(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Kenya, dans un climat économique incertain et face à des défis considérables, le gouvernement nourrit l’espoir de parvenir à un accord crucial avec le Fonds monétaire international (FMI) concernant un nouveau programme de financement.
Ce programme vise à renforcer les réserves budgétaires du pays, particulièrement dans un contexte marqué par des chocs économiques liés à la guerre au Moyen-Orient, qui ont des répercussions sur les marchés mondiaux et sur la stabilité financière des nations. C’est ce qu’a déclaré le ministre des Finances, John Mbadi, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le lundi 11 mai à Nairobi, capitale vibrante et dynamique du Kenya.
« Peut-être vers juin ou juillet, nous serons parvenus à un accord sur la possibilité qu’ils nous accordent un nouveau programme de financement », a-t-il affirmé, exprimant une certaine optimisme quant aux négociations en cours. Cette déclaration souligne l’urgence et l’importance de la situation, alors que le pays cherche à naviguer à travers des eaux tumultueuses sur le plan économique.
« Les fonds contribueront à soutenir notre solidité budgétaire et notre marge de manœuvre », a-t-il ajouté, mettant en lumière le rôle essentiel que ces financements pourraient jouer dans la stabilisation de l’économie nationale. Cependant, il a également noté qu’il n’était pas en mesure de préciser le montant exact du financement sollicité par le gouvernement kényan auprès de cette institution financière multilatérale. Cette incertitude quant aux chiffres souligne les défis auxquels le pays est confronté, tout en laissant entrevoir l’importance d’une collaboration internationale pour surmonter les obstacles économiques actuels.
M. Mbadi avait précédemment souligné que le Kenya pourrait potentiellement recevoir un montant impressionnant de 100 milliards de shillings, équivalant à environ 774 millions de dollars, en provenance du Fonds monétaire international (FMI). Cette annonce s’inscrit dans un contexte économique complexe, où les négociations entre le Kenya et le FMI concernant un nouveau programme de réformes, soutenu par un financement crucial, ont été lancées peu après l’abandon, en mars 2025, de la neuvième revue des programmes de mécanisme élargi de crédit (MEDC) et de facilité élargie de crédit (FEC). Ce dernier aurait permis de débloquer une tranche de prêt significative de 800 millions de dollars, essentielle pour soutenir les efforts de développement du pays. Cependant, la mise en œuvre de certaines réformes convenues dans le cadre de ces deux programmes a été gravement entravée, en particulier par des manifestations meurtrières qui ont éclaté en juin 2024, en réaction à l’augmentation de plusieurs taxes, exacerbant ainsi les tensions sociales et économiques.
Dans ce climat déjà tendu, les discussions sur un nouveau programme de financement se sont intensifiées, surtout depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Ce conflit a eu des répercussions majeures, perturbant le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, une voie navigable cruciale pour le commerce international. Cette situation a entraîné une flambée des prix des denrées alimentaires, des engrais et des produits énergétiques, aggravant encore les défis économiques auxquels le Kenya est confronté. Les autorités kenyanes, conscientes de l’urgence de la situation, cherchent à établir un cadre de réformes qui pourrait non seulement stabiliser l’économie, mais aussi répondre aux besoins croissants de la population face à la hausse des coûts de la vie.
Première puissance économique d’Afrique de l’Est, le Kenya se distingue non seulement par sa position stratégique sur le continent, mais également par sa dépendance croissante vis-à-vis des importations de trois catégories de produits de base essentiels. Cette situation soulève des préoccupations économiques, surtout dans un contexte où le pays est confronté à une montée alarmante de sa dette publique. En effet, à la fin du mois de janvier 2026, la dette publique du Kenya a atteint un montant colossal de 12 400 milliards de shillings kényans, équivalant à environ 96,01 milliards de dollars. Ce chiffre a entraîné une élévation significative du ratio dette/PIB, qui s’établit désormais à 67,6 %. Ces données ont été rapportées dans le dernier bulletin mensuel du Trésor national, publié en avril dernier, et soulignent l’urgence d’une gestion financière rigoureuse.
L’augmentation de la dette publique est principalement attribuée aux emprunts intérieurs, qui ont été le moteur principal de cette hausse. En effet, ces emprunts ont connu une augmentation de 963 milliards de shillings kényans, soit une hausse de 16,2 % par rapport à janvier 2025, portant ainsi le total des emprunts intérieurs à 6 890 milliards de shillings. Cette dynamique soulève des questions sur la durabilité de la politique d’emprunt du pays et sur ses implications pour l’économie nationale.
Dans son dernier rapport sur les perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne, le Fonds Monétaire International (FMI) a exprimé des inquiétudes quant à l’avenir économique du Kenya. L’institution prévoit que le ratio dette/PIB continuera d’augmenter, atteignant 71,6 % à la fin de 2026, puis 72,4 % à la fin de 2027. Ces prévisions indiquent une tendance inquiétante, se rapprochant du pic de 73,4 % atteint en 2023, ce qui pourrait avoir des répercussions sur la confiance des investisseurs et la stabilité économique du pays.
Pour rappel, l’économie kényane a affiché une croissance de 4,6 % en 2025, un chiffre qui, bien que positif, doit être mis en perspective avec les défis croissants liés à la dette et aux importations. Cette croissance, bien qu’encourageante, pourrait être compromise si des mesures adéquates ne sont pas prises pour stabiliser la situation financière du pays et réduire sa dépendance aux emprunts.
Moussa KONÉ

