pourrait être le reflet d’une demande croissante sur le marché local et international.
Dans ce contexte, l’enjeu pour Nairobi d’augmenter la production de semences certifiées et d’en améliorer la diffusion auprès des agriculteurs devient d’autant plus crucial. La filière de la pomme de terre au Kenya repose largement sur les petites exploitations, qui représentent une part considérable de la production nationale.
En effet, le KNBS estime que 90 % des pommes de terre cultivées dans le pays proviennent de parcelles de moins de 0,2 hectare. Cela souligne l’importance d’un soutien ciblé pour ces petits exploitants, qui sont souvent confrontés à des défis tels que l’accès limité à des semences de qualité et à des techniques agricoles modernes.
Le renforcement de l’offre de semences de qualité pourrait ainsi jouer un rôle déterminant dans l’amélioration de la productivité de ces exploitations. En facilitant l’accès à des semences certifiées, non seulement on pourrait augmenter les rendements, mais aussi améliorer la résilience des agriculteurs face aux fluctuations du marché et aux aléas climatiques.
Notons qu’une stratégie bien pensée pour la distribution et l’éducation des agriculteurs sur l’utilisation de ces semences pourrait transformer le paysage agricole du pays, favorisant une croissance durable et une sécurité alimentaire accrue pour la population.
Mariam KONE

