(CROISSANCE AFRIQUE)-La gouvernance économique et budgétaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) repose sur un mécanisme de surveillance multilatérale destiné à garantir la stabilité macroéconomique, la discipline budgétaire et la convergence progressive des économies des huit États membres : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
En 2026, plusieurs indicateurs témoignent d’une amélioration progressive des finances publiques dans l’espace communautaire. Cette évolution traduit les efforts des États membres pour renforcer la soutenabilité budgétaire tout en préservant les investissements stratégiques nécessaires au développement. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’analyse de la gouvernance économique et budgétaire des États membres sous le thème : « La Commission de l’UEMOA, fer de lance de la bonne gestion des ressources financières dans l’espace communautaire ». Cette réflexion s’appuie sur l’étude de la conjoncture économique régionale, l’examen des lois de finances nationales, les performances du secteur bancaire et assurantiel ainsi que l’évolution des principaux indicateurs macroéconomiques.
L’objectif est de mieux comprendre les dynamiques économiques à l’œuvre dans l’Union, mais aussi d’identifier les défis persistants, notamment la faiblesse de la mobilisation fiscale, les besoins massifs en infrastructures, la gestion de la dette publique ou encore la nécessité de créer un environnement favorable à une croissance durable et inclusive. À travers cette démarche, il s’agit également de mettre en lumière les bonnes pratiques susceptibles de renforcer la gouvernance financière au sein de l’UEMOA et de consolider l’intégration économique régionale.
Pour Seydou Bocar Traoré, la gouvernance économique de l’UEMOA présente un « paradoxe dynamique ». Selon lui, les performances enregistrées démontrent la pertinence de l’architecture communautaire, même si des difficultés subsistent dans l’application effective des règles au niveau national. « L’espace UEMOA affiche des performances macroéconomiques encourageantes, preuve que l’architecture de gouvernance porte ses fruits. Toutefois, des défis persistent dans la mise en œuvre effective des réformes. Dans ce contexte, la Commission de l’UEMOA joue véritablement son rôle de fer de lance en impulsant une dynamique vertueuse de gestion des finances publiques », explique-t-il.
Les résultats macroéconomiques de l’Union demeurent en effet relativement solides. La croissance régionale est estimée à 6,2 % en 2024 avant d’atteindre 6,7 % en 2025, traduisant la résilience des économies ouest-africaines face aux chocs sécuritaires, énergétiques et inflationnistes. L’inflation, autre indicateur clé, a également été maîtrisée. Selon les données de conjoncture de l’UEMOA, elle est revenue à 2,9 % à fin 2024 avant de tendre vers 1 % en 2025, restant ainsi dans la norme communautaire fixée entre 1 % et 3 %. Cette performance résulte d’une coordination entre politiques monétaires et politiques budgétaires. Sur le plan des finances publiques, les efforts d’assainissement deviennent visibles. Le déficit global de l’Union est passé de 6,2 % du PIB en 2023 à 5,1 % fin 2024, tandis que les recettes fiscales progressent dans plusieurs États membres, traduisant une amélioration graduelle de la mobilisation des ressources internes. La Commission de l’UEMOA occupe une place centrale dans cette dynamique de gouvernance régionale. Son action s’articule principalement autour des pactes de convergence, des mécanismes de surveillance multilatérale et de l’harmonisation des cadres budgétaires nationaux.
En 2026, l’endettement des pays de l’UEMOA reste soutenu, avec un taux global estimé autour de 53,3% du PIB bien que des estimations antérieures suggéraient une stabilisation. La dette totale dépasse les 93 000 milliards de FCFA, portée par des besoins de financement d’infrastructures et de sécurité, avec une forte pression sur le marché financier régional. Le taux d’endettement des pays membres est attendu à 53,5 % du PIB en 2026. Selon le dernier Rapport sur la Politique Monétaire dans l’UMOA – Mars 2026, l’encours de la dette publique était de 63,0 % du PIB fin 2025. Une forte pression est exercée sur le marché financier de l’Union, qui devient la principale source de financement. Le Sénégal illustre une fragilité régionale avec des levées de fonds importantes. Selon la BCEAO, Le déficit est visé entre 2,9 % et 3,0 % du PIB en 2026, indiquant un assainissement des finances publiques.
