Par croissanceafrique
La corruption autour de la visite technique des
véhicules au Mali est un véritable problème de sécurité humaine. Autour de
cette visite technique, un véritable réseau d’affairisme a été constitué,
surtout par de jeunes vendeurs, afin de permettre aux chauffeurs d’avoir le
plus vite possible le précieux sésame et les éviter de suivre la file indienne.
En 2019, entre le lycée Bemba Kanda Kéïta de Tienbani
(dans le cercle de Kati) et une station d’essence, une voiture personnelle
prend feu dans la rue. N’ayant pas d’extincteur dans sa RAV4, le chauffeur
court à la station dans l’intention de prêter un extincteur. Les gérants lui
rappellent : « Tu es censé avoir un extincteur dans ton véhicule ».
Mais tel n’est pas le cas. La voiture a une visite technique, mais ne dispose
d’aucun extincteur. Pourtant, la visite technique concerne aussi la
vérification de la présence de ce matériel en plus du contrôle de l’état des freins,
de l’identification, de l’éclairage, des pneus, du volant, de la géométrie, de la
signalisation, des nuisances et bien d’autres accessoires. Cette visite est « obligatoire
pour tous les véhicules (sauf les véhicules de la présidence et ceux de l’armée) ».
Alors comment se fait-il que des véhicules se retrouvent sans extincteurs ?
En moyenne, 517 véhicules
par jour
La visite technique des véhicules, qui se fait pour
contrôler l’état du parc automobile du Mali, est un véritable lieu de business
à Bamako. Confiée à une société privée depuis 1995, Mali Technic System, dont
le centre unique à Bamako est à Sogoniko, cette
visite a perdu tout son sens en raison du réseau d’affairisme établi tout
autour.
Dans ce centre unique, le plus souvent débordé, certains
chauffeurs peuvent passer toute une journée sans avoir le précieux sésame. En moyenne,
ce centre reçoit 517 véhicules par jour. Cet afflux
ouvre la voie à la corruption. Les uns et les autres se trouvent des raccourcis
pour se procurer de leur visite technique. C’est ainsi qu’un véritable réseau voit
le jour.
Dans « les
dimensions sécurité routière dans les projets sectoriels des transports en
Afrique : le cas du Mali », Soussouro
Coulibaly, à l’époque, chef Division Sécurité des Transports à la Direction nationale
des Transports terrestres, maritimes et fluviaux de Bamako, indique que si la
société MTS a bien équipé les centres de contrôle de Bamako, Sikasso et Ségou,
« plusieurs centres non équipés fonctionnent et délivrent le même certificat
de visite technique à l’instar des centres équipés ». Selon lui c’est ce
qui constitue le véritable problème : « Cette situation ouvre la porte
aux propriétaires de véhicules en mauvais état de passer leur visite dans les
centres non équipés. Ainsi, la fiabilité du contrôle technique varie d’un
centre à un autre ».
Outre ces aspects, la
corruption à ciel ouvert, entretenu par des réseaux d’affairisme, s’est aussi emparée
de ce centre unique de visite technique.
« II suffit
juste de rajouter un billet de plus »
En nous
déguisant en clients, nous avons pu nous renseigner auprès d’un jeune vendeur à
côté du centre MTS sur la procédure à suivre pour obtenir une visite technique pour
un véhicule qui souffre de quelques pannes. Le jeune homme, d’une vingtaine
d’années, nous propose le paiement de 15 000 FCFA, si nous sommes prêts à
conduire le véhicule jusqu’au centre, et 20 000 FCFA, si nous souhaitons
obtenir le sésame en absence de l’engin au centre. Pourtant, les frais pour la
visite technique sont de « 5 000 FCFA pour les véhicules légers et 6 000 FCFA
pour les véhicules de transports/véhicules utilitaires et 8000 pour les poids
lourds », a-t-on lu sur le site internet du centre.
