(CROISSANCE AFRIQUE)-Le patron du Groupe iBi revient au premier plan sur le continent africain avec une nouvelle ambition dans le secteur de l’enseignement supérieur. Le 20 mai 2026, il a annoncé lui-même sur son compte officiel Facebook, la signature d’un accord stratégique entre Builders, filiale du Groupe iBi, et le ministère malgache de l’Enseignement supérieur pour la réalisation de six grandes infrastructures universitaires à travers .
Pour le patron de Builders, cette initiative dépasse largement le simple cadre du BTP : elle s’inscrit dans une vision géostratégique du développement africain fondée sur l’éducation, la formation technique et la souveraineté intellectuelle.
La cérémonie de signature a été marquée par la présence du président de la Refondation de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, dont l’implication symbolise la dimension politique et stratégique accordée à ce programme. Dans son message, Ibrahima Diawara a salué “la confiance, le leadership visionnaire et l’engagement résolu en faveur du savoir et de l’excellence académique” des autorités malgaches.
L’homme d’affaires malien, connu pour ses investissements dans les mines, les infrastructures et l’énergie, cherche désormais à inscrire durablement le Groupe iBi dans la transformation structurelle des systèmes universitaires africains. Sa communication met d’ailleurs l’accent sur un triptyque devenu central dans les politiques de puissance contemporaines : jeunesse, compétitivité et souveraineté.
« Les grandes nations se distinguent avant tout par la qualité de leur éducation et la valeur qu’elles accordent à leur jeunesse », écrit-il.

Une nouvelle tentative après l’échec silencieux du dossier nigérien
Cette percée malgache intervient cependant dans un contexte particulier. Car avant Madagascar, le Groupe iBi avait déjà engagé une initiative similaire au Niger, avec un ambitieux programme portant sur la construction de quatre infrastructures universitaires pour un coût global estimé à 110 milliards de FCFA.
À l’époque, le projet avait suscité un important intérêt dans les milieux économiques et universitaires sahéliens, tant par son volume financier que par sa portée symbolique dans un pays confronté à d’importants défis éducatifs et sécuritaires. Pourtant, contre toute attente, le dossier s’est brusquement interrompu sans communication officielle détaillée sur les causes réelles de son abandon.
Ce silence a alimenté de nombreuses interrogations dans les cercles d’affaires ouest-africains. Plusieurs observateurs évoquaient alors des facteurs multiples : instabilité institutionnelle, difficultés de financement, lenteurs administratives, recompositions géopolitiques ou divergences stratégiques entre partenaires. Aucune version officielle n’a toutefois permis jusqu’ici d’éclaircir totalement les raisons de cette rupture.
L’accord signé à Madagascar apparaît donc comme une forme de relance continentale pour Ibrahima Diawara, qui semble vouloir démontrer que son modèle d’investissement éducatif reste viable et stratégique malgré les revers rencontrés ailleurs.
L’éducation, nouveau terrain d’influence économique africaine
Au-delà du cas iBi, cette dynamique illustre une tendance plus profonde : l’enseignement supérieur devient progressivement un champ majeur de compétition économique et d’influence en Afrique.
Face à l’explosion démographique du continent et à la pression croissante sur les systèmes universitaires publics, les États cherchent désormais des partenaires capables de financer rapidement des infrastructures modernes : campus, résidences universitaires, laboratoires, centres technologiques et pôles d’innovation.
Dans cette bataille silencieuse pour la formation des élites africaines de demain, les groupes privés africains commencent eux aussi à occuper un espace autrefois dominé par les bailleurs internationaux ou les multinationales étrangères.
Le pari de Madagascar pourrait ainsi constituer un tournant pour le Groupe iBi. Car si ces six infrastructures voient effectivement le jour, Ibrahima Diawara pourrait consolider une nouvelle stature : celle d’un acteur panafricain de la souveraineté éducative, à la croisée du business, de l’influence et du développement stratégique.
Oussouf DIAGOLA

