(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Nigeria, le gouvernement a dévoilé une stratégie nationale ambitieuse et bien pensée, visant à développer de manière significative la filière huile de palme, un secteur crucial pour l’économie du pays.
Cette initiative a été présentée lors d’une réunion de validation qui s’est tenue le 2 avril à Abuja, où des représentants du gouvernement, des acteurs du secteur et des experts se sont réunis pour discuter des enjeux et des opportunités liés à cette filière. Selon les autorités, cette feuille de route, soigneusement élaborée, devrait permettre au Nigeria de capter 10 % du marché mondial de l’huile de palme au cours des six prochaines années, tout en visant l’autosuffisance d’ici 2050.
Les médias locaux rapportent que les interventions prévues dans ce plan ambitieux porteront principalement sur l’amélioration des rendements des cultures de palmier à huile, qui sont actuellement inférieurs à leur potentiel. Cela inclut l’introduction de techniques agricoles modernes, la formation des agriculteurs sur les meilleures pratiques, ainsi que l’utilisation de semences améliorées et de fertilisants adaptés. En parallèle, l’expansion des superficies cultivées est également au programme, avec des initiatives visant à encourager la conversion de terres inexploitées en plantations de palmiers à huile, tout en veillant à respecter les normes environnementales. La modernisation des infrastructures de transformation est un autre axe clé de cette stratégie, permettant d’augmenter la capacité de traitement et d’améliorer la qualité des produits dérivés de l’huile de palme.
Au-delà de l’amont agricole, le plan introduit également une réforme institutionnelle visant à structurer la gouvernance du secteur de manière plus efficace et transparente. Il prévoit notamment la création d’un Conseil national de l’huile de palme, qui aura pour mission de superviser les activités du secteur, de coordonner les efforts des différents acteurs et de garantir que les bénéfices de cette filière profitent à l’ensemble des parties prenantes. De plus, des mécanismes de financement dédiés seront mis en place, dont un fonds de développement de la filière, destiné à soutenir les investissements nécessaires, ainsi qu’un fonds spécifique pour les petits producteurs, afin de leur fournir l’assistance technique et financière dont ils ont besoin pour prospérer dans ce secteur en pleine expansion. Cette approche intégrée pourrait transformer le paysage de l’huile de palme au Nigeria, en faisant du pays un acteur majeur sur le marché mondial tout en soutenant le développement économique local et la sécurité alimentaire.
Selon le responsable, le nouveau cadre mis en place permettra de créer une architecture de gouvernance structurée, qui s’inspire des modèles éprouvés en vigueur dans les principaux pays producteurs d’huile de palme du monde, tels que la Malaisie et l’Indonésie, où des systèmes robustes et efficaces ont été établis pour réguler et optimiser la production. Cette initiative vise non seulement à renforcer la transparence et la durabilité de l’industrie, mais également à garantir que les pratiques de culture et de récolte respectent les normes environnementales et sociales les plus élevées.
Pour l’heure, la production locale ne couvre encore que 75 % des besoins du marché intérieur, ce qui souligne l’importance cruciale de cette réforme. Dans son dernier rapport sur le marché mondial des oléagineux, le Département américain de l’agriculture (USDA) s’attend à ce que le Nigeria produise 1,5 million de tonnes d’huile de palme en 2026, un chiffre qui reste stagnant par rapport à l’année précédente, alors que les besoins de consommation sont évalués à 1,95 million de tonnes. Cette situation met en lumière le défi auquel le pays est confronté pour atteindre l’autosuffisance dans ce secteur vital.
Le déficit de production actuel est comblé par des importations, ce qui représente une charge économique significative pour le pays. D’après l’USDA, le Nigeria importe environ 92 % de son huile de palme de Malaisie, tandis que le reste provient de pays comme le Ghana, l’Indonésie et la Côte d’Ivoire. Ces importations, bien qu’essentielles pour satisfaire la demande intérieure, soulèvent des préoccupations quant à la dépendance du Nigeria vis-à-vis des marchés étrangers. Par ailleurs, d’importantes quantités de produits dérivés de l’huile de palme non enregistrée pénètrent sur le marché nigérian par des voies informelles, ce qui complique davantage la régulation du secteur et nuit à la compétitivité des producteurs locaux. Cette situation appelle à une action urgente pour renforcer les capacités de production domestiques et assurer une traçabilité efficace des produits sur le marché.
Moussa KONÉ