Face à d’innombrable succès obtenu, l’économiste et ancien de l’industrie et du commerce Niang explique que « L’UEMOA a permis d’introduire dans plusieurs États membres une culture plus rigoureuse de gestion macroéconomique à travers : notamment, des critères de convergence budgétaire et monétaire ; l’harmonisation des finances publiques ; des règles communes de transparence budgétaire ; la surveillance multilatérale des économies ; l’uniformisation des textes comptables et fiscaux ; et les réformes communautaires sur les marchés publics et la dette publique ». Selon l’économiste Harouna Niang, « avant ces mécanismes, beaucoup de pays de la sous-région fonctionnaient avec des systèmes budgétaires très peu harmonisés et parfois insuffisamment transparents. Ces efforts ont été rendu possible grâce aux réformes communautaires : telles que les procédures budgétaires se sont modernisées ; les lois de finances sont davantage normalisées ; les systèmes de contrôle se sont renforcés ; et la digitalisation des administrations financières progresse », a-t-il témoigné.

Les pactes de convergence adoptés en 1999 puis renforcés en 2015 définissent un ensemble de critères macroéconomiques devant guider les politiques publiques des États membres. Grâce au mécanisme de surveillance multilatérale, la Commission évalue régulièrement les performances économiques des pays, identifie les écarts et formule des recommandations destinées à prévenir les dérives budgétaires. L’analyse critique des mécanismes communautaires de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine) montre une efficacité mitigée: un cadre théorique solide de surveillance multilatérale (pacte de convergence) contrastant avec des difficultés récurrentes de mise en œuvre, exacerbées par des crises sécuritaires et structurelles. Concernant la surveillance multilatérale, si elle a favorisé la convergence de certains pays sur les performances de la Côte d’Ivoire, la surveillance multilatérale souffre d’un manque d’adhérence stricte aux critères (déficit, dette). Au titre de sa mise en œuvre : Des progrès sont notés dans la dématérialisation et le TEC (Tarif Extérieur Commun), mais le respect de la norme budgétaire (déficit 3% du PIB) est difficile, avec 7 pays dépassant ce seuil en 2024, avant une amélioration projetée en 2025/2026.
Quant aux défis, l’UEMOA a indiqué que la gestion budgétaire est compliquée par la faible diversification des exportations, l’insécurité dans la région et une forte dépendance aux financements bancaires. Pour sa part, le rôle du marché constitue la suppression des avances directes de la BCEAO (2003) a stimulé le marché des titres publics, forçant les États à plus de discipline face à des investisseurs exigeants. Sanctions appliquées pour renforcer la discipline budgétaire, le cadre réglementaire prévoit des sanctions politiques et financières, mais leur application est rare et difficile : Sanctions politiques (suspension des organes) : Appliquées lors de crises politiques majeures (ex: Mali 2022), bien que la Cour de justice de l’UEMOA ait récemment (janvier 2026) annulé certaines d’entre elles faute de base légale suffisante.
Cependant le mécanisme d’exclusion des mécanismes de solidarité, il constitue le gel des concours financiers ou exclusion des programmes de la BOAD pour les États non conformes. Concernant les sanctions de la Commission Bancaire : Des sanctions pécuniaires (amendes) et disciplinaires (blâmes) sont régulièrement infligées aux banques commerciales pour manquements aux règles prudentielles, ce qui indirectement renforce la stabilité financière, base de la discipline budgétaire (ex: 300 millions FCFA d’amende en 2025/2026).Pour l’avenir, le renforcement de la discipline passera par une meilleure coordination des politiques budgétaires et la révision des critères de convergence pour les rendre plus réalistes face aux chocs exogènes.