En plus de cet aspect, au centre Mali technic system,
ces vendeurs tirent leur épingle du jeu à travers la location d’extincteurs que
des chauffeurs louent pour juste passer la visite. Selon M.S, un chauffeur que
nous avons rencontré sur les lieux, le prix pour la location d’un extincteur
est de 1000 FCFA pour un extincteur qui coûte moins de 5000 FCFA sur
le marché. H.D, un autre chauffeur dans le rang devant le centre, confie :
« Nous louons tous ici ces extincteurs pour passer notre visite ».
Au centre de Sogoniko depuis 8 h, Ibrahim
Coulibaly, chauffeur de SOTRAMA (Société de transport malienne), attend
toujours (aux environs de midi) le précieux sésame. Malgré tout, il garde le
sourire aux lèvres et s’abstient de se prononcer ouvertement sur les
tracasseries autour de la visite technique des véhicules. Néanmoins, il nous
laisse comprendre que la « corruption concerne tous les secteurs au Mali ».
Quant àBourama Touré, chauffeur de Taxi, qui
vient pour la deuxième fois passer sa visite technique au centre de Bamako,
celui-ci explique n’avoir jamais été confronté à un cas de tracasserie au sein
du MTS. Néanmoins, il reconnait avoir appris par l’intermédiaire de certains de
ses collègues que dans ce centre, un véritable réseau existe pour faire passer
les véhicules, même en panne.
Sur cet affairisme au MTS, Hamody Diarra, CEO
Fassocanou et malien résident en France, indique : « Le Mali dispose de
très peu de centres de contrôle technique. Parmi les seuls qui existent,
beaucoup font passer les véhicules sans contrôle ». Selon lui, « iI
suffit juste de rajouter un billet de plus ».
Des réformes envisagées
Dans
l’objectif de soulager les citoyens et de rendre la tâche plus facile aux
agents du MTS tout en améliorant le service, le gouvernement malien avait lancé
en 2013 un appel d’offres pour la création
d’un second centre de visite qui allait être confié à une autre société.
Cet appel a tourné au vinaigre entre le gouvernement du Mali et le MTS. Dès
lors, le monopole du marché est resté entre les mains de la société MTS.
En février 2015, Mali technic system avait annoncé, à
travers Mme Touré Adam Diawara, à l’époque gérante adjointe de
la société, l’ouverture d’un second centre à Bamako. « Nous avons commandé des matériels modernes pour
cela et nous sommes en train de chercher un emplacement idéal pour
installer ces matériels », avait-elle rassuré. Mais force est de constater
que jusqu’à nos jours ce second centre peine à voir le jour. Pourtant, la
multiplication des centres est une recommandation formulée par des chauffeurs,
comme Ibrahim Coulibaly, chauffeur de SOTRAMA. Celui-ci estime que l’ouverture
d’autres centres pourrait éviter aux conducteurs de perdre du temps pour avoir
le précieux sésame.
Après avoir déposé un
courrier au Centre Mali technic system, nous nous y sommes rendus à plusieurs
reprises, afin d’avoir plus d’éclaircissements, mais jusqu’au moment où nous
mettons cet article sous presse, le MTS n’a pas donné suite à notre demande. Néanmoins,
dans les coulisses du centre, nous avons appris que le projet de second centre
est toujours en cours. Aussi, sur le site
internet de MTS, on peut lire : « MTS met en place
un nouveau site pour les visites techniques. Ce site répond à tous les critères
de la nouvelle technologie afin de donner un service de qualité aux usagers. »
Ce nouveau site devait être lancé en 2020, mais en raison de la pandémie de
covid-19, de derniers réglages restaient encore à faire, a-t-on appris.
Le centre travaille
également à mettre fin aux actes de corruption, développés par de jeunes
vendeurs autour du centre, afin d’améliorer le service, a-t-on appris dans les coulisses
du MTS. Ces réformes sont nécessaires, car « une voiture en bon état sauve
des vies ».
Fousseni Togola
Source : Phileingora