Rapport : la dette publique mondiale a atteint 102 000 milliards de dollars en 2024, selon la CNUCED

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(CROISSANCE AFRIQUE)- Les données officielles émanant d’un récent rapport intitulé  »Un monde de dettes 2025 », publié par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), la dette publique mondiale a atteint un niveau sans précédent, culminant à un montant vertigineux de 102 000 milliards de dollars en 2024. 

Cette somme représente une augmentation par rapport aux 97 000 milliards enregistrés en 2023. Ce phénomène mondial de l’endettement impacte particulièrement les pays en développement, lesquels apparaissent comme les plus vulnérables. Depuis 2010, l’augmentation de leur dette a progressé à un rythme deux fois plus rapide que celui des économies avancées, atteignant ainsi un total de 31 000 milliards de dollars.

Dans le contexte des pays en développement, la dépense publique totale ne constitue en moyenne que 30% de leur produit intérieur brut (PIB), un pourcentage qui reste significativement inférieur à celui observé dans les pays avancés. Ceci illustre une contrainte structurelle marquante dans la gestion économique de ces nations. 

De plus, les budgets alloués aux secteurs primordiaux tels que l’éducation et la santé, s’élèvent respectivement à seulement 4% et 3% du PIB. Cette situation reflète une tension persistante entre des besoins croissants et urgents et des ressources budgétaires restreintes, mettant en évidence le défi complexe que ces pays doivent relever pour répondre aux nécessités cruciales de leur population.

Dans le cadre d’une comparaison internationale, on observe que dans les pays développés, la part allouée à l’éducation dépasse fréquemment le seuil des 5% du produit intérieur brut (PIB). Ceci est possible grâce à des infrastructures plus développées et des systèmes de protection sociale plus robustes et efficaces, qui permettent d’assurer un financement stable et durable dans le secteur éducatif. 

En revanche, cette contrainte budgétaire se révèle être de plus en plus intenable dans un monde où 3,4 milliards de personnes habitent dans des nations où les dépenses consacrées au paiement des intérêts de la dette dépassent celles allouées à des secteurs cruciaux comme la santé et l’éducation. La répartition des ressources financières ne parvient pas à répondre adéquatement aux besoins essentiels des populations, exacerbant ainsi les inégalités sociales et économiques.

En analysant de plus près le contexte des pays en développement, on remarque que le service de la dette reste relativement modéré lorsque mis en rapport avec le produit intérieur brut, se situant autour des 2,2%. Cependant, cette apparente modération est en réalité trompeuse et masque des défis bien plus importants. En effet, rapportés aux recettes publiques des États concernés, les paiements en intérêts atteignent un niveau moyen de 9%, un chiffre qui met en lumière la fragilité des bases fiscales limitées de ces pays. 

Dans certains cas critiques, ce poids excessif de la dette engloutit déjà plus de 20% des dépenses budgétaires, avec des extrêmes préoccupants qui s’approchent des 40%, ce qui compromet gravement toute possibilité de dégager des marges pour financer les politiques sociales essentielles pour le développement et l’amélioration du bien-être des populations locales.

Au total, 61 pays ont consacré plus de 10% de leurs recettes publiques au service de la dette en 2024, selon la CNUCED. La facture est lourde : les pays en développement ont déboursé 921 milliards de dollars en paiements d’intérêts cette même année, soit une hausse de 10% par rapport à 2023.

Au total, ce sont 61 pays qui ont dû consacrer une part conséquente, soit plus de 10% de leurs recettes publiques au service de la dette en 2024, d’après les données rendues publiques par la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED). La facture associée à ces sommes est particulièrement lourde et préoccupante : en effet, les pays en développement ont dû débloquer pas moins de 921 milliards de dollars pour s’acquitter de leurs simples paiements d’intérêts au cours de cette année, traduisant ainsi une augmentation de 10% par rapport à l’année précédente, 2023.

Quant à l’encours de la dette publique que détiennent ces pays, il atteint un inquiétant pourcentage de 72% de leur Produit Intérieur Brut (PIB), un seuil important qui ne manque pas d’alerter les économistes du monde entier. La façon dont est structurée la composition des créanciers ne fait qu’aggraver cette fragilité financière : pas moins de 60% de l’endettement est contrôlé par des investisseurs privés, tandis que 28% se trouve aux mains d’institutions multilatérales et les 14% restants sont dus à des créanciers bilatéraux. Cette configuration oblige ces économies à une forte exposition aux fluctuations des marchés financiers internationaux et rend la tâche de restructuration des dettes extrêmement ardue en cas de crise financière.

Depuis l’année 2020, une tendance persistante s’est installée où les pays en développement sont contraints d’emprunter à des taux d’intérêt fluctuants, mais souvent deux à quatre fois plus élevés que ceux appliqués aux États-Unis. Cette situation alourdit considérablement leur fardeau financier et représente un obstacle majeur pour le financement de projets de développement visant à atteindre les objectifs de développement durable.

En ce qui concerne le ratio entre les intérêts de la dette et les dépenses publiques, on observe une diversité très marquée entre les différents pays. En effet, la majorité des pays en développement affichent un ratio autour de 10 %, ce qui signifie qu’une part importante de leur budget est dédiée au paiement des intérêts de leur dette. Cependant, il est important de noter que plusieurs de ces pays voient ce ratio dépasser les 20 %. 

Cette disparité significative révèle des vulnérabilités spécifiques propres à chaque pays, telles que la volatilité des monnaies locales, une gouvernance défaillante de la dette publique, ou encore un accès inégal aux marchés financiers internationaux. Ces différences mettent aussi en évidence la nature idiosyncratique des divers chocs économiques que subissent ces économies, chacun réagissant différemment aux aléas mondiaux en raison de leurs caractéristiques internes uniques.

Lorsque le coût des intérêts de la dette augmente plus rapidement que les recettes publiques, trois conséquences majeures émergent. Premièrement, il y a une compression des investissements publics ainsi que des dépenses sociales, ce qui freine la croissance économique potentielle en limitant les capacités de développement à long terme des pays concernés. Deuxièmement, face à ces contraintes financières, les gouvernements ont tendance à recourir davantage aux financements de court terme. Ceci crée un cercle vicieux où l’augmentation des coûts de financement entraîne une prise de risque accrue. 

Noyons que se pose un dilemme pour la politique monétaire nationale: il s’agit de trouver un équilibre entre la stabilisation du taux de change et l’accès au crédit pour l’économie domestique. Cet arbitrage est loin d’être simple car il rend plus complexe la poursuite d’une trajectoire de désinflation, accentuant ainsi les défis macroéconomiques auxquels font face ces pays en développement.

Yaya KONE 

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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