« Le premier critère stipule que les trois normes principales à respecter impérativement pour assurer la viabilité macroéconomique : Solde budgétaire / PIB : Le déficit budgétaire global, dons compris, rapporté au PIB nominal, doit être supérieur ou égal à -3%. Taux d’inflation : Le taux d’inflation annuel moyen doit être inférieur ou égal à 3%. Encours de la dette publique / PIB : La dette publique totale rapportée au PIB doit être inférieure ou égale à 70% », rapporte site de l’UMOA-TITRES. « Le deuxième critère est axée es critères visent à soutenir la discipline budgétaire sur le long terme : il existe la Pression fiscale : le ratio des recettes fiscales par rapport au PIB doit être supérieur ou égal à 20%. La masse salariale / Recettes fiscales : La masse salariale rapportée aux recettes fiscales doit être inférieure ou égale à 35%. Investissements financés sur ressources propres / Recettes fiscales : Ce ratio doit être supérieur ou égal à 20% », précise l’organisation monétaire. Selon cairn.com, « le pacte renforcé de 2015 a mis l’accent sur le déficit budgétaire comme critère « clé » de surveillance, en remplacement de l’ancien critère de solde budgétaire de base qui était jugé moins contraignant. Ces normes visent à soutenir la stabilité de la monnaie commune et à favoriser une croissance saine au sein de l’Union »
L’institution communautaire œuvre également à la modernisation des finances publiques à travers des directives relatives à la transparence budgétaire, à l’amélioration de la gestion publique et au renforcement des mécanismes de contrôle. L’harmonisation des lois de finances permet notamment de rendre les budgets nationaux plus lisibles, comparables et conformes aux standards communautaires. Les budgets 2026 des huit États membres de l’UEMOA sont entrés en vigueur depuis le 1er janvier 2026. Leur montant cumulé est estimé à 39 503,804 milliards FCFA. Ces lois de finances traduisent les priorités des gouvernements en matière de sécurité, d’infrastructures, d’éducation, de santé et de développement économique.
Côte d’Ivoire : consolidation d’une croissance robuste
La Côte d’Ivoire présente un budget équilibré à 17 350,2 milliards FCFA contre 15 339,1 milliards en 2025. Structuré autour de 29 dotations et 158 programmes, ce budget repose sur des perspectives de croissance estimées à 6,7 % en 2026. L’inflation devrait rester sous contrôle, autour de 1,5 %, en dessous du seuil communautaire.
Sénégal : consolidation budgétaire progressive
Le Sénégal poursuit sa trajectoire de consolidation budgétaire avec un objectif de réduction du déficit public à 5,37 % du PIB en 2026 puis 3 % en 2027. Les besoins de financement sont estimés à 6 075,2 milliards FCFA, dont près de 65 % seront mobilisés sur le marché financier régional.
Mali : souveraineté et développement économique
Au Mali, le budget 2026 adopté par le Conseil national de transition prévoit 3 057,8 milliards FCFA de recettes pour 3 578,2 milliards FCFA de dépenses. Axé sur la souveraineté et le développement économique, il privilégie les secteurs de la sécurité, de la défense, de la santé et de l’éducation. Le déficit budgétaire projeté est de 520,4 milliards FCFA.
Bénin : forte orientation sociale
Au Bénin, la loi de finances 2026 s’équilibre à 3 783,984 milliards FCFA, en hausse de 6,6 % par rapport à l’année précédente. Le gouvernement béninois anticipe une croissance de 7,5 % du PIB et prévoit de consacrer 42 % du budget général aux dépenses sociales, le document de la lois finances.
Burkina Faso : reprise économique et autosuffisance alimentaire
Le Burkina Faso a adopté un budget de 3 431,5 milliards FCFA en recettes pour 3 918,3 milliards FCFA en dépenses, soit un déficit de 486,8 milliards FCFA. Ce budget s’inscrit dans un contexte de reprise territoriale et de relance économique, avec une attention particulière accordée à l’autosuffisance alimentaire.
Niger : priorité à la stabilité budgétaire
Le Niger a adopté un budget de 3 052,82 milliards FCFA. Les recettes budgétaires sont évaluées à 2 922,218 milliards FCFA tandis que les recettes de trésorerie atteignent 1 861,884 milliards FCFA. Les emprunts sur le marché financier régional devraient représenter 592,38 milliards FCFA. Le budget est construit autour des objectifs de développement inclusif et de stabilité budgétaire définis dans le Programme de Refondation de la République.
Togo : croissance et stabilité macroéconomique
Le Togo a adopté un budget de 2 751,5 milliards FCFA, en progression de près de 13 % par rapport au collectif budgétaire 2025. Les autorités togolaises justifient cette hausse par la volonté de soutenir la croissance économique, de consolider les acquis sociaux et de préserver la stabilité macroéconomique.
Guinée-Bissau : maîtrise du déficit et investissements sociaux
La Guinée-Bissau a adopté un budget de 528,439 milliards FCFA. Les autorités entendent limiter le déficit budgétaire à -3,20 % du PIB en 2026. Les secteurs sociaux, notamment l’éducation et la santé, demeurent prioritaires, même si l’économie reste fortement dépendante des exportations de noix de cajou.

