(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Burkina Faso, dans un contexte où la sécurité alimentaire est devenue une priorité nationale, le gouvernement met un point d’honneur à accélérer sa stratégie de souveraineté alimentaire. Cela passe par le choix audacieux de se concentrer sur un levier qui, jusqu’à présent, était largement sous-exploité dans le pays : la pisciculture.
À travers une quête d’investissements, soutenus par une série de projets structurants bien pensés, le pays nourrit l’ambition ambitieuse d’atteindre une production nationale de 100 000 tonnes de poisson par an.
Cet objectif significatif représente un véritable changement d’échelle dans la politique agricole et halieutique du Burkina Faso, car la production piscicole, longtemps considérée comme marginale, commence à s’imposer progressivement comme un pilier complémentaire essentiel de la sécurité alimentaire nationale. L’intensification de l’activité piscicole, notamment grâce à l’installation de cages flottantes sur plusieurs plans d’eau stratégiques, illustre bien cette montée en puissance et cette volonté de diversification des sources alimentaires.
Cependant, jusqu’à présent, la filière piscicole se heurtait à un obstacle majeur qui entravait son développement : la faible disponibilité d’aliments pour poissons produits localement. Cette situation a conduit à une dépendance préoccupante vis-à-vis des importations, rendant les coûts de production élevés pour les aquiculteurs, ce qui a désavantagé la filière tout entière.
Afin de remédier à cette problématique et de favoriser une autosuffisance alimentaire, les autorités ont donc décidé de s’attaquer frontalement à ce goulot d’étranglement, en développant des initiatives visant à stimuler la production locale d’aliments pour poissons, tout en encourageant l’innovation et l’investissement dans ce secteur prometteur.
Au total, plus de 1,5 milliard FCFA ont été mobilisés par le ministère burkinabè en charge de l’Agriculture dans le but d’acquérir trois usines modernes qui joueront un rôle crucial dans le développement du secteur agricole du pays. Il s’agit de deux unités principales, que l’on peut trouver respectivement implantées à Bobo-Dioulasso, une ville dynamique et emblématique de l’économie burkinabè, et à Bagré, qui est également connue pour son potentiel de développement agricole, avec chacune d’elles ayant une capacité de production impressionnante allant de 1,5 à 2 tonnes par heure.
Par ailleurs, une troisième unité, qui aura sa base à Bobo-Dioulasso, sera destinée à produire à une capacité d’une tonne par heure. L’exploitation de ces usines sera confiée à des sociétés publiques, parmi lesquelles figure Faso Guulgo, responsable des installations de Bobo-Dioulasso, ainsi que Faso Agropole, chargée de la gestion de l’unité de Bagré.
L’entrée en service de ces infrastructures représente une avancée décisive et significative pour le Burkina Faso, car elle se traduit par une amélioration tangible des capacités de production locale. En sécurisant l’approvisionnement en intrants essentiels, ces usines devraient non seulement permettre de réduire significativement les coûts de production mais également améliorer de manière substantielle la qualité des élevages.
De plus, cette initiative vise à renforcer la compétitivité de la filière face aux importations de produits similaires, favorisant ainsi une plus grande souveraineté alimentaire. Au-delà de l’impact économique immédiat, ces investissements s’inscrivent dans une logique plus large de transformation structurelle, engendrant une dynamique agropastorale et halieutique engagée pour répondre aux défis futurs du secteur agricole, tout en créant des emplois et en améliorant les conditions de vie des producteurs locaux.
La montée en puissance de la filière piscicole, qui connaît une croissance significative dans de nombreuses régions, devrait également générer des retombées sociales importantes et bénéfiques pour la communauté. En effet, les nouvelles unités industrielles, qui sont en plein développement, sont appelées à créer non seulement des emplois directs, tels que ceux liés à la production et à la transformation du poisson, mais également des emplois indirects qui s’étendent à divers secteurs, y compris la logistique et le marketing.
Notons que ces opportunités d’emploi sont particulièrement précieuses pour les jeunes, souvent confrontés à des défis d’insertion sur le marché du travail, leur offrant ainsi des perspectives d’avenir prometteuses. De plus, cette dynamique contribue à dynamiser l’économie locale et régionale, favorisant un développement harmonieux autour des zones de production où se situent ces installations.
Pour les autorités locales et nationales, il s’agit également d’un enjeu essentiel, car la structuration d’un écosystème complet devient une priorité, englobant tous les aspects de la chaîne de valeur, allant de la production des aliments destinés à l’élevage intensif des poissons, à la commercialisation efficace du poisson frais ou transformé, sans oublier les efforts pour mettre en place des pratiques durables qui soutiennent à la fois l’économie et l’environnement.
Daouda Bakary KONÉ

