(CROISSANCE AFRIQUE)-En Namibie, le gouvernement a pris une décision stratégique majeure visant à transformer son uranium sur place, plutôt que de continuer à l’exporter à l’état brut, une démarche qui pourrait avoir des répercussions significatives sur l’économie nationale et le développement industriel.
Ce message clair et déterminé a été porté par la présidente Netumbo Nandi-Ndaitwah lors d’une visite à la China General Nuclear Power Corporation (CGN) à Shenzhen, dans le cadre de sa visite d’État en Chine. Cette rencontre, rapportée par le journal The Namibian le mardi 7 juillet, souligne l’importance croissante de la coopération internationale dans le secteur énergétique.
CGN, l’une des plus grandes compagnies d’électricité en Chine, joue un rôle clé dans la production d’électricité à partir de sources nucléaires et d’autres technologies d’énergie renouvelable. L’ambition de la Namibie de ne plus se contenter d’exporter son uranium brut était au cœur des échanges. En effet, la présidente a souligné que « la Namibie est bien positionnée pour approfondir la coopération avec des partenaires tels que CGN, en mettant l’accent sur la valorisation, le transfert de technologie, le développement des compétences et l’utilisation durable de nos ressources naturelles au bénéfice du peuple namibien ». Ce communiqué de la présidence met en lumière les aspirations du pays à renforcer son autonomie énergétique et à maximiser les retombées économiques de ses ressources naturelles.
La Namibie, riche en uranium, se trouve à un tournant crucial de son développement, cherchant à établir une industrie locale capable de traiter et de valoriser ses ressources. En se concentrant sur des initiatives de transformation locale, le pays pourrait non seulement créer des emplois et des opportunités de formation pour sa population, mais également attirer des investissements étrangers, renforçant ainsi sa position sur la scène mondiale. Cette vision stratégique pourrait également contribuer à une utilisation plus durable et responsable des ressources naturelles, garantissant que les bénéfices de l’uranium profitent directement au peuple namibien et à son développement futur.
Des données du commerce international des Nations Unies, citées par Energy Intelligence, révèlent une tendance marquante dans le secteur de l’uranium : en 2024, la quasi-totalité de la production namibienne a été exportée vers la Chine. Cette dynamique souligne la position de premier plan que la Namibie occupe dans la filière uranifère mondiale, un statut qui, cependant, n’a pas encore conduit à l’établissement d’une industrie de transformation locale. La dépendance à l’exportation brute de ressources naturelles soulève des questions sur la durabilité économique et les opportunités de développement local, laissant entrevoir un potentiel inexploité pour la création d’emplois et le développement technologique au sein du pays.
Dans ce contexte, une stratégie de valorisation est mise en œuvre sur plusieurs fronts, visant à transformer cette richesse minérale en avantages tangibles pour la Namibie. La visite à CGN s’inscrit dans cette stratégie plus large que le pays poursuit depuis plusieurs mois. En janvier 2025, l’ancien président Nangolo Mbumba avait déjà évoqué la nécessité de valoriser l’uranium lors de sa rencontre avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, un échange qui a été relayé dans un communiqué de la présidence namibienne. Ce dialogue diplomatique témoigne de l’importance croissante de l’uranium dans les relations bilatérales entre la Namibie et la Chine, tout en soulignant les ambitions de la Namibie de jouer un rôle clé dans le marché mondial de l’énergie nucléaire.
Cinq mois plus tard, l’Agence de développement industriel de Namibie a franchi un pas supplémentaire en signant un protocole d’accord avec la société américaine NANO Nuclear Energy, un partenariat qui vise également à renforcer la valorisation de l’uranium. Cette initiative, rapportée par Agence Ecofin en juin 2025, illustre les efforts concertés du gouvernement namibien pour attirer des investissements étrangers et développer des capacités locales de transformation. En intégrant des technologies avancées et des expertises internationales, la Namibie aspire à transformer son potentiel minier en une véritable industrie, capable de générer des retombées économiques significatives et de contribuer à la diversification de son économie.
Ce dernier accord révèle que la Namibie ne mise pas uniquement sur la Chine pour ses ambitions énergétiques et minières. En effet, en avril 2026, le département américain de l’Énergie avait d’ailleurs confirmé son intérêt croissant pour contrebalancer la domination chinoise dans la filière uranium namibienne, soulignant ainsi l’importance stratégique de cette ressource. Ce communiqué officiel du gouvernement américain met en lumière les efforts déployés pour diversifier les partenariats et réduire la dépendance vis-à-vis d’un seul acteur sur le marché mondial de l’uranium.
Au-delà de la simple transformation de l’uranium, la Namibie nourrit une ambition plus vaste et audacieuse. Le pays souhaite construire sa première centrale nucléaire, un projet qui pourrait transformer son paysage énergétique et répondre à son déficit énergétique chronique, qui a longtemps entravé son développement économique.
Dans cette perspective, la China General Nuclear Power Group (CGN), qui supervise la construction de la moitié des 63 réacteurs nucléaires en chantier dans le monde fin 2024 selon les données de l’Agence internationale de l’énergie, figure potentiellement parmi les partenaires les mieux placés pour accompagner cette vision ambitieuse.
Notons que ce partenariat pourrait non seulement apporter l’expertise technique nécessaire, mais également renforcer les capacités locales en matière de gestion et d’exploitation des infrastructures nucléaires, tout en contribuant à la sécurité énergétique de la Namibie à long terme.
Abdoulaye KONE