Le secteur bancaire, le pilier
Derrière ces performances macroéconomiques se trouve un secteur bancaire en pleine consolidation. Grâce aux réformes menées conjointement par la Commission de l’UEMOA et la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le système bancaire régional demeure relativement solide. En 2025, les banques de l’Union ont enregistré un bénéfice cumulé de 650 milliards FCFA dès le premier semestre. Cette performance est soutenue par la croissance économique régionale et par le dynamisme des secteurs extractifs et des services.
L’inclusion financière poursuit également sa progression.
Le nombre de comptes bancaires dans l’Union avoisine désormais 24 millions, avec une forte concentration en Côte d’Ivoire. Toutefois, des tensions sur la liquidité persistent. Face à cette situation, la BCEAO a décidé, à compter du 16 mars 2026, d’abaisser son principal taux directeur de 3,25 % à 3 %. Cette mesure vise à soutenir l’activité économique et à faciliter l’accès au financement. Le secteur des assurances confirme lui aussi la dynamique de croissance de l’Union. Selon le média panafricain Financial Afrik, le marché a bénéficié d’une meilleure sensibilisation aux risques, du développement de la bancassurance et de l’adoption de nouveaux textes communautaires.
La croissance du secteur est portée par la digitalisation des services, notamment en Côte d’Ivoire, où plusieurs compagnies misent désormais sur l’assurance numérique pour accroître la pénétration du marché. La demande en assurances non-vie demeure soutenue par le dynamisme du BTP et des services. Parallèlement, la BOAD a renforcé sa police d’assurance-crédit souveraine à hauteur de 297,6 milliards FCFA, illustrant la confiance des investisseurs dans le marché régional. Malgré ces progrès, plusieurs défis demeurent. Selon Seydou Bocar Traoré, banquier et cadre de la société ivoirienne des Banques (SIB), le respect des critères communautaires reste inégal selon les pays. Le taux de pression fiscale, estimé à 14,9 % du PIB en 2025, demeure largement inférieur à l’objectif communautaire de 20 %. L’équilibre entre rigueur budgétaire et investissements publics constitue également un enjeu majeur. Une maîtrise excessive des dépenses pourrait freiner les investissements indispensables au développement des infrastructures et à la transformation économique de la région. Enfin, la Commission de l’UEMOA elle-même doit poursuivre ses efforts d’adaptation institutionnelle afin d’améliorer sa flexibilité, sa capacité d’anticipation et son efficacité opérationnelle.
Sous l’impulsion de sa Commission, l’UEMOA a progressivement construit un modèle de gouvernance économique reconnu sur le continent africain. Les mécanismes de surveillance multilatérale, l’harmonisation des cadres budgétaires et les réformes financières ont permis d’obtenir des résultats tangibles en matière de stabilité macroéconomique. Cependant, la consolidation de cette dynamique dépendra de la capacité des États membres à respecter durablement les critères communautaires, à améliorer la mobilisation des ressources internes et à renforcer l’efficacité de la dépense publique.
Notons que la Commission de l’UEMOA joue un rôle essentiel de coordination et de veille. La preuve, elle agit comme : organe de surveillance économique ; structure d’harmonisation réglementaire ; instrument de discipline budgétaire ; et espace de dialogue entre les États. Dans un contexte international marqué par les incertitudes économiques, les tensions géopolitiques et les défis sécuritaires, l’UEMOA apparaît ainsi comme un espace où la coopération régionale demeure un levier essentiel pour préserver la stabilité économique et promouvoir une croissance inclusive et durable. L’espace UEMOA reste également l’une des zones monétaires les plus stables d’Afrique en matière d’inflation et de stabilité monétaire.
Pour rappel, la Commission de l’UEMOA contribue aussi à limiter certains dérapages macroéconomiques qui pourraient fragiliser l’ensemble de l’Union. Dans un espace monétaire commun, l’indiscipline budgétaire d’un seul pays peut avoir des conséquences sur tous les autres. C’est pourquoi, la Commission joue donc un rôle de stabilisateur régional. Selon Haroun Niang, « plusieurs insuffisances demeurent malgré les progrès. Une dépendance excessive aux matières premières. Aussi, les économies de l’UEMOA restent peu industrialisées et fortement dépendantes : à savoir de l’or, du lithium, du cacao, du coton, du pétrole, ou des produits agricoles bruts. Cela rend les budgets très vulnérables aux chocs extérieurs. Sans oublier une faible mobilisation des ressources interne », a-t-il conclu.
Daouda Bakary KONÉ

